On n’en doute plus. En cinéma, la relève est assurée. Nombreux sont les jeunes qui s’y illustrent aujourd’hui et le font de fort belle manière. Parmi eux, Adama Bineta Sow qui n’a que 23 ans et qui voit son film sélectionné au Fespaco dans la catégorie ‘’Espace junior’’.
‘’Il n’y a pas d’âge pour faire du cinéma’’, a confié le réalisateur Moussa Touré à EnQuête dans un entretien. Adama Bineta Sow en est une preuve. Du haut de ses 23 ans, elle représente le Sénégal dans la catégorie ‘’Espace junior’’ au 25e festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou. ‘En plus des 9 films de cinéastes sénégalais qui seront projetés au Fespaco, il y a également le film de la jeune Adama Bineta Sow qui sera montré’’, a déclaré hier au cours d’une conférence de presse le directeur de la Cinématographie Hugues Diaz.
Une jeune fille, teint clair, taille trois pommes, se lève alors pour saluer le public. Elle est invitée à prendre la parole devant de grands noms du cinéma africain comme Ousmane William Mbaye ou encore Souleymane Cissé.
Démarche aisée, elle part prendre le micro proposé. D’un ton calme, elle débite un discours beau, précis et concis. Ce qui a ravi un public qui pensait qu’elle serait intimidée. Ce qui laisse transparaître chez elle une certaine assurance et de l’ambition.
‘’Enfant, je regardais des bandes dessinées. Quand j’ai découvert une histoire japonaise ‘’Ana youri Dango’’, je ressentais des choses puissantes. C’est à cet instant que j’ai décidé que j’allais devenir auteure. Je voulais faire ressentir aux gens ce que je ressentais en lisant certaines œuvres’’, explique-t-elle.
‘’Aveuglé par l’aveugle’’ est le titre du film qui lui a valu sa sélection à cette biennale cinématographique. Elle y raconte une histoire qu’elle a elle-même écrite. ‘’Avant de venir au cinéma, j’écrivais. C’est ce que j’aimais faire. J’aime être seule. Je profitais de mes moments de solitude pour écrire’’, partage-t-elle avec EnQuête après la conférence de presse.
C’est ainsi qu’elle a imaginé l’histoire d’un jeune photographe du nom de Boubacar qui veut, comme elle le dit, ‘’percer dans son domaine’’. Un jour, en se promenant dans la rue, il rencontre alors une belle jeune femme aveugle. Il veut en faire vaille que vaille son modèle. Boubacar est ‘’aveuglé par l’aveugle’’.
‘’Le public me dit souvent que c’est un beau film, qu’il est bien fait. Les professionnels, après l’avoir vu, me disent souvent que je pouvais améliorer telle ou telle autre chose, que par-ci ou par-là, il y a des erreurs de montage etc.’’, dit Adama Bineta Sow.
Des erreurs commises et qu’elle reconnaît humblement. Ces dernières s’expliquent par le fait que la jeune réalisatrice n’a pas suivi un cursus normal en cinéma. Inscrite à l’Ecole supérieure polytechnique de Dakar au département ressources humaines, elle suivait en même temps des cours à Ciné-Ucad. Quelques notions techniques lui sont alors transmises par son professeur M.Boye.
A la fin de cette petite formation à Ciné-Ucad avec les autres jeunes qui suivaient les cours, ils ont réalisé un film : ‘’hommage à Sina’’. De là est née une passion pour la réalisation chez Adama Bineta Sow. En 2015, elle réalise son premier court-métrage : ‘’Aveuglé par l’aveugle’’.
En MBA à l’institut africain de management, elle allie cinéma et études. ‘’Mon cœur penche plus pour le cinéma. J’ai voulu arrêter les études à plusieurs reprises. Mais dans ma famille, on tient beaucoup aux études. C’est pour cette seule raison que je continue jusqu’à présent’’, indique-t-elle.
Prendre part au Fespaco l’a davantage décidée à suivre son cœur. ‘’J’étais surpris quand on m’a dit que j’étais sélectionnée. Je l’ai su tardivement. C’est une chance pour moi d’être ici aujourd’hui. C’est une belle découverte’’, avoue-t-elle.