Les marchands «ambulants» ont trouvé le bon filon : chassez, ils reviennent au galop. Les «pisseurs» de la rue ont de beaux jours devant eux et les cars rapides et autres « Ndiaga Ndiaye » sont toujours aussi bondés jusque sur le marchepied.
C’est l’Etat qui doit mettre de l’ordre dans ce patchwork d’indiscipline érigée en règle. Or les habitudes sont coriaces et il faut un Etat fort pour en venir à bout ou tout au moins, en voir le bout. Mais avons-nous toujours un gouvernement au Sénégal ? Pire, avons-nous encore un Etat ? L’image que Macky Sall s’est efforcé jusqu’ici de donner de l’Etat et de son Gouvernement est entrain de s’écrouler comme les baraques et autres cantines déguerpies dans le cadre de l’opération de désencombrement de la ville.
L’opération « ville propre » n’est même pas arrivée à son terme que l’on se rend compte que c’est au sommet de l’Etat-même qu’il y a un enchevêtrement d’incohérences, de cacophonie, de tergiversations, entre autres crocs-en-jambes.
C’est à qui-mieux-mieux et au Sénégal d’en bas, le spectateur se retrouve assis dans la tribune, devant un terrain, ballotant la tête de gauche à droite pour suivre la balle chargée de « biens mal acquis ». Et le spectacle commence : Quand le porte-parole du gouvernement tire, c’est son homologue de la Présidence de la République qui renvoie du bout de la raquette pour démentir une quelconque immixtion dans le match. La nature ayant horreur du vide, le ministre de la Justice se croît obligé d’intervenir pour avancer au filet et confirmer sa détermination à aller jusqu’au bout de la procédure.
Comme piqué au vif, un avocat de l’Etat déboule vers la chaise de l’arbitre et prend à témoin… le Président de la République, pour réaffirmer la démarche de conciliation. Ils appellent ça une médiation pénale! On aimerait tout au moins dans ce méli-mélo ridicule, voir l’arbitre principal mettre fin à ce cirque, que nenni. Ce n’est plus un ballon de sonde, c’est un ballon de baudruche ! Si ce n’est pas révoltant, c’est pour le moins affligeant ! On est loin d’une équipe soudée et disciplinée, régie par une charte qui impose la discipline.
Comment pourrait-elle imposer la discipline ? Le pire, c’est que l’objet de toute cette pagaille porte sur des biens qui appartiennent au pauvre spectateur médusé, lassé par tant de turpitudes voire de forfaitures, écoeuré d’assister ainsi à un « tong tong » (partage) éhonté de son bien. Un bien déjà mal acquis et désormais… très mal géré.
Après avoir précipité à jamais des milliers de vies dans les bas fonds des océans froids de l’atlantique, cette indiscipline érigée en règle a fini de mettre le feu dans une Médina qui dort dans une promiscuité légendaire, emportant dans ses flammes dévoreuses, d’autres vies qui avaient à peine bourgeonné. Encore une fois, il a fallu ça pour que des mesures soient proclamées. Aussi, le gouvernement sort de sa torpeur et va vers « l’interdiction totale de la mendicité ». Si dans l’esprit cette mesure est salutaire, le Premier ministre aurait eu le beau rôle de rappeler d’abord qu’une loi à cet effet existe bel et bien et qu’il est question de l’appliquer dans toute sa rigueur.
C’est bien-là le problème dans la maison Sénégal.
Abdoul Mbaye à eu l’heur de souligner que dans la lutte contre la mendicité, , le concours de tout un chacun est absolument nécessaire. Le réalisme voudrait dès lors qu’il ne s’émeuve pas de la circonstance pour juste faire un effet d’annonce auquel le gouvernement semble au demeurant nous avoir habitué à travers l’interdiction des exportations d’arachide, ou encore celle de la ferraille, entre autres. Sauf que le drame de la Medina, ce n’est pas simplement une histoire de talibés. Et il va de soi que les mesures à prendre pour restaurer un tant soi peu de discipline et d’ordre dans la maison Sénégal ne pourraient se limiter à l’interdiction de la mendicité dans les rues. Tout comme la gestion des dossiers ne sauraient souffrir de mesures ponctuelles qui n’ont de sens que le temps de circonstances dramatiques comme celle de la pagaille à laquelle nous assistons au sommet.