(SenePlus) - Invalidée par le Conseil constitutionnel, la réforme portée par Pastef laisse ouvertes plusieurs hypothèses sur la suite du bras de fer entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko. Entre référendum présidentiel, nouveau texte parlementaire et perspective des locales de janvier 2027, aucune option ne semble aujourd'hui acquise.
La censure de la loi n°18/2026 par les sages, le 9 juillet, ne clôt pas le dossier de la révision constitutionnelle, elle en ouvre plutôt une nouvelle phase, dont l'issue reste largement indéterminée. Sur le plan strictement juridique, le président de la République conserve une marge de manœuvre. Rien n'empêche en effet Bassirou Diomaye Faye de soumettre son propre texte de révision à référendum sans passer par un vote parlementaire, tout comme rien n'oblige la majorité Pastef à respecter un quelconque délai si elle décidait de faire adopter une version corrigée du texte retoqué. Le rapport de force institutionnel, en somme, reste ouvert des deux côtés.
C'est sur le terrain politique que les zones d'ombre s'épaississent. Le chef de l'État, souligne Jeune Afrique dans un article signé Mehdi Ba ce 10 juillet, se retrouve en réalité coupé de sa propre base électorale, celle-ci demeurant largement acquise à Ousmane Sonko. Une donnée qui complique singulièrement tout scénario référendaire. Engager une consultation populaire reviendrait, pour Diomaye Faye, à prendre le risque d'un désaveu dans les urnes, à quelques mois seulement des élections locales de janvier 2027, présentées comme un test décisif pour celui qui ambitionne désormais de lancer sa propre formation politique.
Du côté de l'Assemblée nationale, la réaction à chaud d'Ousmane Sonko a surpris par sa retenue. Sur le réseau social X, le président du Parlement a reconnu, dans la soirée du 9 juillet, que la décision du Conseil constitutionnel s'impose à tous, quels que soient les commentaires qu'elle puisse susciter. Un ton conciliant qui tranche avec la ligne offensive adoptée jusque-là par le président du Pastef depuis son limogeage de la Primature.
Reste à savoir si cette prudence de façade annonce un véritable changement de méthode. Deux scénarios s'affrontent désormais, sans qu'aucun ne s'impose clairement. Le premier verrait Ousmane Sonko revenir vers une forme de cohabitation apaisée avec l'exécutif, privilégiant la recherche d'un compromis entre majorité parlementaire et gouvernement, une option qu'il avait lui-même évoquée par le passé.
Le second, à l'inverse, le verrait durcir davantage la pression sur le chef de l'État, au risque d'approfondir une crise institutionnelle déjà largement mise au jour par cet épisode. La perspective d'une présidentielle en 2029, à laquelle les deux hommes entendraient se présenter d'après Medhi Ba, ne laisse guère présager un apaisement rapide entre les deux anciens alliés devenus rivaux.
Ce que cette invalidation révèle avant tout, c'est la profondeur de la fracture qui traverse désormais la mouvance au pouvoir, bien au-delà du seul sort de ce texte constitutionnel.