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Institutions et Citoyenneté, par Cheikhou Oumar Sy et Théodhore Chérif Monteil
Le gladiateur du chaos
EXCLUSIF SENEPLUS - Gouverner n'est pas conquérir. Si le tumulte de la rue et l'agitation des tribunes peuvent porter un homme aux portes du pouvoir, ils s'avèrent être les pires alliés pour diriger une nation
 
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1006458
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Quand l'ambition politique brûle les vaisseaux de la République

Il est des hommes dont le destin politique ne s'épanouit que dans le tumulte. Des figures qui, loin de chercher le compromis nécessaire à la construction d'un État, ne conçoivent l'espace public que comme une arène romaine, un sanctuaire de l'affrontement permanent. Ousmane Sonko s'est imposé dans le paysage sénégalais sous les traits de cette figure contemporaine : celle du gladiateur politique. Mais derrière l'habile rhétorique du sauveur et du pourfendeur du système, se cache une réalité beaucoup plus brute, celle d’une quête obsessionnelle du pouvoir, menée sans égard pour les équilibres démocratiques et la paix sociale.

La stratégie de la rupture et le mépris des équilibres

Le parcours d'Ousmane Sonko est jalonné de crises qui, chacune à leur manière, ont agi comme des révélateurs. L’affaire Adji Sarr n’a pas été qu’un simple feuilleton judiciaire ; elle a été instrumentalisée pour fracturer la société sénégalaise en profondeur, opposant les citoyens les uns aux autres et mettant à rude épreuve l'appareil d'État. Plus qu'une ligne de défense, la conflictualité est devenue sa doctrine.

Cette logique de la terre brûlée s'est également manifestée lors des débats et des manœuvres autour des révisions constitutionnelles, menées au mépris des règles et des traditions juridiques qui font la fierté de la démocratie sénégalaise. De même, son entrée à l’Assemblée nationale n'a pas été abordée comme l'intégration d'un espace de débat législatif et de consensus, mais comme l'ouverture d'un nouveau front. Le parlement est ainsi devenu une émanation de l'arène, un lieu où l'invective et la violence remplace la loi.

L'instrumentalisation de la jeunesse et des institutions

Le propre du gladiateur est de ne pas combattre seul, tout en restant le seul bénéficiaire de la victoire. En érigeant la politique en guerre sainte contre les institutions, Ousmane Sonko a méthodiquement transformé une jeunesse sénégalaise, légitimement en quête d'avenir et d'opportunités, en une armée de substitution. Les aspirations de cette nouvelle génération ne sont plus portées par des projets économiques ou des réformes de fond, mais canalisées vers la défense d'un seul homme et de ses ambitions.

La désacralisation de l'État : En présentant systématiquement les institutions judiciaires et administratives comme corrompues ou illégitimes, on n'attaque pas seulement le pouvoir en place, on détruit la confiance brute du citoyen envers l'État.

Le refus du compromis : Pour le stratège de l'instabilité, dialoguer équivaut à trahir. Chaque concession est perçue comme une faiblesse, bloquant ainsi tout mécanisme normal de régulation démocratique.

La politique du chaos : L’effondrement de l'ordre public n'est pas un effet secondaire indésirable de cette méthode, c'est son carburant. Le désordre légitime la posture du sauveur providentiel.

L'exigence de responsabilité face au miroir de l'Histoire

Gouverner n'est pas conquérir. Si le tumulte de la rue et l'agitation des tribunes peuvent porter un homme aux portes du pouvoir, ils s'avèrent être les pires alliés pour diriger une nation. Le Sénégal, fort de sa trajectoire démocratique exceptionnelle en Afrique de l'Ouest, s'est toujours construit par le droit, le dialogue et la préservation de son tissu social commun.

Vouloir limiter l'impact des forces de déstabilisation n'est pas une démarche de censure politique ou de vengeance partisane, c’est une mesure de légitime défense républicaine. Les institutions d'un pays sont des édifices patients, bâtis par des générations de consensus ; elles ne sauraient être le terrain de jeu d'ambitions pyromanes.

Un gladiateur, par définition, ne sait que terrasser ses adversaires ou périr avec eux sous les acclamations de la foule. Mais une République n'est pas un cirque, et le prix de ses combats se paie trop souvent avec les cendres de la nation.

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