(SenePlus) - Le Sénégal s'approche dangereusement d'un précipice financier. Toujours lourdement handicapé par le scandale de sa dette occulte découvert à la fin de l'année 2024, le pays ouest-africain risque la cessation de paiements à court terme. C'est l'avertissement sévère formulé par David Cowan, économiste en chef pour l'Afrique au sein de la banque américaine Citi, selon une dépêche publiée par l'agence Reuters ce jeudi 16 avril.
Alors que les autorités de Dakar tentent désespérément de redresser la barre et de restaurer la confiance des bailleurs, les perspectives macroéconomiques restent extrêmement sombres. Analysant la santé budgétaire sénégalaise, l'expert de Citi a estimé lors d'une conférence de presse que le pays se trouvait toujours dans « un sacré pétrin ». S'il devrait réussir à se maintenir à flot et à éviter la faillite cette année, l'échéance de 2027 s'annonce en revanche fatidique pour le règlement de ses créances.
Cette vulnérabilité structurelle de Dakar est aujourd'hui violemment exacerbée par le choc pétrolier mondial consécutif au conflit iranien. L'envolée des prix du brut frappe de plein fouet les économies africaines, poussant David Cowan à alerter les marchés, comme le rapporte Reuters : « L'Afrique n'est pas encore totalement tirée d'affaire en matière de défauts de paiement ».
Le Sénégal s'inscrit dans une dynamique continentale inquiétante. Le Mozambique et le Malawi pourraient d'ailleurs s'effondrer avant lui, risquant la banqueroute dès cette année en raison de la chute brutale de leurs devises face à leurs emprunts internationaux. Toutefois, contrairement à Dakar, la résolution de leur crise pourrait être plus expéditive : le Malawi dépend essentiellement de la Banque mondiale et de donateurs bilatéraux, tandis que le Mozambique ne compte qu'une seule obligation en devises fortes en circulation.
Ces nouvelles menaces ravivent le spectre des quatre défauts souverains (Ghana, Zambie, Éthiopie et Tchad) enregistrés depuis 2020, victimes d'une mauvaise gestion couplée aux chocs du Covid-19 et de la guerre en Ukraine. Pourtant, l'économiste de Citi relève quelques motifs d'espoir face à la crise iranienne. Le continent encaisse globalement mieux les coûts d'emprunt internationaux, à l'image de la première émission réussie d'euro-obligations par la République démocratique du Congo. D'autres États, comme le Kenya, font le choix d'absorber la pression du pétrole en acceptant une dépréciation stratégique de leur monnaie.