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Clarification de légitimités
Face aux interrogations croissantes sur l’équilibre du pouvoir, Diomaye a apporté des clarifications sur les réformes institutionnelles et le débat autour de l’éligibilité. Le président a également précisé la nature de ses rapports avec Sonko.
 
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1004603
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Le format n’était pas corseté comme lors d’un discours solennel à la Nation. Le jeu de questions-réponses a permis d’aller au-delà des discours convenus, de préciser la pensée et d’explorer des perspectives rendues possibles par la nécessité de répondre à des interrogations fort opportunément posées.

Lors de cette soirée du samedi 2 mai, les thèmes du Pacte de stabilité en lien avec les syndicats, de la conjoncture économique, de la dette, des relations du Sénégal avec le Fonds monétaire international s’imposaient d’eux-mêmes. Tout comme la dette due par l’État au secteur privé, le pouvoir d’achat des ménages, la renégociation des contrats miniers et pétroliers ou encore la situation sécuritaire au Mali.

Mais c’est la question des réformes institutionnelles annoncées, en l’occurrence l’initiative parlementaire de la majorité ayant modifié le Code électoral, en particulier ses articles L.29 et L.30 relatifs à l’éligibilité des personnes condamnées, qui a conduit le président Bassirou Diomaye Faye à développer un argumentaire politique centré sur ses relations avec le Premier ministre Ousmane Sonko, lesquelles font, comme on le sait, l’objet de toutes les supputations.

Il l’avait dit lors du dernier grand rassemblement de la coalition « Diomaye Président », il l’a répété ce soir : son appartenance au Pastef n’est pas à discuter. Ancien secrétaire général de ce parti, le président Bassirou Diomaye Faye a détaillé ses nombreuses responsabilités en son sein, les péripéties ayant entouré la maturation de la formation, ainsi que son engagement dans l’organisation de ses structures. Autant d’éléments qui traduisent son désir de remettre au cœur des échanges sa légitimité au sein du Pastef.

« Ce parti, je l’ai bâti de mes mains ! », a-t-il insisté. Anecdote : le slogan « Le don de soi pour la patrie » serait, à l’en croire, son invention. Et « Diomaye Président », alors ? Il ne pouvait pas « lâcher » les organisations politiques qui l’ont soutenu lors de la campagne électorale de 2024, citant l’exemple d’actuels membres du gouvernement qui avaient fait cavalier seul lors de la présidentielle, sans que cela ne les empêche, par la suite, de renforcer la majorité issue de sa victoire en mars 2024.

Interrogé sur le timing de l’initiative de onze députés du Pastef visant à modifier la loi électorale, ainsi que sur l’annonce par la présidence de quatre avant-projets de loi de révision constitutionnelle prenant en compte les préoccupations ayant motivé ces parlementaires, il a eu recours au rappel chronologique comme ressort pédagogique pour asseoir son argumentaire.

Il a d’abord rappelé que le Premier ministre n’avait pas pu prendre part à la dernière présidentielle, n’étant pas électeur à l’époque. Il a toutefois souligné qu’Ousmane Sonko a, par la suite, été électeur et candidat lors des législatives de novembre 2024, ce qui, à ses yeux, rend sans objet le débat sur son éligibilité en 2029.

S’inscrivant dans sa logique de dialogue politique, il a laissé entendre que la révision constitutionnelle en préparation prend en charge cette question de l’inéligibilité, d’autant que « la majorité (Ndlr – le Pastef) est partie prenante de tous les consensus nés du dialogue politique ; sinon, ils ne seraient pas advenus ». Sans fard, il a évoqué une volonté de « court-circuiter » une dynamique en cours, affirmant ne pas voir « l’urgence de déposer un tel projet (Ndlr – la modification du Code électoral) alors qu’il relevait du consensus ».

Depuis des mois, ses relations avec le chef du gouvernement et président du Pastef, Ousmane Sonko, constituent l’équation majeure du pouvoir. Selon le président Faye, il entretient trois types de rapports avec son Premier ministre : étatique, de proximité et politique. « Il est Premier ministre parce qu’il bénéficie de ma confiance », a-t-il indiqué. Il a ensuite rappelé leurs proximités familiales. Pour autant, a-t-il précisé, leurs divergences, qu’il ne nie pas, sont gérées « comme il se doit », avec cette précision qu’elles doivent l’être « avec la manière et dans les lieux indiqués ».

Enfin, il y a leurs relations politiques. Pour Bassirou Diomaye Faye, « il n’y a pas de crise institutionnelle, car le Premier ministre est nommé par décret », de même qu’« il n’y a aucun pacte » entre lui et Ousmane Sonko, en réponse aux interrogations sur un compromis qui les aurait liés lors de sa désignation comme candidat à la présidentielle, alors que le leader du parti était empêché.

Sans langue de bois, il a précisé sa pensée comme jamais auparavant au sujet de la dualité que tous les Sénégalais observent au sommet de l’exécutif. Il a déploré « la personnification outrancière » du « Projet », soulignant que « le Sénégal n’a pas besoin d’un messie ni d’un héros, mais d’une masse critique de citoyens ayant le courage d’agir ». Et d’énoncer crûment sa conviction : « si l’on maintient cette trajectoire, le parti court à sa perte ».

Les vérités présidentielles de ce samedi confirment ce que l’on pressentait : l’existence d’un pouvoir bicéphale où la légitimité politique ne se superpose pas parfaitement à la légitimité institutionnelle. Dès lors, c’est bien la capacité du pouvoir en place à stabiliser une hiérarchie claire des légitimités qui est en jeu — condition indispensable à la lisibilité de l’action publique comme à la solidité du projet politique.

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