(SenePlus) - Dans une interview accordée à France 24, l'anthropologue André Bourgeot déconstruit le concept d'Azawad, territoire revendiqué par les rébellions touarègues au nord du Mali, qu'il qualifie d'"imposture historique".
"Il n'y a jamais eu ni chefferie, ni royaume, ni empire de l'Azawad. Jamais", affirme André Bourgeot, directeur de recherche émérite au CNRS, interrogé sur le plateau de France 24. Le spécialiste du Sahel conteste la légitimité historique de ce territoire revendiqué depuis les années 1960 par les mouvements touaregs, et proclamé "indépendant" par le MNLA en 2012.
Selon le chercheur, le terme "Azawad" désigne étymologiquement un récipient plat, puis par extension une plaine entre Tombouctou et Arawan. "C'est une fabrication politique qui participe de la propagande utilisée par les groupes armés rebelles", martèle-t-il, soulignant que cette notion de territoire relève d'une "instrumentalisation de l'histoire à des fins politiques".
Bourgeot insiste sur la composition démographique du septentrion malien : "C'est le seul endroit au Mali où vous rencontrez toutes les ethnies du Mali", avec une majorité Songoï. Les groupes touaregs y seraient "ultra-minoritaires", rendant selon lui illégitime leur prétention à imposer leur vision politique à l'ensemble des populations.
Le chercheur reconnaît néanmoins la marginalisation des pasteurs nomades, qu'il attribue principalement aux contraintes écologiques sahariennes et aux grandes sécheresses des années 1969-1984, plutôt qu'à des facteurs politiques. "Ces groupes armés ont su instrumentaliser ces données à des fins politiques pour légitimer leur revendication", analyse-t-il.
L'anthropologue identifie l'intervention militaire franco-britannique en Libye (2011) comme le catalyseur de la crise actuelle. L'assassinat de Kadhafi et le retour au Mali de Touaregs issus des légions islamiques libyennes ont permis la création du MNLA, dans un contexte déjà fragilisé par l'implantation de groupes salafistes djihadistes fuyant la guerre civile algérienne.
Avant 2009, rappelle Bourgeot, "la cohabitation était harmonieuse" entre les différentes communautés du nord Mali, unies par des pratiques culturelles partagées.