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Comment Washington a fait main basse sur le Mondial 2026
À la veille de l'ouverture de la compétition, une vaste enquête lève le voile sur les méthodes des États-Unis pour s'accaparer le tournoi. Entre pressions judiciaires ciblées, contrats télévisés prénégociés et lobbying agressif mené par Trump
 
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(SenePlus) – Alors que le Mondial 2026 s'ouvre ce jeudi 11 juin aux États-Unis, Le Monde publie une enquête fleuve signée Rémi Dupré qui révèle les dessous d'une conquête méthodique du football mondial par Washington. Une histoire de corruption, de justice instrumentalisée et d'alliance entre un président de la FIFA et un président américain.

Tout commence par une humiliation. Le 2 décembre 2010 à Zurich, les États-Unis perdent face au Qatar l'attribution du Mondial 2022 par 14 voix contre 8. Pour la délégation américaine, c'est une « trahison ». Sunil Gulati, alors président de la fédération américaine, confiera plus tard aux juges français que les règles en vigueur « laissaient une très grande marge pour des agissements en dehors des clous ». La machine judiciaire américaine commence alors à se mettre en branle.

Le 27 mai 2015, la police suisse, à la demande des autorités américaines, interpelle sept dirigeants de la FIFA à l'Hôtel Baur au Lac de Zurich. C'est le début du « FIFAgate » : 14 personnes poursuivies pour racket, escroquerie et blanchiment, 150 millions de dollars de pots-de-vin identifiés. Pour une source judiciaire citée par Le Monde, le message était clair : « Pour que la FIFA survive et ne soit pas considérée par les autorités américaines comme une entité mafieuse, il fallait que l'instance coopère et que Blatter démissionne. »

Sepp Blatter, blanchi depuis par la justice suisse, dénonce aujourd'hui la « revanche des États-Unis » après leur défaite de 2010 : « Je n'ai pas vu venir la marée américaine. »

Dans ce chaos institutionnel, Gianni Infantino émerge comme successeur de Blatter. Selon Le Monde, la fédération américaine a joué un rôle décisif dans son élection au congrès de la FIFA du 26 février 2016. La veille du vote, Infantino rencontre Gulati, qui s'engage à rallier les votes de la Concacaf en sa faveur au second tour. « La clé a été de convaincre les votants qu'ils recevraient, avec Gianni, plus de financements », témoigne un observateur américain de la scène. « Les États-Unis ont aidé Infantino à se faire élire », affirme Blatter.

Un Mondial vendu avant le vote

L'enquête du Monde révèle que le résultat était joué bien avant le scrutin officiel de juin 2018. Dès 2014 et 2015, la FIFA avait signé des contrats de droits télévisés avec Fox, NBC et Bell Media, assortis de « contributions du pays hôte » — des bonus de 182 millions de dollars pour Fox et 115 millions pour NBC — conditionnés à l'attribution du tournoi aux États-Unis. Un juriste de la FIFA a confié au ministère public suisse en décembre 2015 que cet accord « signifiait à l'époque que la Coupe du monde se déroulerait aux États-Unis en 2026 ». Selon lui, « le match était déjà plié » avant même le vote.

Le processus d'attribution n'a pas échappé à la politique. Le 27 avril 2018, Donald Trump tweete : « Les États-Unis ont préparé une offre FORTE. Il serait dommage que les pays que nous soutenons fassent du lobbying contre l'offre américaine. » Un cadre du dossier marocain analyse : « Puisque le vote de la FIFA était public, les États-Unis avaient compris qu'il fallait menacer. » Le Maroc s'incline lourdement : 134 voix contre 65.

La suite est une longue valse d'intérêts réciproques. Infantino assiste à l'investiture de Trump en janvier 2025. En décembre 2025, il lui remet en mondovision un « prix de la paix » de la FIFA lors du tirage au sort du Mondial. Pour le consultant Peter Hargitay, ex-conseiller de Blatter, Infantino « n'est guidé que par un intérêt personnel opportuniste qui semble toujours comporter une dimension financière ».

« La Coupe du monde n'est pas un événement politique et ne doit pas l'être », avait pourtant assuré Infantino au Monde en 2018. Le Mondial qui s'ouvre ce jeudi semble lui donner tort.

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