Le concept de genre continue de susciter des polémiques souvent passionnées dans notre pays, en raison de la lecture qu’en font certains acteurs. Des institutions publiques et des organisations non gouvernementales n’ont cessé de mettre l’accent sur son utilité en tant que levier de justice sociale. Le Sénégal, qui avait pris l’option d’écarter ce concept de certaines institutions, l’a réintégré dans son action publique.
Des lettres de politique sectorielle intègrent désormais cette perspective de genre. La référence à ce terme a été, par ailleurs, retirée de l’intitulé du ministère de la Femme, de la Famille et de la Protection des enfants il y a quelques années, en raison de certaines poches de résistance et du lien souvent établi avec des questions d’orientation sexuelle. Un plaidoyer renforcé a permis de faire évoluer les perceptions et de montrer que l’approche genre vise à favoriser l’égalité des chances entre les hommes, les femmes et les couches vulnérables.
Les divergences de vues ont, pour la plupart, porté sur l’incompréhension des dynamiques entre hommes et femmes. Le débat a opposé ce qui est inné à ce qui est acquis, plus précisément la biologie à la sociologie. D’autres évoquent l’identité biologique et les rôles sociaux entre les deux sexes.
Les spécialistes le soulignent dans leurs écrits. L’être humain, dans sa quête constante de compréhension de sa propre nature, a tendance à tout remettre en question. Pour certains, c’est à cause de l’éducation reçue que l’on devient homme ou femme. Cela rappelle la célèbre phrase de Simone de Beauvoir : « On ne naît pas femme, on le devient ».
John Money, a également soulevé ce débat. Présenté comme l’un des pionniers de la théorie du genre, il a utilisé, dans les années 1950, ce terme pour décrire une caractéristique humaine. À travers des études axées sur des enfants intersexués à l’Université Johns Hopkins, il a soutenu la thèse selon laquelle « l’éducation et la socialisation priment sur la biologie dans la formation de l’identité ».
Cité comme référence par certains courants féministes, John Money soutenait, en substance, que « le cerveau est l’organe prédominant et qu’il est possible de façonner l’identité de genre par l’éducation, indépendamment des organes génitaux ». Il n’a toutefois pas convaincu les plus sceptiques, notamment à travers l’exemple d’un garçon élevé comme une fille. Le jeune s’est toujours comporté comme un garçon et a fini par revendiquer son sexe biologique.
Au fil des années, des études ont rappelé la réalité des différences biologiques. Celles-ci tendent à influencer les rapports sociaux, favorisant certaines inégalités. Elles vont plus loin en soulignant que la biologie ne doit pas justifier l’inégalité des droits. Pour certains courants féministes, « même si les cerveaux présentent des différences structurelles ou hormonales, à compétences égales, une femme ne devrait pas, par exemple, être moins rémunérée ».
Beaucoup ont ainsi compris que l’exclusion des femmes des sphères de décision ou leur confinement à des rôles subalternes peut freiner l’épanouissement et l’évolution de toute une société. Dans notre pays, des figures féminines comme Fatou Sow Sarr, ancienne directrice du Laboratoire genre de l’Institut fondamental d’Afrique noire, ont montré qu’avec l’intégration de la perspective de genre dans les politiques publiques, il s’agissait d’offrir des chances de réussite à toutes les couches sociales.
« Le genre permet de s’inscrire dans une dynamique de prise en compte à la fois des préoccupations des femmes et des hommes et de garantir la présence équitable de chaque catégorie dans les sphères de décision politiques et économiques. Il permet de résorber les inégalités au profit de la catégorie la plus défavorisée en se fondant sur des données vérifiables », expliquait-elle dans une interview reprise en ligne.
C’est dans ce sens que ce concept, souvent considéré comme un produit importé destiné à ébranler les fondements socioculturels, a fini par se frayer un chemin. Les experts ont démontré qu’il constitue un levier de croissance, permettant à chaque membre de la Nation de contribuer au progrès et de corriger les disparités d’accès aux ressources.
Malgré les réticences, le genre, bien approprié, poursuit son chemin dans notre pays. Loin d’être une menace pour les valeurs, l’approche genre, lorsqu’elle est bien comprise, devient un garant d’un développement harmonieux où le mérite et l’équité priment sur les stéréotypes.