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Démissions de cinq directeurs au Mesri, Daouda Ngom dévoile les dessous des divergences
Invité de l’émission Objection sur la radio Sud Fm, Daouda Ngom a révélé que cette décision est la conséquence de profondes divergences sur les orientations stratégiques adoptées autour du projet Espoir Jeune, de la gouvernance des marchés publics ...
 
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1006782
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  • https://www.youtube.com/watch?v=wCRAfb5h2oU

L'ancien ministre de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation, par ailleurs vice-président de Pastef, Daouda Ngom, est sorti de son silence pour livrer sa lecture des raisons qui ont conduit à la démission collective de cinq hauts responsables de son ancien département. Invité de l’émission Objection sur la radio Sud Fm (privée) hier, dimanche 19 juillet, Daouda Ngom a révélé que cette décision est la conséquence de profondes divergences sur les orientations stratégiques adoptées par l'actuel ministre, notamment autour du projet Espoir Jeune, de la gouvernance des marchés publics et du financement de la recherche.

Le Pr Ngom a tenu d'abord à défendre les directeurs démissionnaires Abdoul Aziz Diouf, Babou Diène, Mame Penda Ba, El Hadji Omar Thiam et El Hadji Samba Ndiaye qu'il décrit comme des « cadres très compétents, loyaux et républicains ». Il précise les avoir trouvés en poste à son arrivée au ministère et affirme qu'ils ont accompli « un excellent travail » avant de quitter leurs fonctions.

Selon l'ancien ministre, le principal point de rupture concerne le projet Espoir Jeune, financé par la Banque mondiale à hauteur de 123 milliards de francs CFA. Destiné à renforcer la professionnalisation de l'enseignement supérieur, ce programme, dit-il, prévoit notamment la construction et l'extension de plusieurs Instituts supérieurs d'enseignement professionnel (ISEP), à Bignona, Kédougou, Kolda, Koungheul, Louga, Richard-Toll, Sédhiou, Tambacounda et Diamniadio. Toutefois, Pr Daouda Ngom affirme que son successeur aurait souhaité revoir les ambitions du projet en limitant le nombre d'ISEP à réaliser, une orientation qu'il juge incompatible avec les engagements pris auprès de la Banque mondiale. « On ne peut pas modifier un projet de cette envergure de manière unilatérale », soutient-il, estimant que cette divergence a constitué « la goutte d'eau qui a fait déborder le vase » et poussé les cinq directeurs à démissionner.

Zone d’ombre autour de l'acquisition des ordinateurs destinés aux étudiants

L'ancien ministre évoque également un second dossier sensible : celui de l'acquisition des ordinateurs destinés aux étudiants. Il affirme avoir découvert à son arrivée qu'entre 2017 et 2025, les achats financés sur le budget national étaient réalisés sans passer par les procédures des marchés publics. Selon lui, cette situation avait conduit l'administration à engager des démarches pour régulariser le dispositif. Faute de pouvoir finaliser les acquisitions dans les délais, son équipe avait opté pour le versement direct d'une subvention aux étudiants, avec l'autorisation du ministère des Finances.

Autre sujet de désaccord : le financement de la recherche. Pr Ngom met en avant l'affectation de trois milliards de francs CFA, dans le cadre d'Espoir Jeune, au financement de cinquante projets de recherche, une première, selon lui, dans l'histoire de l'enseignement supérieur sénégalais. Cette initiative devait permettre aux chercheurs de travailler sur des priorités nationales plutôt que de dépendre exclusivement de financements étrangers.

Par ailleurs, l'ancien ministre a regretté la remise en cause des réformes engagées sous son magistère. Il a cité notamment une trentaine de textes réglementaires portant sur la gouvernance des universités, les ISEP, les classes préparatoires aux grandes écoles, les allocations d'études et l'organisation administrative du secteur.

Pour Pr Daouda Ngom, la lettre de démission des cinq directeurs relève d'un « exercice de transparence » destiné à informer l'opinion publique sur les désaccords de fond qui opposent l'administration sortante aux nouvelles orientations. Il estime que ces divergences traduisent avant tout un débat sur la conduite des politiques publiques dans l'enseignement supérieur, la recherche et l'innovation. 

Pr Daouda Ngom Sur Le Débat Autour De La Venue De Macky Sall Au Sénégal :  « Aujourd’hui, c’est comme si Macky Sall est en train de narguer les victimes »

Le Pr Daouda Ngom est également revenu sur la polémique suscitée par le retour de l'ancien président Macky Sall au Sénégal. Selon lui, les réactions qu'a provoquées cette visite s'expliquent par le « lourd passif » laissé par l'ancien chef de l'État

« Si sa venue au Sénégal a suscité autant de débats, de tensions et de passions, c'est parce que Macky Sall a laissé un lourd passif au Sénégal. De 2021 à 2024, nous avons perdu 86 Sénégalais du fait de la répression policière », a déclaré le parlementaire. Il a également évoqué la situation économique, estimant que « Macky Sall a laissé une dette cachée de plus de 25 500 milliards de FCFA. Aujourd'hui, le Sénégal doit payer 5 497 milliards, soit environ 15 milliards par jour ».

Pour Pr Daouda Ngom, cette visite intervient alors que les familles des victimes des violences politiques attendent toujours que justice soit rendue. « Les victimes de la répression sous Macky Sall crient justice depuis trois ans et, jusqu'à présent, rien n'a été fait. Les preuves sont encore là, les vidéos sont encore là. Aujourd'hui, c'est comme si Macky Sall est en train de narguer les victimes, les familles des victimes », a-t-il affirmé.

S'il reconnaît que le président de la République est libre de recevoir qui il souhaite, il estime que cette rencontre intervient dans un contexte particulièrement sensible. « Il a été reçu par un président de la République. C'est son choix. Mais Macky Sall a laissé au Sénégal un passif que les Sénégalais ne nous pardonneront jamais », a-t-il soutenu.

L’ancien ministre a également pointé la lenteur des procédures judiciaires. « Le Conseil constitutionnel avait précisé que les crimes de sang n'étaient pas couverts par la loi d'amnistie et que la justice pouvait enquêter. Les enquêtes ont commencé depuis plus d'un an, mais nous n'avons toujours pas les résultats », a-t-il rappelé.

Interrogé sur une éventuelle candidature de Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations unies, Pr Daouda Ngom s'est montré dubitatif. « Je demeure convaincu, même si je peux me tromper, qu'il ne sera pas secrétaire général de l'ONU. Son passif est très lourd en matière de violations des droits humains. Mais c'est à la justice de décider », a-t-il conclu, regrettant que « le temps de la justice commence à trop durer ».

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