Le séjour de Cheikh Diba et Abdourahmane Sarr à Washington, lors des Réunions conjointes Fmi-Bm, n’a pas permis de faire avancer les échanges sur les points de friction. Ceux-ci portent encore notamment sur le niveau d’endettement du pays, la gestion de ladite dette, ainsi que la fiscalité. La meilleure est que si le Fonds veut bien donner sa version des choses, les autorités sénégalaises, qui ont voté une loi sur l’accès à l’information, se murent dans le silence.
Il y a une semaine, Le Quotidien annonçait que le Fonds monétaire international (Fmi) et le gouvernement du Sénégal étaient loin d’avoir trouvé un terrain d’entente concernant la gestion de la dette du pays, la résorption du déficit, ou même les moyens de reprendre un accord de coopération. Hier, une dépêche de Reuters est venue confirmer tous les points relevés dans notre article de samedi dernier.
Nos confrères anglais (en l’occurrence des consœurs) ont déclaré que le séjour du duo sénégalais des ministres de l’Economie et des Finances n’a apporté aucune avancée quant au souci des autorités de reprendre la coopération avec le Fonds, seule entité pouvant apporter une caution au Sénégal par rapport à la communauté des bailleurs de fonds. Si MM. Diba et Sarr ont laissé croire que leurs conversations avec les autorités du Fonds ont été fructueuses, mettant en avant la photo prise avec la Dg, Mme Georgieva, et son adjoint, Kenji Okamura, les sourires de façade sur les images ont mal caché les profonds désaccords.
Quand le gouvernement prétend que le déficit budgétaire pour cette année sera à 5, 6%, les chiffres du Fonds projettent 6, 7% cette année, et 5, 8% pour 2027. La baisse sera due, selon Reuters qui cite le Fonds, à la forte taxation. Cette stratégie de forte taxation de la population est aussi l’un des points de désaccord. La nouvelle directrice du Fmi pour le Sénégal, Mme Mercédès Vera-Martin, aurait mis les autorités en garde contre une «politique fiscale trop agressive», alors que son institution souhaiterait un ajustement fiscal beaucoup plus gradué, et qui n’affecterait pas excessivement les populations.
Cela va en droite ligne de ce qu’avait déclaré le Directeur Afrique sortant du Fonds, M. Abebe Aemro Selassié. Lors d’un point de presse la semaine dernière, avec les journalistes accrédités pour les Réunions conjointes du Printemps à Washington, il avait déclaré, comme l’avait rapporté Le Quotidien, que la solution de la fiscalité agressive signifiait qu’«emprunter une voie qui va s’avérer irréversible n’est pas la manière idéale de faire. Donc, nous avons voulu laisser le temps au gouvernement de présenter une stratégie crédible et finançable. Et qui va éviter à la population du Sénégal une grande austérité».
Il s’agissait de montrer au gouvernement sénégalais que la solution à ses problèmes dépend essentiellement du gouvernement. A ce jour, le pays a contourné les barrières des bailleurs traditionnels, aux antennes branchées sur le Fmi, en se finançant sur le marché financier de l’Afrique de l’Ouest. Outre que les emprunts opérés sur ce marché sont trop faibles par rapport aux besoins du pays, ils se font aussi à des taux très élevés et pour des maturités assez courtes, qui nécessitent des sollicitations assez régulières. Les choses sont rendues encore plus compliquées par les conséquences du conflit au Moyen Orient, qui oppose l’Iran à la coalition américano-israélienne
Le Premier ministre Sonko a prévenu que si le conflit s’éternisait et que le Détroit d’Ormuz restait fermé à la circulation des bateaux, on risquait de voir les prix de certains produits augmenter, parmi lesquels les hydrocarbures. Les niveaux d’endettement, en particulier les conditions de l’emprunt des Trs contractés auprès de la First Bank of Dubaï et d’une institution nigériane, ne rassurent pas non plus les autorités du Fonds. Personne ne sait comment le gouvernement compte gérer les fonds tirés de cette opération de Total Return Swaps, ni s’il compte intégrer les montants ainsi contractés dans les chiffres globaux de la dette extérieure du pays. Le Fonds n’a pas reçu de réponse satisfaisante de Cheikh Diba et ses services sur cette question, assure Reuters. Comme on le voit, les jours passent, mais le dialogue des sous se renforce entre le Sénégal et le Fmi.