(SenePlus) - Les proches du chef de l'État ont tenu une conférence de presse ce dimanche 28 juin pour dénoncer des amendements qu'ils jugent taillés sur mesure pour affaiblir la présidence.
À la veille de la séance plénière du 29 juin 2026 à l'Assemblée nationale, la coalition Diomaye Président a sonné la mobilisation. Réunis en conférence de presse, ses responsables ont pris position contre la proposition de loi n°17/2026 portant révision de la Constitution, initiée par le groupe parlementaire Pastef et dont le vote était programmé ce lundi à 10 heures.
Le calendrier législatif s'étant accéléré à l'Hémicycle, Ousmane Sonko avait convoqué les députés en séance plénière, avec un ordre du jour entièrement consacré à l'examen du texte. La coalition du président de la République a choisi ce moment précis pour hausser le ton.
Des amendements "politiciens"
La superviseure générale de la coalition, Aminata Touré, a ouvert le feu en qualifiant les amendements portés par la majorité parlementaire d'initiative essentiellement revanchard. Selon elle, le projet vise moins à renforcer les institutions qu'à affaiblir le chef de l'État. « Ces amendements sont des amendements politiciens », a-t-elle déclaré, ajoutant que le président de la République est « le gardien de la Constitution » et assure « le bon fonctionnement des institutions ».
Un expert juridique membre de la coalition a renchéri, qualifiant la révision proposée de « révision idéologique » et de simple « arbre qui cache la forêt ». Pour lui, le véritable objectif serait de consolider un agenda personnel sous couvert de réforme constitutionnelle, au détriment de l'équilibre des pouvoirs.
La coalition s'est également insurgée contre la précipitation de la procédure. Le gouvernement avait pourtant rappelé qu'aucune révision constitutionnelle majeure « n'a été entreprise au Sénégal depuis 1992 sans qu'elle ne soit précédée de consultations, de concertations ou d'un dialogue associant les acteurs politiques, l'opposition, la société civile ainsi que les différentes sensibilités nationales concernées ».
La rupture Faye-Sonko au cœur du débat
La conférence de presse a rapidement pris un tour personnel. Le ministre Abdourahmane Diouf a retracé en quatre actes ce qu'il appelle la trahison d'Ousmane Sonko : la manipulation, le reniement, la forfaiture et la cupidité. Il a dénoncé la transformation de l'Assemblée nationale en « outil de revanche » entre les mains de son président, qui se poserait désormais en « guide de la révolution » en dehors de la République.
La coalition a par ailleurs réfuté la thèse d'une crise institutionnelle, en des termes sans appel : « Il n'y a pas de crise institutionnelle au Sénégal. Le président gouverne, les salaires sont payés, les conseils des ministres se tiennent, l'administration centrale et décentralisée fonctionne. » L'urgence, selon elle, est à l'emploi des jeunes, au financement des femmes et à la croissance économique.
Risque de parlementarisation du régime
Sur le fond, plusieurs intervenants ont alerté sur ce qu'ils perçoivent comme une tentative de glissement vers un régime parlementaire. La proposition de loi prévoit notamment un renforcement des pouvoirs du Premier ministre et un élargissement des prérogatives de l'Assemblée nationale, avec le droit d'auditionner toute personne via des commissions d'enquête. Pour la coalition, ces dispositions déséquilibreraient durablement l'architecture institutionnelle sénégalaise au profit du Parlement.
De son côté, Ousmane Sonko a affirmé que, dans le modèle démocratique sénégalais, « seules deux entités peuvent se prévaloir du titre de pouvoir constitutionnel : le peuple et la représentation nationale », et que si le chef de l'État choisit la voie référendaire, « c'est le projet adopté par les députés qui sera soumis au référendum, le président de la République ne peut y toucher aucune virgule ».
La coalition Diomaye Président a conclu en lançant un appel aux députés à se comporter en « élus du peuple et non d'un parti », et en réaffirmant son soutien sans réserve au président de la République face à ce qu'elle considère comme un processus institutionnellement illégitime.