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DIOMAYE SAURA-T-IL TENIR SES ÉPOUSES À L’ECART DE LA GESTION DE L’ÉTAT ?
Entre affairisme décomplexé, nominations scandaleuses et influence indue, les Premières Dames ont outrepassé les limites sous Wade et Sall. Comment éviter que le nouveau régime ne sombre dans les mêmes travers ?
 
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196218
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Nominations, interventions décisives dans l’attribution de marchés, choix de l’entourage du président, entretien de meutes de courtisans… En plus de gérer des fondations, les deux précédentes Premières dames se distinguaient par leurs fortes influences sur leurs présidents de maris. Au point qu’elles étaient devenues de véritables vice-présidentes de la République. Le président Bassirou Diomaye Faye, qui a deux épouses donc deux Premières dames potentielles, pourra-t-il apporter la rupture à ce niveau ?

Au Sénégal, l’implication des Premières dames dans les affaires de l’État ne date pas d’aujourd’hui. Elle remonte à l’avènement du président Wade au pouvoir et s’est poursuivie avec celle de son successeur Macky Sall. En effet, en plus des fondations qu’elles ont eu à gérer, et dont l’origine des financements était plus que nébuleuse, ces Premières dames étaient soupçonnées d’être directement impliquées dans la plupart des décisions prises par leurs époux. Exerçant une influence considérables sur ces derniers, elles les poussaient à prendre des décisions en fonctions de leurs propres intérêts et non dictées par l’intérêt général. L’influence néfaste de ces épouses, leur affairisme ainsi que les pratiques antirépublicaines, longtemps décriées, ont été une des causes de la perte du pouvoir par leurs maris. Ce même si leurs fondations ont à leur actif des réalisations sociales importantes en faveur des populations particulièrement les plus démunies.

Aujourd’hui, avec la troisième alternance démocratique survenue au sommet de l’Etat, le débat sur la création ou non d’une Fondation par les épouses du nouveau chef de l’État se pose avec acuité. Si à l’heure actuelle, rien n’a encore filtré des intentions du nouveau président de la République concernant ce sujet, certains n’écartent pas l’idée de voir le président Bassirou Diomaye Faye s’inscrire dans la lignée de ses trois prédécesseurs relativement aux activités de leurs distinguées épouses. Une chose est sûre : s’il décidait lui aussi d’autoriser ses deux épouses à créer une fondation commune — ou chacune sa propre fondation ! — il risque non seulement de s’exposer aux attaques de la classe politique notamment de l’opposition sur l’absence de rupture mais en plus, il ouvrirait la boîte de Pandore en donnant l’occasion à ses épouses de pouvoir s’impliquer petit à petit dans la gestion des affaires de la République. Mais heureusement que, pour l’heure, Marie Khoné Faye Absa Faye semblent se tenir loin de ces affaires et aussi de fuir les feux de la rampe. Mais jusqu’à quand car il faudra bien que ces dames trouvent à s’occuper ! Et dans ce cas, évidemment, les épouses du Premier ministre Ousmane Sonko ne voudraient pas être en reste…

Viviane Wade et Marième Faye Sall, ces premières dames qui soufflaient aux oreilles de leurs époux...

Si les épouses des présidents Léopold Sédar Senghor et Abdou Diouf, les deux premiers présidents de la République du Sénégal indépendant, n’étaient pas impliquées dans la gestion de l’État, c’était loin d’être le cas pour celles de Me Abdoulaye Wade et de Macky Sall. En effet, les épouses des deux derniers chefs d’État ont été longtemps indexées pour leur propension à peser dans les décisions prises par leur mari et relatives à la gestion de l’Etat. Leurs interventions étaient décisives dans les nominations aux fonctions de ministres ou aux postes de directeurs généraux de sociétés, d’agences, de présidents du conseil d’administration, d’ambassadeurs et même de généraux !... Selon nos sources, il est arrivé que des listes soient envoyées par ces puissantes Premières dames dans des structures pourvoyeuses d’emplois pour y caser des protégés. Lesquels bénéficiaient de gros salaires parfois à ne rien faire faute de compétences ou de niveau requis pour assurer la fonction. Plus grave, sans être présents à leur lieu de travail, ils percevaient régulièrement leurs rémunérations. Ces pratiques aux relents de recrutements politiques étaient plus accentuées encore sous l’ère Marième Faye Sall. Laquelle n’hésitait pas, forte de son influence sur son mari, à approuver ou mettre son veto sur certains noms avant la publication des membres du gouvernement à l’occasion des remaniements ministériels. Sur ce point, c’est un secret de Polichinelle de dire que la sœur de Mansour Faye s’était toujours arrangée pour que ses protégés — en particulier son propre frère utérin Mansour ou son « fils » Mame Mbaye Niang — soient mis à des postes stratégiques. L’exemple de l’actuel président de l’Assemblée nationale, deuxième personnalité de l’État, en est une parfaite illustration puisque sa proximité avec la famille de l’ancienne Première dame est de notoriété publique. Le cas de l’ancien ministre Mbagnick Ndiaye est encore plus illustratif de la toute-puissance de Marième Faye Sall. Fraîchement nommé, il avait remercié en public cette dernière à qui disait-il devoir cette nomination. Une déclaration qui avait suscité de vives polémiques sur l’implication de l’épouse du président de la République dans la nomination des ministres. On raconte que, ce jour-là, le président de la République, dans une colère noire, avait menacé de sanctionner Mbagnick Ndiaye en le limogeant. L’intéressé s’était rendu dare-dare au domicile du couple où la Première dans l’avait rassuré que rien de fâcheux ne lui arriverait !

Ayant compris tout le parti qu’ils pouvaient tirer de l’influence de ces Premières dames, des affairistes n’hésitaient pas à se comporter en courtisans pour décrocher de gros marchés publics. Des dames qui bénéficiaient de quotas pour l’attribution de billets pour La Mecque ou Rome mais aussi dans celle des passeports diplomatiques. Si toutes ces largesses et aussi cet affairisme des Premières dames ont été possibles sous les magistères des deux derniers présidents de la République, c’est parce que leurs époux ont trop regardé faire. Quant aux Fondations de ces dames, en plus de leurs des actions sociales incontestables, elles ressemblaient plus à des structures aux objectifs politiques inavoués sans compter qu’elles offraient à des hommes d’affaires douteux la possibilité de blanchir leurs fortunes.

Qu’en sera-t-il des épouses du président Bassirou Diomaye Faye ?

Pour la première fois de sa jeune histoire, notre pays est dirigé par un chef de l’État polygame. Ce statut matrimonial pose d’abord le problème de la cohabitation entre deux Sénégalaises bon teint qui vont devoir rivaliser comme c’est souvent le cas dans notre société entre coépouses. Et veiller à ne pas se faire éclipser par les deux femmes du Premier ministre… Même si pour l’heure rien les hostilités ne sont pas encore déclenchées, on ne serait pas surpris d’une bataille de leadership entre nos deux Premières dames. Laquelle pourrait éclater au cas où le président de la République déciderait de sacrifier à la tradition de ses prédécesseurs en autorisant ses épouses à créer une ou deux fondations ! Cette structure, toujours dirigée par une seule épouse, pourrait s’avérer difficile à gérer lorsqu’il y a deux dames à sa tête. Il s’y ajoute que chacune des deux femmes, sous l’influence de ses proches, pourrait refuser de jouer les seconds rôles. Le président Diomaye Faye pourra-t-il gérer cette équation pour éviter de s’exposer aux critiques ? Va-t-il, au nom de la rupture promise, décider qu’il n’y aura plus de Fondation de Première dame ?

Plus difficile sera d’empêcher ces douces moitiés du président de s’impliquer dans la gestion de l’Etat et d’avoir elles aussi leurs cours de griots, d’hommes d’affaires, d’influenceurs, de marabouts, de lutteurs, de journalistes, de couturières, de jet-setteuses etc. Le président de la République en campagne électorale avait beaucoup évoqué la sobriété et promis une gestion transparente du pouvoir une fois élu. Pour respecter une telle promesse, il doit être le premier à donner l’exemple en éloignant ses épouses de tout ce qui a trait à la gestion de l’État. Il s’agit entre autres des pouvoirs de nomination aux emplois civils et militaires, des attributions de marchés publics, des quotas d’emplois dans les sociétés nationales ou la Fonction publique, dans l’attribution des billets pour La Mecque ou les Lieux saints de la chrétienté, les avantages accordés à leurs proches. Ces pratiques néfastes ont porté un sacré coup aux deux derniers chefs d’État qui ont fini par être sévèrement sanctionnés par les populations. Lesquelles sont en train de guetter les moindres informations ou rumeurs en provenance du palais faisant état de l’implication des épouses de l’actuel président de la République dans les affaires de l’Etat. Mais fort heureusement, pour le moment, les contempteurs du président Bassirou Diomaye Faye en sont pour leurs frais !

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