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Douze ans après le vote de la loi anti-tabac, comment le Sénégal est devenu le dernier de la classe en Afrique
Dans les administrations, les restaurants, les bars, les hôtels, les lieux de travail ou même certains établissements de santé, il n'est pas rare de voir des consommateurs fumer en toute tranquillité
 
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Adoptée en mars 2014, la loi antitabac sénégalaise devait marquer un tour‐ nant dans la protection des populations contre le tabagisme. Douze ans plus tard, les interdictions prévues par le texte restent largement inappliquées. Pendant que les points de vente prolifèrent, que la chicha et les nouveaux produits nicotiniques séduisent les jeunes, les acteurs de la lutte antitabac dénoncent un immobilisme qui a conduit le Sénégal à occuper la dernière place africaine dans ce combat de santé publique.

Douze ans après le vote de la loi anti‐ tabac, le Sénégal peine toujours à faire respecter ses propres règles. Dans les administrations, les restaurants, les bars, les hôtels, les lieux de travail ou même certains établissements de santé, il n'est pas rare de voir des consommateurs fumer en toute tranquillité. Une réalité qui illustre, selon plusieurs acteurs engagés dans la lutte contre le tabagisme, l'échec d'une politique publique pourtant dotée d'un cadre juridique depuis plus d'une décennie. Pour Amadou Moustapha Gaye, président de la Ligue Sénégalaise Contre le Tabac (LISTAB), le constat est sans appel : « Le Sénégal est devenu un fumoir à ciel ouvert. » 

Une formule choc qui traduit, selon lui, l'incapacité des pouvoirs publics à appliquer une législation pourtant adoptée le 14 mars 2014. À l'époque, la loi avait été saluée comme une avancée majeure. Interdiction de fumer dans les lieux publics, encadrement de la publicité, protection des mineurs : le texte ambitionnait d'aligner le Sénégal sur les standards internationaux de santé publique. Mais dans les faits, plusieurs dispositions essentielles n'ont jamais été pleinement mises en œuvre. Parmi les principaux points de blocage figure l'absence de certains textes réglementaires. 

Selon la LISTAB, le décret relatif à l'ouverture et à la fermeture des débits de tabac se‐ rait toujours en attente dans les circuits administratifs. Résultat : la commercialisation des produits du tabac continue de s'étendre sans véritable contrôle. Cette situation intervient alors que le Sénégal a pourtant ratifié dès 2005 la Convention‐cadre de l'Organisation mondiale de la santé pour la lutte anti‐ tabac (CCLAT). Ce traité international engage les États à adopter des mesures fortes pour réduire la consommation de tabac et protéger les populations contre l'exposition à la fumée. Sur le terrain, les défenseurs de la lutte anti‐ tabac observent au contraire l'émergence de nouveaux défis. Cigarettes électroniques, produits du tabac chauffé, sachets de nicotine et chicha gagnent du terrain auprès d'une population de plus en plus jeune. À Dakar notamment, les établissements proposant la chicha se sont multipliés au cours des dernières années, alimentant les inquiétudes des spécialistes de santé publique.

Tabac au Sénégal : La LISTAB conteste les résultats de l'enquête GATS ! La publication récente des résultats de l'enquête Global Adult Tobacco Survey (GATS), réalisée avec l'appui de l'Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD), a égale‐ ment suscité des interrogations. L'étude fait état d'une baisse importante de la consommation de tabac au Sénégal. Une conclusion contestée par la LISTAB. L'organisation estime que les chiffres annoncés ne correspondent pas aux observations réalisées sur le terrain. Pour ses responsables, l'augmentation visible des points de vente, l'essor du vapotage et la présence crois‐ sante de produits nicotiniques chez les jeunes rendent difficile l'explication d'une telle évolution. Au‐delà du débat statistique, la question de la gouvernance de la lutte antitabac est désormais posée. La LISTAB réclame un audit des financements consacrés à cette politique publique ainsi qu'une évaluation indépendante des mécanismes de gestion des ressources mobilisées par les différents acteurs du secteur. L'organisation appelle égale‐ ment les autorités à renforcer l'application des engagements pris dans le cadre de la Convention‐cadre de l'OMS, notamment en matière de protection des politiques publiques contre toute influence de l'industrie du tabac. 

À l'approche des prochaines campagnes de sensibilisation, les acteurs de la lutte antitabac estiment que l'enjeu dépasse désormais la seule question réglementaire. Pour eux, il s'agit de savoir si le Sénégal est encore capable de transformer ses engagements en actions concrètes. Car derrière les textes, les décrets et les statistiques, une réa‐ lité demeure : chaque année, des milliers de Sénégalais continuent d'être exposés aux effets du tabagisme actif ou passif, tandis que de nouveaux consommateurs, souvent très jeunes, entrent dans la dépendance à la nicotine. Douze ans après le vote de la loi antitabac, la promesse d'une protection effective des populations reste, pour beaucoup, une promesse inachevée. 

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