(SenePlus) - La finale du Mondial 2026, remportée 1-0 par l'Espagne face à l'Argentine après prolongation, n'a pas seulement été un choc sportif. Pour le chercheur et auteur américain Jules Boykoff (Red Card: The 2026 World Cup, Sportswashing, and the FIFA Greed Machine), interrogé par l'émission Democracy Now, elle a aussi mis en scène l'affrontement de deux modèles de jeu profondément liés aux dynamiques politiques de chaque pays.
Boykoff insiste sur l'opposition stylistique entre les deux équipes. Le jeu espagnol repose sur la collectivité : même sa jeune star Lamine Yamal doit s'adapter à la structure et à l'organisation collective de l'équipe. À l'inverse, l'Argentine fonctionne autour de son individualité la plus emblématique, Lionel Messi, la sélection tout entière ajustant son organisation autour de lui plutôt que l'inverse, une configuration que Boykoff dit n'avoir observée dans aucune autre équipe récente de Coupe du monde.
Pour l'auteur, ce contraste sportif fait écho à des orientations politiques divergentes dans les deux pays.
En Espagne, le gouvernement socialiste de Pedro Sánchez porte une politique migratoire jugée plus humaine, des mesures écologiques, et envisage une action judiciaire contre Benjamin Netanyahou pour crimes de guerre, en lien avec l'attaque israélienne contre des flottilles humanitaires tentant de rejoindre Gaza.
En Argentine, le président Javier Milei incarne à l'inverse un libertarianisme extrême, décrit par Boykoff comme une résurgence du néolibéralisme des années 1990. Selon l'analyste, le soutien affiché par Netanyahou à l'équipe argentine ne tenait d'ailleurs pas tant à Messi lui-même qu'à une proximité idéologique avec Milei.
Boykoff conclut qu'il est difficile d'imaginer deux finalistes incarnant une divergence plus nette, tant sur le plan du jeu que sur celui des enjeux politiques mondiaux actuels.