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Par Babacar Korjo Ndiaye
« Ëttu Yiw » de Cheik Aliou Ndao, un sanctuaire de valeurs et de sursaut citoyen en langue nationale
Rédigé dans un wolof d'une grande pureté académique, ce recueil se lit comme un réquisitoire contre le cynisme politique et l'aliénation de la jeunesse
 
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Le paysage littéraire sénégalais et africain s'enrichit d'un chef-d'œuvre majeur. Les éditions Senegal Njaay viennent de publier Ëttu Yiw (L'enclos des vertus / Le parvis de la grâce), le tout nouveau recueil de poèmes en wolof du célèbre dramaturge, romancier et poète Cheik Aliou Ndao (Séex Aliyu Ndaw). Connu pour son engagement indéfectible en faveur des langues nationales et son style d'une profondeur rare, l’auteur livre ici une œuvre chorale, à la fois intime, politique et philosophique.

À travers des vers ciselés et un wolof d'une pureté académique, Ëttu Yiw se dresse comme une boussole éthique pour l'Afrique contemporaine.

Un hommage vibrant à Cheikh Anta Diop et aux bâtisseurs de conscience

Dès les premières pages, Cheik Aliou Ndao annonce la couleur et la trajectoire idéologique de sa création. Dans sa dédicace (Jagle), il dédie solennellement ses poèmes à :

« Képp kuy béy waaram ci toolu / Séex Anta Jóob bii mu nu / Battaleel ngir Afrig Sunu Ndey » (À quiconque cultive sa part dans le champ de bataille que Cheikh Anta Diop a mené pour l’Afrique notre Mère).

Cet ancrage panafricain traverse tout le recueil, rappelant aux jeunes générations la nécessité de se tenir debout face aux vents de la mondialisation et de l'aliénation.

Le recueil aborde des sujets cruciaux qui interpellent la marche de la société. À travers différents poèmes écrits entre 2012 et 2025, Cheik Aliou Ndao décortique la condition humaine, les dérives du pouvoir et l'impératif civique.

La quête de la Vérité (Dëgg) et la critique des dirigeants

Dans des pièces maîtresses comme Dëgg (La Vérité) ou Tudéeful (Le prête-nom/L'irresponsable), l'auteur fustige le cynisme de certains dirigeants politiques et la trahison des élites qui préfèrent s'exiler à Paris ou masquer leurs fautes plutôt que de servir le peuple.

- Il rappelle avec force que « la vérité est solide » (Dëgg dafa dëgër kéŋŋ) et qu’elle finit toujours par triompher des masques du mensonge (Fen).

- À travers le poème Dag bi (Le courtisan/Le subordonné), il peint avec pitié et ironie la vie misérable de ceux qui s'aplatissent devant l'autorité pour des miettes, perdant toute dignité (Ngor).

Le sursaut de la jeunesse et l'affirmation culturelle

Dans Bii Pas Pas (Cette détermination) et Fóoxal, Cheik Aliou Ndao s'adresse directement à la jeunesse africaine (Moo yow doom Afrig). Il l'invite à « ouvrir les yeux » (xippi say gët) et à cesser d’être les éternels serviteurs de l’Occident. L'indépendance véritable, selon lui, commence par la réappropriation des langues nationales. Dans Faran ko fóni, il exhorte les parents à parler wolof à leurs enfants plutôt que de privilégier exclusivement les langues étrangères.

La célébration des figures inspirantes et des femmes

L'ouvrage n'est pas qu'une critique, c'est aussi un chant de célébration. L'auteur rend un vibrant hommage à la dignité des femmes dans Jaaraama Jigéen ñi (Hommage aux femmes) et Bésu jigéen ñi (La journée des femmes), saluant des figures de vertu comme Bàjjan Aram (Arame Fall), Mariétou Diongue, Adjaratou Sall, Ndeye Codou Fall et rappelant que la femme est la racine qui porte la société. Il salue également la mémoire de grands intellectuels et militants de la culture, de Christiane Diop (Éditions Présence Africaine) à Alioune Diop, en passant par de grands poètes de la Négritude.

Ce qui fait la force d'Ëttu Yiw, c'est la maîtrise absolue de la syntaxe et du lexique wolof. Cheik Aliou Ndao utilise des expressions idiomatiques denses, des allitérations rythmées (comme le martèlement de « dukk dukk, daŋŋ daŋŋ dann » pour imiter la marche forcée ou la soumission) et des images métaphoriques issues du terroir (les arbres, les oiseaux, le soleil). Chaque poème se lit comme une sentence philosophique, une sentence qui éduque autant qu'elle émeut.

Avec Ëttu Yiw, Goor gi Seex Ndaw confirme sa posture de gardien du temple de la culture et des valeurs sénégalaises. Ce recueil est un miroir tendu à la société de 2026, un appel à l’introspection et à la restauration du sens civique. Un livre indispensable pour les enseignants, les étudiants, les amoureux de la poésie et quiconque croit au pouvoir émancipateur des langues africaines.

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