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Faut-il douter du médicament ?
MEDICAMENTS ET RISQUES SANITAIRES
 
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3548
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Dans le secteur pharmaceutique, un scandale est venu en chasser un autre. Après Mediator, c’est au tour de Diane 35 d’être montée en épingle à cause de ses effets nocifs sur la santé. Avec la revue Prescrire, nous avons passé en revue ces médicaments jugés dangereux, qui garnissent cependant les rayons de nos pharmacies.

Après le scandale qu’a suscité Mediator à qui l’on impute 1 300 morts, un autre est pointé du doigt. Diane 35, un anti-acnéique prescrit comme contraceptif depuis 30 ans, aurait fait 400 victimes. Et alors que l’Agence française de sécurité du médicament en reconnaît 4, la revue Prescrire porte un nouveau coup à la corporation des médecins français accusée d’être à la solde des lobbys pharmaceutiques. En effet, avec la publication d’une liste de médicaments jugés « plus dangereux qu’utiles » Prescrire proscrit bon nombre de médicaments. Du Feldene au Protopic en passant par le Motilium, la conclusion de la revue est sans appel : Médicaments dangereux. Face à cette inquiétude grandissante dans une France qui consomme plus de médicaments que n’importe quel autre pays, nous avons voulu en savoir un peu plus au Sénégal, où l’on consomme très largement des médicaments importés.

DU MEDIATOR…

Il a fallu, dans l’Hexagone, une enquête sénatoriale pour venir à bout des puissants laboratoires Servier à qui l’on doit la merveilleuse découverte que ne fut pas Mediator. Avec les 1300 décès dont on l’accuse, Mediator qui contient un coupe-faim, le Benfluorex, était prescrit pour maigrir mais s’est révélé au grand public comme un coupe-vie. Durant des décennies, des hommes et des femmes utilisaient ce médicament pour lutter contre un surplus de poids fort dérangeant. Leur réveil a été brutal à la lecture des premiers livres à charge contre le Médiator. Des centaines de plaintes s’en étaient suivies. Jacques Servier, le fondateur des laboratoires Servier, est mis deux fois en examen : d’une part pour tromperie et escroquerie et d’autre part pour homicides et blessures involontaires. Sans que cela n’amenuise l’inquiétude des Français, qui se posent de plus en plus de questions sur l’incidence exacte des médicaments qu’on leur prescrit.

…A LA DIANE 35

Pendant que la file des victimes qui se déclarent s’allonge un peu plus, un autre scandale couve. Diane 35 ! Un médicament dont l’Agence française de sécurité du médicament a décidé de suspendre la commercialisation d’ici deux mois et à l’encontre duquel elle a déjà engagé une procédure, pour la suspension de son Autorisation de Mise sur le Marché (AMM). Cette décision bien que controversée, fait suite à une publication du Figaro faisant état de plusieurs victimes imputables à Diane 35. Mise sur le marché français depuis 1982 sous le nom de Diane, cette association oestroprogestative, est devenue Diane 35, cinq ans plus tard, par la magie de la communication. Conçue par le laboratoire Bayer pour traiter l’acné, Diane 35 est fréquemment conseillée comme moyen de contraception. Le témoignage de Marjorie que nous reprenons du Point en est une illustration explicite. « Jeune femme svelte à l’hygiène saine et sans tabac, elle prenait Diane 35 depuis ses 16 ans. Le gynécologue de sa mère lui avait prescrit cela comme première contraception. « Il y a une pilule qui est très bien et qui plaît aux jeunes filles, car elle traite en plus l’acné », lui avait-il expliqué. « Je n’avais pas spécialement de boutons, nous confie Marjorie, mais j’étais ravie ! ». Six ans plus tard, en juin 2006, la jeune femme se réveille un matin avec une vision floue, un fort mal de tête et des vomissements, puis son bras gauche s’engourdit. L’IRM qu’elle passera 24 heures plus tard révélera alors un accident vasculaire cérébral (AVC). Le rapport de l’hôpital mentionnera comme seul facteur de risque Diane 35, même si on ne lui dit pas explicitement que c’est la cause. « Depuis, je suis restée sept ans sans vraiment savoir, déplore-t-elle. Tous les médecins à qui j’ai expliqué cet accident m’ont ri au nez. Allons, si c’était la pilule, on le saurait, me disaient-ils. Aujourd’hui, poursuit-elle, je suis en colère. C’est hallucinant, cet énorme business et ce marketing : la présentation ressemblait vraiment à une plaquette de pilules. Et pour l’effet anti-acné, merci. Quand j’ai arrêté, j’ai eu pendant 18 mois des boutons partout comme jamais je n’avais eus ! ».

…EN PASSANT PAR PRESCRIRE

Alors que les Français cherchent à qui imputer la responsabilité de tels manquements entre le médecin et le pharmacien, la revue Prescrire les met tous sur le banc des accusés. Ce mensuel, qui rappelons-le, est une revue médicale destinée aux professionnels, publie une liste de médicaments commercialisés dont le rapport bénéfices-risques est défavorable. Nous en citons ceux qu’on peut trouver dans les pharmacies de Dakar en reprenant exactement la revue Prescrire.

Xenical d’Orlistat a des effets indésirables (troubles digestifs très fréquents, atteintes hépatiques, etc) et des interactions disproportionnés au regard d’une efficacité modeste et temporaire en termes de perte de poids, sans preuve d’effet favorable à long terme. Celebrex, Arcoxia et le Dynastat exposent à plus de risques cardiovasculaires et cutanés que d’autres anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS). Art 50 expose à des troubles digestifs, des atteintes cutanées graves et des hépatites. Hexaquine, censé soulager les crampes, expose à des hypersensibilités, des troubles hématologiques, des troubles cardiaques disproportionnés au regard d’une efficacité marginale. Motilium un neuroleptique, expose à des troubles du rythme ventriculaire et des morts subites, disproportionnés, par rapport aux symptômes traités, les reflux gastro-oesophagiens ou les nausées et vomissements. Resolor un médicament apparenté aux neuroleptiques et autorisé dans la constipation, favorise les troubles cardiovasculaires. Protopic un immunodépresseur dans l’eczéma expose à des risques de cancers cutanés et de lymphomes, disproportionnés avec l’affection traitée. Etc, etc.

LE MEDICAMENT EST-IL IRREPROCHABLE ?

Nous avons, avec cette liste notamment, voulu avoir le point de vue des pharmaciens sénégalais sur toutes ces questions qui taraudent aujourd’hui les Français. Sur dix-huit pharmacies visitées nous n’avons trouvé sur place que quatre véritables praticiens, deux se trouvaient dans la même officine. C’est à se demander si les pharmaciens n’auraient pas fait interdire la vente de médicaments à « Keur serigne bi » pour employer dans leurs pharmacies ceux qui y vendaient ! Le patient attend le bon conseil d’un vendeur pas assurément formé en la matière. A la pharmacie de la P.., le vendeur a tout simplement sorti un livre, prenant celui-ci à témoin, quand nous l’avons interrogé sur les effets négatifs du Feldene. A la pharmacie D., le pharmacien qui y officiait expliquait vigoureusement, jurant sur tous ses diplômes, que Diane 35 était une pilule très efficace. Tous les vendeurs que nous avons rencontré semblent très au fait des effets bénéfiques des médicaments, mais quand à la posologie et les effets indésirables voire nocifs, ils sont moins prolixes. Comme s’ils ne connaissaient que les vertus de ces médicaments.

Après avoir constaté que presque toutes les pharmacies où nous nous sommes rendus commercialisaient ces médicaments à l’exception du Mediator, nous nous sommes intéressés à la Pharmacovigilance, la structure en charge justement de veiller sur leur qualité. M. Dramé, un des responsables, a bien voulu répondre à nos questions. Peu informé du débat suscité par la Diane 35 en France, il indique que le médicament ne sera pas retiré du marché mais uniquement suspendu. A la faculté de Médecine où nous nous sommes rencontrés, M. Dramé nous a expliqué comment était rigoureuse la procédure de suspension d’un médicament. Que cela ne pouvait pas dépendre de la seule France mais de tous les pays européens. Quant aux médicaments cités par Prescrire il persiste et signe : « ils sont tous bons ». Une conclusion somme toute rassurante, mais qui nous a laissés perplexes. Si en France, on s’interroge désormais avant d’avaler la moindre pilule, au Sénégal, la question ne se pose pas : l’ordonnance étant considérée comme écrit d’Evangile.

Le médicament n’est pas conçu à seule fin d’augmenter l’espérance de vie de l’homme, il doit aussi lui conserver force et vigueur le plus longtemps possible. Malheureusement, des laboratoires super puissants, plus soucieux de générer des revenus que d’œuvrer pour la bonne santé des individus, en ont fait leur chasse-gardée. C’est pourquoi l’importance et la sensibilité du médicament doivent pousser les pouvoirs publics à plus de sagacité et les populations à plus de vigilance.

Nous poursuivons notre enquête dans l’espoir de recueillir l’avis des patients et autres médecins, tout en nous posant sérieusement cette question : « Nos pharmacies seraient-elles devenues de simples boutiques ? ».

 

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