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Fouta Toro 1776, la démocratie avant l'heure
Alternance démocratique, reddition de comptes, abolition de l'esclavage/ Invité de l'émission "Objection" sur Sud FM, Mamadou Youry Sall a célébré les 250 ans d'une révolution africaine méconnue
 
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1002660
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  • https://www.youtube.com/watch?v=AfSFs8pCMvA

L'enseignant-chercheur à l'Université Gaston Berger de Saint-Louis était l'invité de l'émission "Objection" sur Sud FM ce dimanche pour évoquer l'héritage de la révolution de 1776 au Fouta Toro, présentée comme un modèle de bonne gouvernance avant les révolutions occidentales.

Mamadou Youry Sall, directeur du Centre de recherche sur le patrimoine intellectuel africain, a rappelé que Tierno Souleymane Bâl, érudit musulman du 18e siècle, fut "le principal initiateur de la révolution Torodo de 1776", un mouvement qui visait à "mettre fin aux abus du pouvoir traditionnel, promouvoir la justice sociale, la bonne gouvernance et l'application des principes islamiques dans la gestion de la société."

Selon l'universitaire, trois facteurs principaux ont motivé cette révolution : "L'insécurité régnait partout", avec les raids des Maures et du Jolof, l'impossibilité pour les musulmans de "vivre bien leur religion" sous les gouvernants Denianké, et la traite négrière menée par "les Européens qui étaient à Saint-Louis" qui "maltraitent les êtres humains et les amènent aux États-Unis."

La révolution Torodo a instauré une rupture radicale : "Supprimer la dynastie est une vraie révolution", a souligné Mamadou Youry Sall. Le pouvoir n'était plus héréditaire mais reposait sur "la confiance du peuple". L'Almamy, dirigeant élu, devait être "compétent, alim mais surtout vertueux" et "désintéressé des biens de ce monde."

Le chercheur a précisé que sur 114 ans, "on a eu 34 Almamys", témoignant d'une alternance pacifique. "On a tué personne au pouvoir, les gens acceptaient d'être destitués parce qu'on a dit ils surveillent, si vous n'avez plus la confiance qu'on vous a accordée, on vous destitue."

Une révolution africaine antérieure aux révolutions occidentales

Comparant la révolution du Fouta aux révolutions américaine et française, Mamadou Youry Sall a affirmé : "La révolution du Fouta devance celle de la France, la révolution du Fouta devance celle des États-Unis." Il a notamment critiqué l'humanisme occidental : "Comment vous pouvez être humaniste ? Washington est mort en laissant 26 esclaves avec sa femme."

En contraste, il a rappelé qu'en 1789, "Almamy Abdou a écrit au représentant de la France à Saint-Louis en lui interdisant la traite négrière", une lettre authentique qui sera mise en avant lors des célébrations.

Le programme des célébrations du 250e anniversaire débutera mardi 24 février avec "une leçon inaugurale de professeur Ibrahim Thioub sur cette révolution à la Place du Souvenir à partir de 10h", suivie de colloques dans plusieurs universités sénégalaises tout au long de l'année.

Pour Mamadou Youry Sall, l'enjeu est clair : "Il faut que la jeunesse connaisse mieux ce que nos ancêtres ont fait." Il estime que si Tierno Souleymane Bâl vivait aujourd'hui, il mènerait trois combats : "La dignité humaine, la science pour tout le monde à la portée de tout le monde, et la justice au centre de tout."

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