Guinaw Rails Nord, petite commune du département de Pikine, occupe une position géographique stratégique au cœur de la banlieue dakaroise. Délimitée par l’autoroute à péage, la route des Niayes, la voie ferrée et la commune de Guinaw Rails Sud, elle s’étend sur moins de deux kilomètres carrés pour une population estimée à près de 35 000 habitants.
Malgré ces atouts indéniables, la commune peine à répondre aux aspirations de ses habitants. Entre insuffisance des infrastructures, faiblesse de la gouvernance locale et absence de projets structurants, Guinaw Rails Nord semble prisonnière d’un immobilisme qui freine son développement.
Une urbanisation rapide sans planification suffisante
Ancien espace périphérique absorbé par l’expansion de Dakar, Guinaw Rails Nord a connu une croissance démographique rapide. Cette évolution s’est accompagnée d’une urbanisation souvent désordonnée qui a exercé une forte pression sur les infrastructures existantes.
Les problèmes d’assainissement demeurent particulièrement préoccupants. À chaque hivernage, plusieurs quartiers sont confrontés aux inondations, révélant les limites d’un réseau d’évacuation des eaux insuffisant et parfois défaillant. Cette situation affecte durablement les conditions de vie des populations.
Une gouvernance locale en manque de dynamisme
Parmi les préoccupations régulièrement exprimées par les habitants figure la question du leadership municipal. L’éloignement du maire de la commune, installé à Keur Massar, est souvent cité comme un facteur ayant contribué à un sentiment d’abandon chez de nombreux citoyens.
Les initiatives municipales apparaissent limitées, tandis que les relations entre l’exécutif local, les conseillers municipaux et certains délégués de quartier semblent marquées par des tensions récurrentes. Cette situation nourrit une perception de blocage institutionnel peu favorable à l’émergence de solutions durables.
Un désordre urbain qui pénalise le développement
Le marché de Thiaroye constitue aujourd’hui l’un des principaux points de congestion de la commune. Son extension anarchique engendre des embouteillages, des difficultés de circulation et des problèmes de sécurité qui affectent quotidiennement les populations.
À cela s’ajoutent l’occupation irrégulière de l’espace public par certaines activités mécaniques ainsi que la prolifération des charrettes dans plusieurs axes stratégiques, freinant les efforts de modernisation urbaine.
Des infrastructures modernes insuffisamment valorisées
Plusieurs investissements importants réalisés ces dernières années peinent à produire les effets attendus.
Le centre commercial construit par l’APIX en 2021 demeure largement sous-exploité, faute d’une stratégie de gestion et de valorisation clairement définie.
La Maison de la Femme, inaugurée le 27 février 2025 grâce à un financement de 138 millions de francs CFA de la Ville de Pikine, suscite également des interrogations quant à son statut administratif, son mode de gestion et sa vocation future. Ces incertitudes retardent sa pleine mise en service.
Santé, sécurité et éducation : des secteurs sous pression
La situation sociale demeure préoccupante.
Sur le plan sanitaire, la commune ne dispose que d’un poste de santé aux capacités limitées, obligeant de nombreux habitants à se rendre dans les communes voisines pour accéder à certains soins.
En matière de sécurité, malgré la présence d’un poste de police, les populations continuent de signaler des agressions récurrentes, un éclairage public insuffisant et un déficit de patrouilles de proximité.
Le secteur éducatif n’est pas épargné. Une seule école publique accueille environ 1 200 élèves dans des conditions souvent difficiles, avec des effectifs pléthoriques et des défis importants en matière de qualité des apprentissages.
La question sensible de la gestion du centre commercial
Une autre préoccupation porte sur les recettes générées par le centre commercial.
Selon plusieurs informations relayées localement, les montants reversés au Trésor public auraient connu une baisse significative ces dernières années, alors même que les occupants affirment s’acquitter régulièrement de leurs obligations financières.
Cette situation soulève de nombreuses interrogations sur la traçabilité des recettes et les mécanismes de gestion mis en place.
Par ailleurs, des informations circulant dans certains milieux évoquent la convocation du maire, du directeur du centre commercial ainsi que du secrétaire municipal par les services compétents afin d’apporter des éclaircissements sur l’évolution des recettes. À ce stade, ces informations méritent toutefois d’être confirmées par les autorités concernées.
Ce climat d’incertitude aurait contribué à des difficultés financières ayant entraîné plusieurs mois d’arriérés de salaire pour certains agents municipaux, aggravant les difficultés sociales de nombreuses familles.
Dans un contexte marqué par les exigences de transparence et de bonne gouvernance, il apparaît indispensable que toute la lumière soit faite sur cette situation afin de rassurer les populations et de préserver la confiance dans les institutions locales.
Trente années de rendez-vous manqués
Près de trois décennies après la mise en œuvre de la décentralisation, force est de constater que Guinaw Rails Nord peine encore à bénéficier de projets structurants capables de transformer durablement son visage.
Les différentes équipes municipales qui se sont succédé n’ont pas réussi à impulser une dynamique de développement répondant aux attentes des populations.
Le mandat actuel semble illustrer, aux yeux de nombreux observateurs, les limites d’une gouvernance marquée par l’absence de vision stratégique, le manque d’innovation et l’insuffisance de réponses concrètes aux préoccupations des jeunes, des femmes et des acteurs économiques.
L’urgence d’un nouveau départ
Pourtant, tout n’est pas perdu.
Guinaw Rails Nord dispose d’atouts considérables : une position géographique privilégiée, un potentiel commercial important, un tissu associatif dynamique et surtout une jeunesse nombreuse, engagée et ambitieuse.
Le développement de la commune passera inévitablement par l’émergence d’une nouvelle culture de gouvernance fondée sur la compétence, la transparence, la redevabilité et la participation citoyenne.
Après plusieurs décennies de stagnation, les populations attendent désormais un véritable changement de méthode et de vision.
Guinaw Rails Nord mérite mieux. Et il appartient à ses fils et filles de construire l’avenir qu’elle mérite.