(SenePlus) - Réunis à N’Djamena du 20 au 24 avril 2026, les experts du Centre Régional AGRHYMET et de l’Organisation Météorologique Mondiale ont dressé un panorama contrasté des perspectives hydro-climatiques pour l'Afrique de l'Ouest et le Sahel. Fondées sur une méthodologie de nouvelle génération analysant les températures de surface des océans, les prévisions révèlent une fracture géographique majeure entre un Sahel Central humide et une zone Ouest, incluant le Sénégal, menacée par un déficit hydrique. Le forum a souligné que pour la saison 2026, « il est attendu des cumuls pluviométriques excédentaires à moyens dans le Sahel Centre et Est et normaux à déficitaires dans la zone soudanienne et le Sahel Ouest ».
Dans la partie occidentale de la région, le Sénégal et ses voisins font face à des signaux d'alerte préoccupants. Les prévisions indiquent que le déficit pluviométrique, déjà sensible en début de saison, devrait persister durant la période critique de juillet à septembre. Cette situation est aggravée par des prévisions de démarrage de saison « normales à tardives dans le Sahel Ouest ». Pour les agriculteurs sénégalais, cette conjoncture impose une vigilance accrue, car le retard des premières pluies utiles, couplé à des séquences sèches « globalement longues à moyennes », pourrait compromettre les semis et le développement initial des cultures.
L'analyse hydrologique confirme cette tendance de modération pour le bassin du fleuve Sénégal et de la Gambie, où des écoulements moyens sont attendus. Bien que ce débit limite le risque d'inondations catastrophiques dans ces bassins, il souligne la nécessité d'une gestion rigoureuse des ressources en eau de surface pour satisfaire les besoins agricoles et domestiques. À l'inverse, le centre et l'est de la bande sahélienne, notamment le Niger et le Tchad, se préparent à des conditions beaucoup plus humides, les experts avertissant qu'il « n'est pas exclu d'observer des situations d'excès d'humidité pour les cultures, de ruissellements érosifs et dangereux et de débordement des cours d'eau ».
Au-delà des simples relevés pluviométriques, les implications socio-économiques de cette saison hétérogène inquiètent les décideurs. Dans les zones déficitaires comme le Sénégal, la répartition inégale des pluies est « susceptible de perturber les calendriers culturaux, la croissance des cultures et des plantes fourragères, ainsi que les mouvements de transhumance ». Le rapport prévient que ces anomalies climatiques pourraient « exacerber l'inflation, la hausse des prix des denrées alimentaires » et, dans les cas les plus graves, accroître les tensions sociales et les conflits entre éleveurs et agriculteurs autour des ressources devenues rares.
Pour atténuer ces risques, le Forum PRESASS 2026 appelle à une mobilisation immédiate des services techniques et des organisations paysannes. Les recommandations insistent sur la promotion de techniques « climato-intelligentes », telles que le choix de variétés tolérantes au déficit hydrique et le recours à l'irrigation de complément. Les experts encouragent vivement les producteurs à « sécuriser les revenus [...] en promouvant la souscription à des assurances agricoles indicielles ». En conclusion, le forum exhorte les acteurs nationaux à renforcer la communication des prévisions afin que les communautés rurales puissent adapter leurs stratégies en temps réel face à un climat de plus en plus imprévisible.