Variation sur le fameux Cogito, ergo sum (Je pense, donc je suis) de René Descartes : Homo sum, ergo amo… mulierem ! (Je suis homme, donc j'aime… la femme !)
L'homme copule pour procréer. Et c'est à l'image de tous les autres êtres vivants, constitués dans le même principe d'animalité foncière qu'ils partagent avec l'homme. Le plaisir sexuel, élément consécutif et non consubstantiel de l'acte de copulation, fonctionne comme un appât que le système biologique met en place pour persuader l'homme à répondre, conformément à sa vocation naturelle, à l'acte de reproduction sans lequel les êtres vivants cesseraient de se multiplier. Nier cela, c'est nier le principe même de la vie, c'est menacer l'existence de toute vie, humaine ou non-humaine, sur terre et hors de la terre.
L'évidence de ces considérations générales semble paradoxalement remise en cause, aujourd'hui, tant sont puissants les choix de la société occidentale qui érigent l'homosexualité en valeur humaine supra-cardinale de civilisation et de modernité. Beaucoup de pays d'Occident ou relevant de la galaxie occidentale ont légiféré : stigmatiser l'homosexualité et les homosexuels constitue un délit grave assimilé au racisme et à la négation des droits humains fondamentaux. L'idée adjacente s'adosse sur le droit de chacun à disposer librement de son corps et à déterminer tout aussi librement son orientation sexuelle, sans que la société, cet « enfer sartrien » honni des temps modernes, n'y ait droit de regard. Tout ce qui menacerait l'individu et sa liberté d'être et d'agir comme il l'entend deviendrait ainsi une menace pour l'homme, une menace pour l'humanité dans son ensemble, une menace que devrait combattre et détruire toute civilisation réellement soucieuse de l'émancipation de l'homme.
Au nom de l'idéologie que voilà, et qui serait inspirée des valeurs d'un certain libéralisme de gauche, les programmes pédagogiques apprennent à l'enfant, dès la maternelle, que la discrimination des sexes ainsi que ses effets éthiques est une affaire culturelle plutôt que biologique. La frontière entre le masculin et le féminin serait désormais grimée dans un troisième genre, une zone d'androgynie indéterminée, réceptacle correctif de toutes les erreurs de la nature, où il n'y aurait point de sexualité bridée par « les tabous de la réaction sociale ». Selon cette logique, il n'y aurait rien à redire qu'un petit garçon préfère s'attacher les cheveux en chignon ou qu'une petite fille se rase virilement le crâne. Que le premier s'identifie à Kim Kardashian et que la deuxième se prenne pour Arnold Schwarzenegger.
Hors de l'Occident, le reste du monde a pris acte de ce choix de société plus que singulier sans pour autant juger ou se scandaliser outre mesure. Les non-Occidentaux ont accepté le fait, simplement, le mettant au compte du droit à la différence culturelle. Dès lors que, depuis ses sources gréco-romaines, la civilisation européenne a appris à se donner même des dieux bisexuels comme Zeus tombant amoureux de ce jeune prince troyen sur les bords de l'Ida, et que plus d'un roi, Bourbon, Capet ou Tudor, s'entourait non seulement de maîtresses mais aussi de mignons favoris notoirement connus malgré la dignité et la sacralité liées à sa fonction, il n'est pas étonnant que l'Europe qui se réclame héritière de cette civilisation cède aux injonctions de ses intellectuels et idéologues extrémistes du libertarisme et inscrive dans ses lois la sanctuarisation de l'homosexualité et de ses conséquences, à savoir l'éclatement de la structure hétérosexuelle du mariage et du couple parental, la création de succédanées artificiels de la filiation et de la parentalité, les expérimentations plus ou moins humanisantes de la cryogénie, du clonage et aujourd'hui de la robotique renforcée par l'Intelligence artificielle.
Parce que le reste du monde n'a rien dit face aux outrances civilisationnelles des lois homophiles qui constituent en réalité une menace grave pour l'avenir de l'humanité, les Occidentaux maîtres de l'Espace médiatique international déploient leurs canaux habituels de communication pour combattre et diaboliser par la terreur et le totalitarisme les pays qui, comme le Sénégal aujourd'hui, choisissent une voie différente de civilisation. C'est bien de cela qu'il s'agit : l'affaire des homosexuels pose un débat sur notre choix de civilisation et notre droit de le déterminer.
Il est regrettable que la classe intellectuelle africaine brille par son silence coupable devant les coups de boutoir répétés des homophiles occidentaux et de leurs suppôts, sur les remparts moraux des sociétés hétérodoxes. Quand Barack Obama faisait la leçon aux Sénégalais et, au-delà, à tous les Africains, sur la nécessité de reconnaître et de sanctuariser les droits des minorités sexuelles, il n'y a pas eu de charivari relativement à l'attitude condescendante du chef d'Etat américain. Ce fut plutôt la réponse diplomatique de Macky Sall qui fit l'objet de plus de commentaires.
Les pays qui font preuve de soumission à l'ordre dominant bénéficient des plus grandes faveurs en matière de coopération multilatérale et bilatérale tandis que les pays récalcitrants sont réduits à l'ostracisme économique. La menace a fonctionné jusqu'à maintenant, à l'exception des économies émergentes assez puissantes pour imposer le respect. L'Arabie Saoudite et la Chine, par exemple, n'ont trop que faire de ce type de jugements de la part des Occidentaux qui s'en gardent bien, se contentant de s'émouvoir, mezza voce et inter nos, de la prétendue brutalité des Saoudiens ou des Chinois dans ce domaine.
Pour revenir à la classe politique africaine, sénégalaise en particulier, elle se cloître dans le silence pour des raisons peu honorables liés à la préservation d'intérêts peu avouables. L'universitaire membre de réseaux internationaux y réfléchira par deux fois avant d'exprimer une opinion susceptible de lui fermer les portes des aéroports de Paris, de Rome ou de Londres. Pour illustrer : durant toute ma modeste carrière qui se termine dans un an par la grâce de Dieu, je me suis vu une seule fois refuser une publication dans une revue internationale européenne ; l'étude avait pour titre : « La pédérastie en Grèce ancienne, une perception paradoxale ». Lorsque j'appris plus tard que le président du comité de lecture et deux autres membres du même comité étaient des homosexuels notoires, je compris enfin le sens des motifs qui justifiaient le refus de publication : les opinions exprimées n'étaient pas en adéquation avec les valeurs de la revue scientifique qui devait publier l'article de recherche, m'avait-on opposé par écrit. Finalement le texte trouva l'accueil qu'il méritait dans les colonnes de la Revue Sénégalaise d'Histoire, sur une de ses éditions de l'année 2004, alors sous la direction du regretté professeur Birahim Diop, médiéviste de renom.
Sur un autre plan, l'écrivain publié par une maison d'édition européenne hésitera à s'engager dans la voie abrupte d'une opinion vite qualifiée d'homophobe au risque de se voir traîner en justice autant pour l'auteur que pour l'éditeur et peut-être même le libraire. Donc ces auteurs, même africains, même sénégalais, se taisent. Tout au plus, s'ils parlent, c'est comme le fait Fatou Diome, c'est-à-dire avec un violent mépris pour ceux qui, dit-elle, légifèrent en voyeurs obsédés par ce qui se passe dans le lit des autres. Insulte et outrance pour satisfaire l'horizon d'attente de ceux qui achètent vos livres pour vous lire. Ou alors, ils le feraient comme Mohamed Mbougar Sarr, auteur de La plus secrète mémoire des hommes, encore pour satisfaire un horizon d'attente ; Terre ceinte était de la même veine.
Ils ont encore moins d'excuse que les premiers cités, les autres intellectuels ou universitaires qui, vivant dans le pays, sont immergés dans le milieu qui les emploie et les nourrit à penser et réfléchir pour… ce milieu. Il y a quelques années, des voix, comme celles de l'avocat Assane Dioma Ndiaye ou de l'activiste Alioune Tine, s'élevaient timidement pour déplorer la violation des droits et de la dignité d'homosexuels présumés et soumis aux rigueurs de la vindicte publique, parfois de la loi. Ces voix se sont vites tues. Devant l'incompréhension suscité par un discours que le plus grand nombre accusait d'inverser l'ordre des priorités. Il est vrai que ce plus grand nombre n'a pas toujours raison mais c'est souvent lui qui détermine l'horizon d'attente des discours publics.
Au-delà de l'arrivée au pouvoir d'une nouvelle classe politique jeune et non conformiste, le Sénégal connait depuis deux ans une transition sociétale marquée par un nationalisme décomplexé et une émancipation formidable de l'esprit, qui frise l'ethnocentrisme : Senegal rek ! Cette génération Senegal rek a osé ce qu'aucune génération politique précédente n'a osé : défendre l'orientation sociétale du pays en renforçant, face aux coups de boutoir de l'Occident, la répression de l'homosexualité. Un point, un trait. Que ceux qui ne sont pas contents quittent ce pays. C'est tout. Et il est heureux qu'un vent d'émancipation similaire traverse les autres régions des savanes d'Afrique qui s'inspirent du Sénégal et légifèrent à leur tour dans le même sens. C'est ce vent souverain de réformes assumées qui fait peur. Voilà pourquoi, dans le plan de campagne internationale déroulé contre le Sénégal, les officines homophiles d'Occident agitent leurs épouvantails africains pour semer la confusion : ils seraient trente dignes intellectuels panafricains de gauche, dont un Sénégalais habitué des organismes internationaux, Doudou Diène pour ne pas le nommer, à signer une tribune dans le quotidien français Libération, sous la forme d'une lettre ouverte au président de la République sénégalaise qui serait mis à l'encan, le Sénégal épinglé au ban honteux des nations homophobes et liberticides. Rhétorique classique et comminatoire d'épouvantails costumés qui viendraient, en faire-valoir bien dérisoires, intimider l'Etat du Sénégal et son chef, pour les dissuader de poursuivre le choix de la civilisation. Il faut savoir raison garder. Et savoir rester à sa place. Senegal rek. Afrik rek ! L'Humanité rek !
Post-Scriptum
Certains se plaisent à avancer que l'homosexualité serait une donnée historique universelle à laquelle l'Afrique ne ferait pas exception. Le fait est possible mais attend encore d'être prouvé autrement que par l'évocation d'épiphénomènes sociaux très récents car datant, tout au plus, des temps coloniaux. Il serait intéressant que ceux qui évoquent l'intégration du fait homosexuel dans les sociétés africaines livrent des exemples documentés et référencés dans les récits et traditions qui constituent les fondements culturels des dites sociétés comme on pourrait aisément le faire pour les sociétés européennes, à l'instar des quelques rappels suivants.
En France — Henri III (1551-1589) était célèbre pour sa cour de « mignons » ; — Louis XIII (1601-1643) vouait une passion pour le Duc de Luynes alias Cinq-Mars ; — Philippe d'Orléans (1640-1701), frère de Louis XIV, dit Monsieur, ne cachait pas ses penchants pour ses favoris comme le Chevalier de Lorraine ;
En Angleterre — Richard Cœur de Lion (1157-1199) se plaisait à partager le lit du roi de France Philippe Auguste pour, soi-disant, renforcer leur alliance étroite. — Edouard II (1284-1327) fut déposé après les dérives de sa relation avec Piers Gaveston. — Jacques Ier comptait le Duc de Buckingham parmi ses nombreux favoris.
Ailleurs en Europe — Frédéric II de Prusse, surnommé « Frédéric le Grand » préférait les hommes aux femmes et vécut, pendant sa jeunesse, l'exécution de son ami Hans Hermann von Katte comme un drame sentimental profondément traumatisant. — Louis II de Bavière (1845-1886) témoigna dans ses journaux intimes de ses luttes difficiles contres ses penchants homosexuels. — Gustave V de Suède (1858-1950) fit scandale dans l'affaire Haijby qui le compromettait avec un restaurateur célèbre.
Dans la mythologie grecque : — Zeus amoureux du jeune troyen Ganymède l'enlève et le mène dans l'Olympe pour en faire son échanson. — Jaloux des amours d'Apollon et de l'athlète spartiate Hyacinthe, le dieu du vent Zéphyr détourne la trajectoire du disque qui blesse mortellement l'éromène d'Apollon ; le sang qui jaillit de la mortelle blessure produit la fleur éponyme, l'hyacinthe. — Héraclès comptait, parmi ses nombreux éromènes, son neveu Iolaos qui était aussi son aurige (conducteur de char). — Les deux guerriers de l'Iliade d'Homère, Achille et Patrocle, sont décrits comme des amants passionnés.
Dans l'Histoire littéraire : La poétesse Sappho, habitante de l'île grecque de Lesbos, sur la mer Egée, a laissé des poèmes où elle célèbre son amour pour d'autres femmes. De là viennent les termes « saphique » et « lesbien » relativement à l'homosexualité féminine.
Nous recherchons encore, pour le moment en vain, des exemples similaires dans l'histoire et la culture des sociétés africaines. Peut-être serions-nous insuffisamment renseignés. L'appel public est lancé.
Sidy Fakha Diop est Professeur d'histoire et culture de la Grèce ancienne.