Skip to main content
Iyad Ag Ghali, l’homme qui déstabilise Bamako
Derrière les attaques du 25 avril et la reprise de positions stratégiques dans le Nord, son nom s’impose. Le Monde décrit comment l’ancien rebelle touareg, traqué depuis des années, s’est imposé comme le principal stratège du djihad sahélien
 
ID
1004878
{"id":1004878,"title":"Iyad Ag Ghali, l’homme qui déstabilise Bamako","subheadline":"Derrière les attaques du 25 avril et la reprise de positions stratégiques dans le Nord, son nom s’impose. Le Monde décrit comment l’ancien rebelle touareg, traqué depuis des années, s’est imposé comme le principal stratège du djihad sahélien","image":"/sites/default/files/2026-05/Capture%20d%E2%80%99e%CC%81cran%202026-05-13%20a%CC%80%2000.11.27.png","link":"/article/iyad-ag-ghali-lhomme-qui-destabilise-bamako"}

(SenePlus) - Depuis les attaques coordonnées du 25 avril, un nom revient avec insistance dans toutes les analyses sur la nouvelle poussée insurrectionnelle au Mali : celui d’Iyad Ag Ghali. Dans un article publié le 11 mai 2026 par Le Monde, le journaliste Benjamin Roger dresse le portrait de ce vétéran touareg devenu l’émir du Groupe de soutien de l’islam et des musulmans (GSIM), présenté comme le principal stratège de la séquence militaire qui fragilise aujourd’hui la junte d’Assimi Goïta.

L’offensive a rebattu les cartes dans le nord du pays. À Kidal, Bilal Ag Acherif et Alghabass Ag Intalla, dirigeants du Front de libération de l’Azawad (FLA), ont fait leur retour après avoir été évincés en 2023 par l’armée malienne et les supplétifs russes. Cette reprise s’inscrit dans une dynamique plus large : le FLA et le GSIM ont mené ensemble une opération d’envergure contre les positions liées au pouvoir malien, avec des effets militaires et politiques immédiats.

Si les chefs indépendantistes se montrent, Iyad Ag Ghali, lui, reste invisible. C’est pourtant lui que Le Monde décrit comme le « véritable ordonnateur de l’offensive ». À 72 ans, l’ancien rebelle touareg, passé par les rébellions du nord malien puis par le djihad sahélien, est devenu l’adversaire central de Bamako et de ses alliés russes. Un officier malien le résume en une formule : « C’est un stratège hors pair, tant sur le plan militaire que politique. »

Les attaques du 25 avril ont démontré l’ampleur de sa capacité de nuisance. Des positions ont été visées à Kidal, Gao, Mopti, Bamako et Kati, fief militaire du régime, où le ministre de la Défense Sadio Camara a été tué. Dans la foulée, les forces liées au GSIM et au FLA ont accentué la pression dans le Nord, notamment à Tessalit, tandis qu’un blocus sur Bamako a commencé à produire ses effets.

Pour Benjamin Roger, cette montée en puissance n’est pas le fruit d’une simple opportunité tactique. Iyad Ag Ghali mènerait depuis plusieurs années une progression calculée vers le sud, avec une finalité politique : affaiblir puis faire tomber la junte pour ouvrir la voie à un pouvoir plus compatible avec son projet islamiste. Le Monde souligne que son ambition finale demeure l’imposition de la charia à l’échelle nationale.

Cette stratégie s’appuie aussi sur les leçons du passé. En 2012, la conquête du nord du Mali par les groupes djihadistes avait rapidement tourné au cauchemar pour les populations, notamment en raison de l’application brutale de la charia. Dans le portrait publié par Le Monde, un ancien compagnon touareg assure qu’Iyad Ag Ghali s’était opposé à ces méthodes trop brutales, estimant qu’elles étaient politiquement contre-productives.

Depuis, le chef du GSIM a appris à conjuguer guerre, patience et adaptation. Traqué successivement par la France, puis par Wagner et Africa Corps, il a survécu à toutes les campagnes de neutralisation. Le journal insiste sur son extrême prudence : peu de communications, presque aucune exposition publique, une zone-refuge dans l’Adrar des Ifoghas et une capacité constante à se déplacer sans se laisser localiser.

L’année 2025 marque, selon Le Monde, un durcissement et une diversification de sa méthode. D’un côté, le GSIM a lancé une forme de pression économique sur Bamako, en perturbant des circuits vitaux comme l’approvisionnement en carburant. De l’autre, Iyad Ag Ghali a cherché à polir son image politique, dans un contexte où la junte est accusée d’autoritarisme et d’exactions. Dans un communiqué diffusé après les attaques du 25 avril, il appelle « tous les patriotes sincères, sans distinction aucune » à se rassembler contre le pouvoir d’Assimi Goïta.

C’est dans cette logique qu’il a renoué avec le FLA. Après des années de confrontations, les deux camps ont trouvé un terrain d’entente fondé sur l’ennemi commun. Une source du FLA résume ce rapprochement par une formule rapportée par Le Monde : « Chacun a son idéologie, mais nous sommes des alliés de circonstances face à un ennemi commun : la junte du général Goïta. » Cette alliance permet au GSIM de bénéficier d’une vitrine politique plus large, pendant que le FLA profite d’une force militaire aguerrie.

Le poids d’Iyad Ag Ghali dépasse toutefois le seul champ militaire. Le journal rappelle qu’il conserve des réseaux à Bamako, hérités à la fois de son passé dans les cercles politiques des années 1990 et de ses connexions dans des milieux religieux rigoristes. Un analyste malien cité anonymement affirme qu’il dispose encore de relais efficaces dans certains segments commerçants et étudiants de la communauté wahhabite.

Reste la question centrale : que ferait-il en cas d’effondrement du régime ? Le scénario évoqué par Le Monde n’est pas celui d’une prise de pouvoir frontale par Iyad Ag Ghali lui-même, mais plutôt celui d’un homme d’influence opérant en arrière-plan. Autrement dit, moins un chef d’État en première ligne qu’un arbitre ou un « faiseur de roi », capable de pousser une personnalité plus présentable au-devant de la scène. Dans cette perspective, le nom de l’imam Mahmoud Dicko circule à nouveau, tant pour son poids religieux que pour ses anciens contacts avec les milieux djihadistes.

1004878
ID
1004878
Les critiques sont les bienvenues. Les attaques personnelles, les insultes et les propos injurieux seront supprimés.
1
2

Vos Articles Préférés de la Semaine

3