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Par Ibrahima Khalil Ndiaye
Justice pour Fatimata Hamady et Khady Sow
L’heure semble venue de renforcer l’arsenal législatif et juridique. Les chiffres des féminicides sont alarmants et méritent d’être mieux documentés, notamment dans nos pays. En 2024, une femme a été tuée toutes les dix minutes dans le monde...
 
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Fatimata Hamady Bâ. Belle, au sourire rayonnant, du haut de ses 28 ans. Elle portait en elle la promesse d’une vie paisible. Depuis toujours, dans la capitale mauritanienne, elle veillait sur sa mère aveugle et s’occupait de ses trois enfants. Pour cette mère, elle était « les pieds et les mains ». Jusqu’à ce dramatique vendredi 17 avril. Ce jour-là, devant se rendre à un mariage, elle prépare le dîner familial et rassure sa mère, promettant de revenir rapidement, juste pour « faire acte de présence ». Mais l’attente s’éternise. Inquiète, la mère alerte le voisinage. Les recherches restent vaines. Il faudra attendre 48 heures pour que le corps de la jeune femme soit découvert dans un hangar, dénudé et vraisemblablement violé. La police est alertée et se lance à la poursuite du ou des auteurs de ce crime ignoble. L’histoire nous a été racontée par son cousin, Hamidou Seydou Bâ.

Originaire de Thillé Boubacar, dans le Fouta, la famille est aujourd’hui déchirée, meurtrie, déboussolée. La mère et les enfants sont inconsolables. Nombreux sont les proches qui traversent le fleuve pour apporter leur soutien et leur compassion. La police, elle, reste mobilisée. Les efforts finissent par porter leurs fruits : un suspect mauritanien, Sidi Mohamed Kmache, en cavale, a été arrêté avant-hier. Il aurait été interpellé au Sénégal avant d’être remis aux autorités mauritaniennes. Si l’enquête doit encore établir sa culpabilité ou son innocence, « le découragement gagne la famille », selon M. Bâ, qui craint un essoufflement des investigations. Autrement dit, la peur est grande que justice ne soit pas rendue à la victime. Ce drame est loin d’être isolé. Il s’inscrit dans une série de féminicides qui s’accumulent, jour après jour, dans nos villes et villages. Le cas le plus récent est celui de Khady Sow, survenu le 20 mars, à la veille de la Korité.

La mort de cette TikTokeuse sénégalaise avait suscité de nombreuses interrogations et conduit à l’ouverture d’une enquête criminelle, avec l’arrestation de son mari pour coups mortels. Face à ces drames, une clameur populaire s’élève pour réclamer justice et protection pour les filles, les sœurs, les femmes, les mères. L’heure semble venue de renforcer l’arsenal législatif et juridique. Les chiffres des féminicides sont alarmants et méritent d’être mieux documentés, notamment dans nos pays. En 2024, une femme a été tuée toutes les dix minutes dans le monde, intentionnellement, par son partenaire ou un membre de sa famille, selon un rapport de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (Onudc) et d’Onu Femmes. Ces données montrent que les féminicides ne reculent pas, malgré une prise de conscience croissante et une indignation généralisée. Il reste donc beaucoup à faire pour prévenir les violences faites aux femmes, enrayer leur escalade et offrir des services adéquats aux survivantes. Mais surtout, punir les auteurs de ces crimes.

Au Sénégal, plus de 17 femmes ont été tuées en 2025. Une situation qui a poussé les mouvements féministes à intensifier la pression pour une réforme du Code de la famille. En 2026, sur les trois premiers mois, cinq cas médiatisés ont déjà été recensés, dont celui de Khady Sow, enceinte de sept mois. Entre 2019 et 2022, 21 cas ont été documentés. Par ailleurs, selon l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (Ansd), près de 30 % des femmes ont subi des violences physiques, psychologiques, sexuelles ou économiques au cours de l’année précédente, et 70 % de ces violences surviennent au sein du couple. Le féminicide s’explique notamment par les discriminations à l’égard des femmes et des filles, les rapports de pouvoir inégaux, les stéréotypes de genre et des normes sociales préjudiciables. Il constitue, selon les spécialistes, « la manifestation la plus brutale et extrême de la violence à l’égard des femmes et des filles », inscrite dans un continuum de violences multiples : au sein du couple, au travail, à l’école ou dans l’espace public. Pourtant, le féminicide peut être évité.

Il est souvent l’aboutissement d’une succession de violences fondées sur le genre. Cela signifie qu’il peut — et doit — être empêché par des interventions efficaces dès les premiers signes. Réclamons, à l’instar des mouvements féministes, une réforme du Code de la famille et la reconnaissance juridique du féminicide. Réclamons justice pour Khady Sow et Fatimata Hamady Bâ. Pour nos sœurs. Pour l’humanité.

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