(SenePlus) - C'est une double échéance judiciaire qu'a affrontée Kemi Seba, de son vrai nom Stellio Gilles Robert Capo Chichi. Selon une enquête du Monde publiée sous la plume de Benjamin Roger et de Lucas Minisini, le 13 juillet 2026, l'activiste béninois de 44 ans devait comparaître le lendemain devant un juge sud-africain, à la fois pour une procédure liée au dépassement de son visa — motif officiel de son arrestation le 13 avril à Pretoria — et pour une demande d'extradition formulée par le Bénin, qui le poursuit pour blanchiment d'argent et financement du terrorisme depuis la tentative de coup d'État du 7 décembre 2025 à Cotonou.
Interrogé par nos confrères depuis sa cellule le 7 juillet, quelques jours avant cette échéance, le militant se disait confiant : « Que ce soit dans plusieurs semaines ou plusieurs mois, je finirai par sortir de prison.
L'enquête du Monde revient sur les dessous rocambolesques de son arrestation. Craignant d'être interpellé après l'émission d'un mandat d'arrêt international par le Bénin fin 2025, Kemi Seba affirme avoir d'abord sollicité l'aide de contacts iraniens pour quitter l'Afrique du Sud, une option écartée en raison du conflit entre l'Iran et Israël. Il se serait alors tourné vers son « contact intellectuel », l'idéologue russe Alexandre Douguine, proche du Kremlin.
Celui-ci lui aurait proposé, en quelques jours seulement, un plan d'exfiltration : un transfert de Johannesburg vers Pretoria, puis une traversée de la frontière zimbabwéenne avant l'embarquement à bord d'un avion militaire à destination de Moscou. « J'avais prévu d'y passer cinq jours, pour donner des interviews, avant de repartir vers Niamey », détaillait-il au Monde.
Le plan a échoué le 13 avril : une « opération d'infiltration » de la police sud-africaine a permis d'interpeller Kemi Seba, son fils, ainsi que François van der Merwe, membre d'un mouvement nostalgique de l'apartheid, chargé de superviser leur départ.
Des propos privés qui contredisent le discours public
L'enquête révèle également la fuite, après l'arrestation, d'enregistrements téléphoniques dans lesquels Kemi Seba tient des propos très critiques envers ses partenaires russes et les juntes sahéliennes qu'il soutient publiquement. « Les Russes, ce sont des fils de pute. Ce sont des opportunistes (…). Ils n'aiment pas les Noirs », l'entend-on dire à son interlocuteur, le rappeur togolais Zaga Bambo, qui confirme au Monde l'authenticité de cet unique échange.
Sur les militaires au pouvoir au Sahel, il tenait des propos tout aussi sévères, regrettant que le chef de la junte malienne Assimi Goïta ait « écarté » ceux qui l'avaient porté au pouvoir. Kemi Seba reconnaît la teneur de ces propos, tout en assurant réitérer son soutien à l'Alliance des États du Sahel, et accuse la DGSE française d'être à l'origine de la fuite de ces enregistrements.
Selon une source à la présidence béninoise citée par Le Monde, Kemi Seba se trouvait à Niamey — capitale du Niger, dont la junte l'a nommé conseiller spécial après sa déchéance de nationalité française — au moment où il a publié une vidéo saluant la tentative de coup d'État du 7 décembre 2025 à Cotonou comme un « jour de libération ». Une affirmation que l'intéressé conteste, assurant se trouver déjà à Johannesburg à cette date.
Pour la justice béninoise, ces éléments ne laissaient guère de place au doute. « Il est impliqué dans ces événements, tant dans leur planification que dans leur exécution », affirmait une source judiciaire citée par le quotidien français, qui précise que le dossier avait été transmis à la justice sud-africaine par voie diplomatique.