(SenePlus) - Arrêté en Afrique du Sud le 13 avril, le militant panafricaniste fait face à des fuites révélant ses critiques contre l'AES et la Russie. Une conversation téléphonique authentifiée avec l'activiste togolais Zaga Bambo expose des positions inédites, tandis qu'un réseau de désinformation exploite l'affaire.
L'arrestation de Kemi Seba en Afrique du Sud pour « faits présumés de facilitation d'entrée illégale au Zimbabwe » a déclenché une cascade de révélations embarrassantes pour le président d'Urgences panafricanistes. Comme l'indique France 24, dans une enquête publiée le 21 avril 2026, plusieurs extraits d'une conversation téléphonique ont circulé massivement en ligne depuis le 13 avril, révélant des critiques acerbes contre les juntes sahéliennes et Moscou.
« Maintenant, être panafricain, c'est faire l'atalaku de l'AES. Moi, je ne suis pas à l'aise avec ça », peut-on entendre Kemi Seba déclarer dans ces enregistrements, d'une durée totale « d'un peu moins de dix minutes », rapporte le média français. Le militant reproche aux militaires de l'Alliance des États du Sahel d'avoir « utilisé la lutte panafricaniste pour sécuriser leur poste de président » et regrette « l'instrumentalisation » du mouvement par ces pouvoirs.
Une conversation d'octobre 2025 confirmée
L'interlocuteur de Kemi Seba dans cet échange, le chanteur et activiste togolais Zaga Bambo, a confirmé l'authenticité de la conversation tenue selon lui en « octobre 2025 ». Dans une publication Facebook du 19 avril, Zaga Bambo explique avoir accepté de discuter avec le militant pour « dénoncer son discours sur le Togo » et lui dire que « son soutien au régime de Faure Gnassingbé est en contradiction totale avec les idéaux panafricanistes qu'il revendique ».
France 24 précise avoir fait vérifier les audios par l'entreprise spécialisée Whispeak, qui a confirmé qu'« aucun des différents sonores diffusés en ligne n'a été modifié ou généré par IA ». Plusieurs détails factuels, comme la mention de célébrations burkinabè pour l'anniversaire de Vladimir Poutine (né le 7 octobre), corroborent la datation d'octobre 2025.
Les révélations sur la Russie sont particulièrement gênantes pour celui qui a longtemps été soupçonné de proximité avec Moscou. « Moi je m'en bats les cou***** des Russes », affirme-t-il dans l'enregistrement, dénonçant ceux « qui ont fêté l'anniversaire de Vladimir Poutine au Burkina Faso » et qualifiant les Russes de gens « qui n'aiment pas les Noirs ». Il reconnaît néanmoins que Moscou aide à « contribuer » aux « intérêts » de la lutte anticoloniale, affirmant notamment que la Russie travaillait avec l'AES « à déstabiliser la situation en Côte d'Ivoire ».
Le business de l'influence révélé
Les enregistrements dévoilent également le modèle économique d'Urgences panafricanistes. Kemi Seba y explique faire payer les opposants cherchant à obtenir des contacts : « Chaque personne qui veut des contacts, des Iraniens, du Hezbollah, des Russes [...] : ok, vous financez ça par rapport à l'organisation, et nous on vous met en contact. » Pour le collectif d'enquête All Eyes on Wagner, cité par France 24, ces « détails sur le montage financier confirment les hypothèses [...] quant au rôle clé d'Urgences panafricainistes comme un véhicule pour réceptionner des fonds ».
L'affaire a été immédiatement instrumentalisée. Un faux communiqué du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) nigérien, annonçant le retrait du passeport diplomatique de Kemi Seba, a circulé massivement avant d'être démenti. France 24 a identifié l'origine de cette intox : le réseau de désinformation anti-AES piloté par les comptes Scoop Africa et La Dépêche Africaine, déjà épinglés en mars 2026 par la rédaction et RFI.
Le ministre nigérien des Affaires étrangères Bakary Yaou Sangaré a confirmé publiquement que Kemi Seba conservait bien son passeport diplomatique, document qu'il avait reçu en août 2024 après avoir été déchu de sa nationalité française.
Sur le plan judiciaire, le militant reste en détention provisoire en Afrique du Sud où il a comparu le 20 avril devant un tribunal de Pretoria. Visé par une demande d'extradition béninoise pour « apologie de crimes contre la sûreté de l'État » après avoir salué la tentative de coup d'État de décembre 2025 au Bénin, il a demandé l'asile politique sud-africain. L'examen de sa demande de libération sous caution a été reporté au 29 avril.
Ni Kemi Seba ni son organisation Urgences panafricaines n'ont réagi à ces révélations à la date de publication de l'enquête, d'après France 24.