Taxawu Sénégal n’est pas un parti de plus. C’est un test : le pays veut-il encore des leaders qui cousent au lieu de déchirer ?
Sur l’estrade, il n’y a pas que des socialistes. Il y a des écologistes, des libéraux repentis, des jeunes de mouvements citoyens, des vieux briscards de la gauche et plusieurs leaders politiques réputés et qui ont tous de la bouteille. Au pupitre, en fin de congrès, avec une voix posée : Khalifa Ababacar Sall. Il ne lance pas une OPA sur l’opposition. Il lance un pari : celui de l’addition.
Le rassembleur qu’il a décidé d’être s’est donné comme mission de sortir la politique des tranchées, de l’invective et des politiques stériles.
Le discours de Khalifa Sall détonne parce qu’il refuse la guerre civile froide qui pourrit la politique sénégalaise depuis 10 ans. Pas de "eux contre nous". Pas de "patriotes contre vendus". Taxawu Sénégal, c’est d’abord une fusion : partis, mouvements, personnalités. De Gueum Sa Bopp à des dissidents de l’APR, de cadres de Bokk Giss Giss, à des figures de la société civile.
Sa méthode ? Le compromis comme arme politique.
Là où d’autres cultivent la pureté militante, il prêche l’impureté féconde. "On ne bâtira pas le Sénégal avec 25% des Sénégalais", répète-t-il. La solidarité n’est pas un slogan pour lui. C’est un mode de calcul : 1+1 doit faire 3. Dans un pays fracturé par les réseaux sociaux et les procès, il impose l’idée hérétique que gouverner, c’est additionner.
Le visionnaire qu’il propose d’être déroule un contrat social au lieu d’une vengeance amère. Khalifa Sall ne fait pas campagne contre. Il fait campagne pour. Son Sénégal "souverain, juste, solidaire et prospère" n’est pas une incantation. C’est un plan. Justice sociale comme boussole : école publique réparée, hôpitaux qui soignent, filets sociaux pour les plus fragiles. Équité territoriale comme obsession : "Dakar n’est pas le Sénégal". Il promet la vraie décentralisation, pas celle des discours. Des régions avec des budgets, des maires avec des pouvoirs, des citoyens avec la décision.
Emploi, transparence, gouvernance. Il aligne les mots que les Sénégalais veulent entendre, mais il y ajoute la manière : le contrat. Un nouveau pacte entre l’État et les citoyens. Pas la table rase. La table réparée. Pendant que d’autres hurlent à la rupture, lui parle de refondation. C’est moins sexy. C’est peut-être plus solide.
Un leader national se doit de parler à tout le Sénégal en une phrase.
Ce n’est pas de la démagogie. C’est une carte mentale. Il voit le Sénégal comme un corps. Si un membre souffre, tout le corps boite. En s’adressant à tous, il rappelle une évidence : un homme d’État ne choisit pas son peuple. Il l’embrasse. Cette capacité à nommer chaque Sénégalais donne à son discours une épaisseur républicaine que peu d’opposants atteignent. Il ne parle pas à une base. Il parle à une nation.
Pour être le chef de l’opposition, il souhaite offrir l’alternative sans le chaos, car Khalifa Sall a compris le piège de l’opposition sénégalaise : crier ou se taire. Lui choisit une troisième voie. Il critique sec. Cherté de la vie, chômage, lenteur des réformes : il tire. Mais il refuse les raccourcis populistes et les punchlines qui brûlent le pays.
Son message : l’opposition doit être prête à gouverner demain matin. Pas à incendier la rue. Il appelle à l’unité des opposants, non pas pour faire du bruit, mais pour faire une offre. "Les Sénégalais n’attendent pas des insultes. Ils attendent des solutions". Dans le brouhaha, il pose sa voix comme celle de l’adulte dans la pièce. C’est risqué : on peut le trouver tiède. C’est aussi sa force : en cas de crise, les peuples cherchent des mains qui ne tremblent pas.
Le républicain : la stature avant le pouvoir
C’est là que Khalifa Sall marque des points. Il défend l’indépendance de la justice alors qu’il a été condamné. Il réclame la séparation des pouvoirs alors que le système l’a broyé. Il exige la transparence sur le pétrole et le gaz alors qu’il n’est pas aux affaires.
Ce n’est pas de la posture. C’est de la mémoire. L’homme qui a connu la cellule 28 de Rebeuss sait ce que "État de droit" veut dire. Il ne défend pas des principes pour les caméras. Il les défend parce qu’il en a payé le prix. Cette cohérence lui donne une stature institutionnelle rare : il agit déjà comme s’il avait la charge du pays.
Khalifa Sall ne vend pas de rêve. Il vend une méthode : rassembler, proposer, apaiser, bâtir. Dans un Sénégal épuisé par 15 ans de tension, c’est peut-être la promesse la plus radicale.
Reste une question : le pays veut-il encore d’un réparateur quand la mode est aux démolisseurs ? Taxawu Sénégal est sa réponse.
Et si la vraie révolution, en 2029, c’était de recoudre ?