(SenePlus) - Les comptes de la Confédération africaine de football (CAF) repassent enfin dans le vert, mais à quel prix ? C'est la question brûlante qui agite actuellement les instances du football continental. Dans une enquête détaillée publiée le 16 avril 2026 par Jeune Afrique, le journaliste Alexis Billebault décrypte l'embellie financière inespérée de la CAF, tout en soulevant les lourdes inquiétudes entourant sa décision controversée de faire passer la Coupe d'Afrique des nations (CAN) à un rythme quadriennal.
Pendant des années, l'instance dirigeante du football africain a tenté de minimiser l'ampleur de son gouffre financier. Mais les chiffres viennent de tomber, et ils donnent raison aux enquêtes alarmistes, notamment celle du journaliste français Romain Molina publiée dans The Guardian en 2025.
Lors d'un récent déplacement à Rabat, le président sud-africain de la CAF, Patrice Motsepe, a lui-même levé le voile sur l'ampleur du désastre passé et sur le redressement actuel : « Avant la CAN 2025 au Maroc, nous avions un déficit de 100 millions de dollars. Aujourd’hui, notre excédent est de 150 millions de dollars », a-t-il déclaré, confirmant implicitement que l'ex-secrétaire général Veron Mosengo-Omba avait minoré la réalité des pertes. Selon Vincent Chaudel, fondateur de l'Observatoire du sport business interrogé par Jeune Afrique, ce trou béant trouvait en grande partie son origine dans la rupture unilatérale du contrat avec l'agence Lagardère en 2019, sous la présidence d'Ahmad Ahmad, sans aucun « plan B pour compenser cette perte ».
Le passage à quatre ans : une réforme qui effraie
Si la CAN marocaine a renfloué les caisses, l'avenir à moyen terme s'annonce beaucoup plus incertain. L'adoption d'un rythme quadriennal pour le tournoi phare du continent (applicable après l'édition 2028) provoque des sueurs froides au sein des fédérations. Et pour cause : la CAN génère à elle seule 40% des revenus de la Confédération.
Cité par Jeune Afrique, l'ancien responsable de la communication de la CAF, le Camerounais Junior Binyam, n'a pas mâché ses mots dans les colonnes du média Le 360sport : « Existe-t-il une étude démontrant que ce passage à quatre ans permettrait à la CAF de générer davantage de ressources ? Un passage à quatre ans pourrait apparaître comme un suicide économique s’il n’est pas adossé à des sources de revenus alternatives clairement identifiées. » Une inquiétude partagée par de nombreux dirigeants, d'autant que cette décision stratégique, soufflée en 2020 par le patron de la Fifa Gianni Infantino, n'a même pas fait l'objet d'un vote en Assemblée générale.
Le calendrier actuel n'incite pas non plus à l'optimisme. Alors que la CAN 2027 (prévue au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie) accumule des retards inquiétants, l'édition 2028 n'a toujours pas de pays hôte officiel. Pour tenter de compenser le manque à gagner d'une CAN espacée, la CAF a annoncé la création d'une Ligue des nations africaine. Une maigre consolation face à une Ligue des Champions peu lucrative et une Super Ligue mort-née, disputée une seule fois en 2023.
Face à cette impasse économique potentielle, la solution viendra-t-elle de Zurich ? Pour Vincent Chaudel, cité par le magazine panafricain, le sauvetage de la CAF pourrait bien être orchestré en coulisses par Gianni Infantino. Le président de la Fifa pourrait user de son influence pour flécher ses propres sponsors internationaux (chinois, saoudiens ou qataris) vers les compétitions africaines, transformant la réforme voulue par la Fifa en une véritable opération de mise sous tutelle financière de la CAF.