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De la prédation sur la dette sénégalaise
EXCLUSIF SENEPLUS - À qui profite vraiment la dette du Sénégal ? Un rapport publié ce lundi par le Frapp et Debt Justice met à nu les profits colossaux réalisés par BlackRock, JP Morgan et consorts sur le dos de l'économie nationale
 
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1004250
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(SenePlus) - Les créanciers privés du Sénégal pourraient empocher 4,4 milliards de dollars (2 500 milliards de FCFA) de bénéfices si Dakar rembourse intégralement sa dette extérieure commerciale. C'est ce que révèle un rapport explosif publié ce lundi 20 avril 2026 par le Front pour une révolution anti-impérialiste populaire et panafricaine (Frapp) et l'ONG britannique Debt Justice.

Intitulé "Tirer profit de la dette : à qui profite le remboursement de la dette du Sénégal", le document dévoile les mécanismes par lesquels banques internationales et fonds d'investissement réalisent des profits massifs sur le dos de l'économie sénégalaise, dans le contexte du scandale de la dette cachée révélé en 2024.

Selon les calculs du Frapp et de Debt Justice, les 4,4 milliards de dollars de bénéfices potentiels représentent 44% de gains supplémentaires par rapport à ce que ces mêmes créanciers auraient obtenu en prêtant au gouvernement américain. Plus spectaculaire encore : un investisseur qui achèterait aujourd'hui une obligation sénégalaise aux prix actuels du marché pourrait réaliser un rendement de 100%.

"L'ordre monétaire et financier international fait peser un fardeau économique injuste sur les gouvernements et les populations du Sud. Le Sénégal en est le dernier exemple", déclare au rapport Dr Ndongo Samba Sylla, directeur de la recherche et des politiques pour l'Afrique au sein de l'organisation International Development Economics Associates (IDEAs). "Sans annulations significatives de la dette extérieure, le Sénégal restera prisonnier d'une trajectoire financière insoutenable."

62% des paiements 2026 captés par le secteur privé

Sur une dette extérieure totale de 26,5 milliards de dollars (15 200 milliards de FCFA) fin 2024, le rapport indique que 41% sont dus à des créanciers privés, 40% à des institutions multilatérales et 19% à d'autres gouvernements. Mais la structure des prêts privés (taux d'intérêt élevés et échéances courtes) fait qu'en 2026, 62% des paiements de la dette extérieure (principal et intérêts) sont destinés aux créanciers privés.

Le document identifie les principaux bénéficiaires de cette manne. Côté banques, Standard Chartered (britannique) arrive en tête, suivie du négociant américain en matières premières Cargill et d'Afreximbank (Égypte). Les chercheurs ont également identifié 2 milliards de dollars dus à des banques françaises, 900 millions à des banques britanniques et 600 millions à des banques de Côte d'Ivoire.

S'agissant des obligations sénégalaises, le rapport révèle que seuls 34% des détenteurs sont identifiables, les deux tiers restant dans l'ombre. Parmi les cinq plus gros porteurs connus figurent les géants américains Capital Group (193 millions de dollars), BlackRock (142 millions), TCW (125 millions) et JP Morgan (104 millions), ainsi que le français Amundi (88 millions).

Ces obligations, au nombre de cinq avec des échéances entre 2028 et 2048, affichent un taux d'intérêt moyen de 6%. Elles se négocient actuellement entre 52 et 68 centimes par dollar, permettant aux acheteurs d'aujourd'hui d'engranger des rendements exceptionnels si le Sénégal honore ses engagements.

Le piège de la juridiction anglaise

Détail crucial souligné par le rapport : toutes les obligations sénégalaises sont régies par le droit anglais. "Si le Sénégal cesse de payer, les détenteurs de dettes, y compris les fonds vautours, pourraient poursuivre le Sénégal au Royaume-Uni", avertit Jérôme Phelps, responsable du plaidoyer chez Debt Justice. L'ONG britannique demande à Londres de réviser sa législation pour empêcher de telles poursuites pendant les négociations de restructuration.

Pour Abdoulaye Seck, économiste à l'École nationale d'administration publique du Québec et délégué aux Affaires économiques du Frapp, "le FMI adopte une posture de défense des intérêts des créanciers et se rend ainsi complice de cette dynamique, reléguant au second plan les besoins vitaux des populations". Il appelle à "un front uni des pays du Sud global afin d'annuler les dettes illégales, illégitimes et odieuses".

Le gouvernement sénégalais est actuellement en discussion avec les créanciers et les organisations internationales sur les modalités de remboursement, dans le sillage de la révélation de près de 13 milliards de dollars de dettes dissimulées par le régime précédent. Le Frapp participe à une initiative pour un audit citoyen visant à faire la lumière sur les accords de prêt et à formuler des recommandations en faveur de la transparence.

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