Le 24 mars 2024, plus de cinq Sénégalais sur 10 élisent le candidat de la coalition Diomaye-Président, Bassirou D. D. Faye, cinquième président de la République du Sénégal. Le slogan triomphant - Diomaye moy Sonko (« Diomaye, c’est Sonko » en ouolof) - annonce alors une division du travail politique et technique dont la Constitution est le socle immatériel auquel nul n’a le pouvoir de déroger. Le président élu jure alors de la respecter et de la faire respecter le 2 avril 2024 devant le Conseil constitutionnel qui l’installe pour un mandat de cinq ans (2024-2029).
L’installation du président de tous les Sénégalais par la haute juridiction n’est pas qu’un rituel ; elle signifie que le chef de l’État et chef suprême des armées est celui - sous couvert de la loi générale et égale pour tous - dont aucune personne morale ou physique ne se joue sans en payer le prix fort. Loin des cérémonies traditionnelles - telle la rentrée solennelle des cours et tribunaux - qui rythment la vie de la République et passées les délibérations d’où sortent les arrêts et décisions des hautes juridictions, la souplesse des relations entre les institutions donne aux acteurs politiques, du pouvoir et de l’opposition, l’illusion d’un effacement du pouvoir judiciaire dont ils pensent pouvoir abuser sans être appelés à l’ordre. Erreur de jugement !
Mais avant d’en arriver à l’appel à l’ordre par des décisions de justice irrévocables, l’atmosphère politique bon enfant permet tout ou presque. Le cas d’école sans précédent historique est celui dont le récent déroulé sous nos yeux fait froid dans le dos depuis deux bonnes années maintenant. Les temps forts méritent ici le détour grâce auquel nous comprenons aisément la plus récente des surenchères internes aux pouvoirs exécutif et législatif.
Nommé Premier ministre, Ousmane Sonko devient, sans mandat légal, celui par qui les médias et le public apprennent de quoi est fait l’essentiel des messages du chef de l’Etat à la nation avant qu’ils ne soient prononcés. Sonko marque son territoire, contraire à la Constitution, dans celui du président élu. C’est ainsi qu’il annonce - lui, Ousmane Sonko - la décapitation des assemblées consultatives, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) et le Haut conseil des collectivités territoriales (HCCT) avant leur dissolution. Se refusant publiquement à prendre la parole devant les députés de la 14e législature pour prononcer le discours de politique générale tant attendu, Sonko obtient du président élu ce que d’aucuns considèrent comme une parjure, la dissolution de l’Assemblée nationale, l’organisation d’élections législatives anticipées auxquelles le parti de Sonko, Pastef, participe sous sa propre bannière, entraînant du coup l’enterrement - bien sûr jamais acté - de la coalition Diomaye-Président. Autant de gifles infligées sans rappel à l’ordre signifie pour Ousmane Sonko la matérialisation de l’anti-institutionnalisme qu’il expérimenta dans l’opposition avec le succès que l’on sait et que lui assurèrent les vagues déferlantes de jeunes manifestants dont les coups donnés et reçus défraient aujourd’hui encore la chronique.
Ce que Sonko considère comme un laisser-aller, pousse le locataire du Petit-Palais à contester l’autorité et la légitimité du locataire du Palais de la République jusqu’au jour où l’occupant légitime rompt le silence et fait marche arrière après s’être montré plutôt moderne dans une relation inédite avec un premier ministre qui ne travaille pas depuis le 27 décembre 2024, date à laquelle il prononça son discours de politique générale après avoir brûlé devant les médias nationaux et internationaux, le 26 septembre 2024, la signature du Sénégal et remporté - but recherché et atteint - les élections législatives anticipées du 17 novembre 2024.
L’illusion du nombre - 130 députés dont le mandat représentatif est troqué contre celui impératif, mais nul en droit sénégalais - suffit alors au coup de grâce contre le président élu sommé de signer la proposition de loi portant modification des articles L.29 et L.30 du Code électoral. En notifiant de la sorte au président Faye le démarrage, dès ce mois d’avril 2026, de la campagne électorale pour l’élection présidentielle de février 2029, l’Assemblée nationale frondeuse patronne, par son vote impératif annoncé, le dégagisme dont Ousmane Sonko est le commanditaire et l’artisan irascible et arrogant.
À la proposition cavalière de l’Assemblée, le niet de fermeté du président de tous les Sénégalais ne doit pas faire l’ombre d’un doute. Il y a moins d’un mois - les 3 et 4 avril 2024 - un peu plus de 18 millions de Sénégalais scandaient allègrement et fermement : « On nous tue, mais on ne sous déshonore pas. »
Tous derrière le président !