(SenePlus) - À la veille d'une audience controversée au Palais, le collectif des familles des martyres et des victimes des violences politiques de 2021-2024 a haussé le ton. Réunis ce jeudi à Dakar, ils dénoncent une « insulte » à la mémoire de leurs proches et exigent que la justice précède toute réconciliation.
Le collectif des victimes de Macky Sall et celui des familles des martyres ont tenu une conférence de presse ce jeudi 16 juillet 2026 à Dakar, à la veille de la réception annoncée de l'ancien président par Bassirou Diomaye Faye, dans le cadre de sa candidature au poste de secrétaire général de l'ONU.
Boubacar Sèye, président du collectif des victimes et lui-même arrêté le 14 janvier 2021 à son retour du Cap-Vert, a rappelé qu'Amnesty International avait recensé plus de 60 morts lors des manifestations politiques entre mars 2021 et février 2024. « La réconciliation ne peut exister sans vérité et la vérité ne peut pas être établie sans justice », a-t-il déclaré, cité lors de la conférence.
Un intervenant proche des familles a qualifié la venue de l'ancien chef de l'État de « troisième assassinat » et de « troisième torture » infligée aux victimes, rappelant les propos tenus par le président Faye lors de sa prestation de serment, où il promettait de ne « jamais décevoir » les martyrs de la démocratie sénégalaise.
Un bilan chiffré et des poursuites en souffrance
Dans un communiqué par le coordinateur des familles des martyres pour la région de Ziguinchor, le collectif a détaillé le bilan de la répression sous Macky Sall entre 2021 et 2024 : plus de 1 600 personnes détenues selon des organisations de défense des droits humains, plus de 3 000 blessés recensés par la Croix-Rouge sénégalaise, et des coupures d'internet jugées « disproportionnées » par la Cour de justice de la CEDEAO le 15 mai 2025.
Le texte évoque également des audits de la Cour des comptes révélant une dissimulation de plus de 400 milliards de francs CFA de dette extérieure, à l'origine de la suspension d'un programme du FMI de 1,8 milliard de dollars.
Seydi Gassama, directeur exécutif d'Amnesty International Sénégal, a pour sa part critiqué l'inaction judiciaire depuis l'alternance de 2024, citant les dossiers non résolus de François Mancabou, mort en détention en juin 2022, et de Cheikh Wade, tué en mars 2021 lors d'une manifestation. « Si aucune poursuite n'a été engagée contre Macky Sall, c'est parce que l'État du Sénégal a choisi de ne pas le poursuivre », a-t-il affirmé. Le collectif a annoncé son intention de porter le dossier devant la Commission africaine des droits de l'homme et des Nations Unies dans les prochains mois.