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LAB’ECD, la jeunesse ouest-africaine impose l'innovation comme moteur de développement
Vingt jeunes porteurs de projets du Sénégal, du Bénin et de la Côte d’Ivoire bénéficient désormais de l’accompagnement du programme LAB’ECD, une initiative qui ambitionne de transformer des idées innovantes en solutions créatrices d’emplois.
 
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(SenePlus) - À l’heure où l’Afrique demeure le continent le plus jeune du monde, l’enjeu n’est plus seulement de répondre aux défis du chômage ou de l’insertion professionnelle. Il s’agit désormais de créer les conditions permettant à cette jeunesse de devenir un véritable moteur de transformation économique et sociale. C’est l’ambition affichée par l’UNESCO et Polaris Asso à travers le Laboratoire de l’entreprenariat et de la croissance durable des jeunes (LAB’ECD), dont les premiers lauréats ont été récompensés jeudi à Dakar.

L’initiative intervient dans un contexte particulier. Selon l’UNESCO, plus de 60 % de la population africaine a moins de 25 ans, une réalité démographique souvent présentée comme une contrainte mais que l’organisation considère comme un levier de développement majeur. Le programme LAB’ECD est ainsi conçu pour identifier, accompagner et financer des projets portés par des jeunes capables d’apporter des réponses concrètes aux défis de leurs communautés.

Pour le Dr Dimitri Sanga, directeur régional de l’UNESCO pour l’Afrique de l’Ouest, cette jeunesse représente avant tout une opportunité historique pour le continent. « Dans la plupart des pays, c’est près de 70 % de la population qui est jeune. Cette jeunesse est parfois considérée comme un problème, mais pour une institution comme l’UNESCO, nous la considérons comme une opportunité unique pour nos pays », a-t-il déclaré.

Cette conviction a guidé la mise en place d’un appel à projets qui a suscité un engouement important à travers la sous-région. Près de 5 000 candidatures ont été soumises par des jeunes entrepreneurs du Sénégal, du Bénin et de la Côte d’Ivoire. À l’issue d’un processus de sélection conduit par un jury multidisciplinaire, une vingtaine de projets ont été retenus.

Au-delà des subventions d’amorçage (1 000 000 Fcfa) attribuées à plusieurs lauréats, l’objectif est surtout d’accompagner les porteurs d’idées dans leur transformation en véritables entreprises créatrices de valeur et d’emplois. « Nous les avons encouragés à transformer ces idées en quelque chose qui pourra bénéficier à leurs communautés et créer de l’emploi », a insisté le responsable de l’UNESCO, appelant également les partenaires techniques et financiers à soutenir ces initiatives afin de favoriser leur passage à l’échelle.

Les projets sélectionnés illustrent la diversité des défis auxquels la jeunesse africaine tente d’apporter des réponses innovantes. Les secteurs ciblés couvrent notamment l’économie verte, l’agriculture durable, le numérique, la santé, les industries culturelles et l’inclusion sociale.

Parmi les initiatives distinguées figure Aquadonut, porté par Abdoul M. Ndiaye, élève ingénieur en sciences agronomiques spécialisé en production forestière. Son innovation repose sur une technologie biocéramique destinée à optimiser l’utilisation de l’eau dans les zones confrontées à la sécheresse. « Ce sont des anneaux ainsi que des granulés qui captent l’eau, la protègent de l’évaporation et de l’infiltration avant de la restituer progressivement aux plantes », explique-t-il.

Dans un contexte marqué par la dégradation des terres et les effets du changement climatique sur l’agriculture sahélienne, cette solution ambitionne de sécuriser les cultures et les opérations de reboisement tout en réduisant la pression sur les ressources hydriques. Le projet figure parmi les innovations sélectionnées dans le cadre du programme pour son potentiel environnemental et économique.

Pour le jeune entrepreneur, cette reconnaissance constitue également un signal fort envoyé à une génération souvent confrontée à des difficultés d’accès au financement. « Cette distinction montre l’intérêt que l’UNESCO et Polaris Asso accordent à la jeunesse, à l’innovation et à l’entrepreneuriat », souligne-t-il.

Comme de nombreux jeunes porteurs de projets, Abdoul Ndiaye estime toutefois que le principal défi demeure la mobilisation des ressources nécessaires à la phase de développement. Certaines machines indispensables à la production restent hors de portée financière, limitant encore la capacité de déploiement de la solution. Cette problématique est précisément au cœur de la philosophie du LAB’ECD. Pour l’UNESCO, l’innovation des jeunes ne manque ni d’idées ni de créativité. Les difficultés apparaissent souvent lorsqu’il s’agit de franchir le cap entre l’expérimentation et la commercialisation.

Les projets retenus témoignent d’ailleurs d’une forte orientation vers les Objectifs de développement durable. Ils vont de la valorisation des déchets agricoles en champignons comestibles à la production de protéines à base d’insectes, en passant par des solutions de mobilité urbaine intelligente, des applications dédiées à la drépanocytose, des dispositifs d’énergie solaire, des innovations pour les personnes vivant avec un handicap visuel ou encore des initiatives de recyclage et d’économie circulaire.

À travers cette diversité, l’UNESCO cherche à démontrer que les réponses aux grands défis du continent peuvent émerger directement des territoires et des communautés concernées. Pour l’organisation, les jeunes ne doivent plus être considérés comme de simples bénéficiaires de politiques publiques, mais comme des acteurs capables de concevoir et de mettre en œuvre des solutions adaptées aux réalités africaines.

Le LAB’ECD s’inscrit ainsi dans une approche qui privilégie l’innovation locale, la création d’emplois et l’impact social durable. En donnant de la visibilité à ces jeunes entrepreneurs et en leur offrant un premier soutien financier, le programme entend contribuer à l’émergence d’une nouvelle génération d’acteurs économiques capables de transformer les défis du continent en opportunités de développement.

Pour les organisateurs, l’enjeu dépasse largement la remise de subventions. Il s’agit de construire un écosystème où les idées portées par la jeunesse pourront trouver les ressources, les compétences et les partenariats nécessaires pour devenir des entreprises pérennes au service du développement de l’Afrique de l’Ouest.

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