(SenePlus) - Dans une note datée du 26 avril 2026, le chercheur associé Assane Ndao estime que le sommet Africa Forward, prévu à Nairobi les 11 et 12 mai, doit être l’occasion pour la France de repenser en profondeur sa relation économique avec l’Afrique francophone, en particulier avec la CEDEAO et le Sénégal. Intitulé Africa Forward ! for sure, mais en Francophonie des affaires, le document défend l’idée qu’un renouvellement du partenariat franco-africain ne pourra être crédible que s’il s’appuie davantage sur les espaces historiquement liés à la France, au lieu de se limiter à une stratégie de redéploiement vers l’Afrique anglophone.
L’auteur replace sa réflexion dans le contexte du sommet de Nairobi, présenté comme le premier grand rendez-vous franco-africain de ce type organisé en dehors de l’Afrique francophone. Selon lui, ce choix illustre une inflexion de la stratégie française vers l’Afrique de l’Est, notamment le Kenya, dans un moment où Paris cherche à redéfinir ses partenariats sur le continent après ses revers politiques et militaires en Afrique de l’Ouest. La note souligne que cette orientation s’accompagne d’un renforcement des liens franco-kényans dans les domaines de la défense, de l’énergie, du numérique et de la finance verte.
Assane Ndao soutient toutefois que la France aurait tort de négliger l’Afrique francophone, qu’il présente comme un levier encore sous-exploité de relance économique et d’influence. Il rappelle que la France disposait d’un stock d’investissements directs à l’étranger de 38,9 milliards d’euros en Afrique en 2022, avec 2 440 filiales d’entreprises françaises employant directement 235 000 personnes sur le continent. Il ajoute que les principaux partenaires économiques africains de la France demeurent, selon les chiffres cités dans la note, le Nigeria, la Côte d’Ivoire et le Sénégal.
Le document accorde une place centrale au Sénégal, décrit comme un partenaire à la fois économique, politique, humain et linguistique. L’auteur rappelle que la France a signé avec Dakar 56 conventions de financement pour un montant total de 2,35 milliards d’euros, et qu’elle reste le premier bailleur bilatéral d’aide publique au développement du pays. La note précise également que la France est redevenue, en 2023, le premier fournisseur de biens du Sénégal avec 12% de parts de marché, devant la Chine, tandis que les échanges bilatéraux ont atteint 1,1 milliard d’euros.
Assane Ndao insiste aussi sur le poids des entreprises françaises dans l’économie sénégalaise. Il écrit qu’environ 270 entreprises françaises ou entités de droit sénégalais détenues par des ressortissants français emploient plus de 31 000 personnes dans le pays et occupent une place importante dans plusieurs secteurs d’activité. Il relève néanmoins que, si la France demeure le premier investisseur au Sénégal, son poids relatif dans le stock global d’IDE y recule depuis plusieurs années malgré une hausse en valeur absolue.
La note revient également sur l’évolution du contexte politique et stratégique. Elle rappelle que l’armée française a officiellement quitté le Sénégal le 17 juillet 2025, avec le départ de 350 soldats des Éléments français au Sénégal et la restitution du camp Geille ainsi que de l’escale aéronautique militaire de Dakar-Yoff. Pour l’auteur, cette fermeture ne doit pas être interprétée comme une rupture définitive, mais comme l’expression d’une exigence africaine de souveraineté à laquelle la France devrait répondre par une offre nouvelle, fondée davantage sur l’économie, la formation, la technologie et le partenariat d’égal à égal.
Le cœur de son plaidoyer repose sur une série de propositions concrètes adressées à Paris. Assane Ndao recommande notamment que la France use de son influence dans les institutions financières internationales pour accompagner le Sénégal dans ses discussions avec le FMI, qu’elle réorganise ses instruments publics et parapublics de financement, qu’elle redynamise les investissements au Sénégal et qu’elle replace le Conseil français des investisseurs en Afrique au centre de sa politique économique en Afrique de l’Ouest. Il appelle aussi à mieux coordonner les différents acteurs français de l’aide au développement et de l’investissement, qu’ils relèvent de l’AFD, de Bpifrance, de Proparco, du Trésor ou du secteur privé.
L’auteur défend surtout la notion de “Francophonie des affaires”, qu’il présente comme un cadre plus cohérent pour rebâtir la relation entre la France et les États africains francophones. Il cite, dans cette perspective, le Rendez-vous d’affaires de la Francophonie prévu les 20 et 21 mai 2026 au Québec ainsi que le Forum francophone des affaires, en estimant que ces espaces peuvent servir de leviers de coopération économique, de diversification des marchés et de partenariats durables entre entreprises francophones. À ses yeux, la langue française, l’histoire partagée, les diasporas et les mobilités étudiantes doivent cesser d’être perçues comme de simples héritages culturels pour devenir des ressorts assumés d’une stratégie économique renouvelée.
Le document élargit enfin la réflexion aux enjeux mémoriels et politiques qui, selon lui, continuent de peser sur les rapports entre la France et l’Afrique. Assane Ndao estime qu’une relation plus équilibrée suppose aussi une meilleure prise en compte du passé colonial, du débat sur les réparations et du rôle des diasporas africaines en France dans la construction de nouveaux ponts économiques et institutionnels. Sa note conclut ainsi qu’un repositionnement français durable en Afrique passera moins par un simple redéploiement géographique que par une refondation de la relation avec ses partenaires francophones, au premier rang desquels le Sénégal.