(SenePlus) - Vingt-quatre ans après le coup de tonnerre de Séoul, le souvenir du 31 mai 2002 plane toujours sur la planète football. À l'aube du choc entre la France et le Sénégal au Mondial 2026, l'Agence France-Presse (AFP) a réuni deux acteurs majeurs de ce duel historique : le Sénégalais Khalilou Fadiga et le Français David Trezeguet. Leurs témoignages mettent en lumière les ressorts psychologiques de la victoire inattendue des Lions de la Teranga (1-0) face aux champions du monde en titre, et préfigurent les enjeux de la rencontre à venir.
En 2002, le déséquilibre semblait total sur le papier. Côté français, l'équipe couronnée en 1998 et 2000 débarquait en Asie avec de grandes certitudes. « Nous étions conscients de nos forces », confie David Trezeguet à l'AFP, tout en admettant un cruel manque de préparation face à cet adversaire inédit. « À l'époque, il faut avouer qu’on ne les connaissait pas très bien. On a compris trop tard qu'en football, l’erreur n’est pas permise ».
Cette méconnaissance a été le terreau de la motivation sénégalaise. Pour Khalilou Fadiga et ses coéquipiers, le match a débuté bien avant le coup d'envoi. Dès le tirage au sort, le sélectionneur Bruno Metsu a su galvaniser ses troupes en pointant l'attitude désinvolte du camp français. « On s'est rendu compte de l'ignorance des entraîneurs et dirigeants français de l'époque à propos du Sénégal. C'était presque insultant », se souvient l'ancien milieu offensif auprès de l'AFP, rappelant que la majorité des joueurs sénégalais évoluait pourtant dans le championnat de France. « On a joué sur cette fibre patriotique, très forte », ajoute-t-il.
Sur le terrain, la surprise fut totale. Malgré des occasions françaises et un poteau, le gardien Tony Silva, bien connu de Trezeguet à Monaco, a tenu bon. L'ouverture du score sénégalaise en contre-attaque a paralysé les Bleus. « Très rapidement, nous ne nous sommes pas sentis à l'aise dans le match », reconnaît l'ancien attaquant de la Juventus, évoquant, avec le recul, la probable « fin d'un cycle » pour cette génération dorée française. Du côté des Lions, il n'était pas question de se contenter d'un simple coup d'éclat. « On n'avait pas en tête de faire un exploit, on voulait aller au bout de cette Coupe du monde », souligne Khalilou Fadiga.
Cet exploit retentissant a profondément marqué l'histoire des deux sélections. Pour le football sénégalais, cette victoire a sonné comme une émancipation. « On a forcé le respect de ceux qui ne nous connaissaient pas », explique l'ex-numéro 10 des Lions à l'AFP, affirmant que ce succès a permis de « remettre les choses en ordre » face à ceux qui les prenaient de haut.
Alors que les deux nations s'apprêtent à croiser le fer pour l'ouverture de leur parcours au Mondial 2026, les vétérans livrent leurs conseils. Si David Trezeguet estime que l'équipe de France actuelle a toutes les cartes en main pour s'imposer, il l'enjoint à se méfier de cette entrée en matière piégeuse. Pour les Sénégalais, le mot d'ordre de Khalilou Fadiga reste inchangé : « Je leur dis de ne pas se focaliser sur le match de la France. Je souhaite surtout qu'ils terminent le travail qu'on a entamé et qu'ils puissent aller au bout de la compétition ». Un message clair pour une génération qui n'a plus rien à envier à son glorieux aîné.