(SenePlus) - Dans une analyse publiée le 6 avril 2026 sur le site de Jeune Afrique, le journaliste Jassim Ahdani décrypte la bataille en coulisses qui oppose le Sénégal et le Maroc depuis la finale controversée de la Coupe d'Afrique des nations (CAN) 2025. Face à la perte de son titre sur tapis vert, Dakar a opté pour une offensive médiatique et politique tous azimuts, tandis que Rabat s'emmure dans un silence institutionnel strictement juridique. Deux stratégies diamétralement opposées pour un seul trophée, dont le sort repose désormais entre les mains du Tribunal arbitral du sport (TAS).
Côté sénégalais, il s'agit de faire de ce litige sportif une affaire d'État et de mobiliser l'opinion publique internationale. Selon Jeune Afrique, le président de la Fédération sénégalaise de football (FSF), Abdoulaye Fall, mène une véritable « charge frontale » en qualifiant la sanction de la CAF de « braquage administratif ». Lors d'une conférence de presse très scénarisée à Paris fin mars, il a donné le ton de cette croisade en affirmant que « le Sénégal ne ploie pas le genou » et que « le combat dépasse le rectangle vert ».
Le magazine souligne que cette communication offensive élude soigneusement la question technique de la sortie du terrain des joueurs sénégalais à la 96e minute. Pour le camp sénégalais, qui s'appuie sur la loi 5 de l'IFAB (portant sur le caractère définitif des décisions arbitrales), l'enjeu est ailleurs. Il s'agit de dénoncer un rapport de force biaisé et l'influence supposée du Maroc sur les instances dirigeantes du football africain. Comme l'analyse Jassim Ahdani, le Sénégal construit un arc narratif « David contre Goliath » visant à « délégitimer toute éventuelle décision défavorable sur le plan juridique ». Cette politisation du dossier est allée jusqu'à la mise en scène du trophée dans le bureau du chef de l'État sénégalais.
Rabat : le choix du mutisme et de la stricte judiciarisation
Face à cette tempête médiatique, le Maroc a choisi une stratégie de repli qui s'apparente à une véritable arme tactique. Le président de la Fédération royale marocaine de football (FRMF), Fouzi Lekjâa, est resté muet pendant des mois. Comme le note JA, « là où Dakar politise, Rabat judiciarise » et refuse « toute escalade verbale ».
Le Maroc s'en remet exclusivement à l'application stricte du règlement, et notamment aux articles 82 et 84 encadrant l'abandon de terrain. Ce n'est que début avril que Fouzi Lekjâa a brièvement rompu le silence auprès d'un média arabophone pour assurer que le dossier marocain était « prêt et complet », fondé sur des « arguments probants et dûment documentés ». En dehors de cette sortie, la communication marocaine s'est limitée à trois communiqués factuels émis par la FRMF depuis le 18 janvier, ainsi qu'à un communiqué du cabinet royal appelant à préserver « la fraternité interafricaine ».
Désormais, c'est au TAS de trancher ce duel de communication et de droit. Selon l'avocat suisse engagé par la FSF, cité par Jeune Afrique, une procédure classique pourrait prendre « entre neuf et douze mois », bien qu'une procédure accélérée puisse réduire ce délai à deux mois. En attendant, la guerre des nerfs continue.