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Par Ibou Fall
Le simple Premier ministre n’avait pas les leviers pour débusquer la dette cachée
Capable d'oublier sa propre fatwa contre les médias français pour livrer ses confidences à RFI et France 24 le "guide de la révolution" systémique offre un spectacle dont les pirouettes laisseraient n'importe quel acrobate pantois
 
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1005804
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On n’arrête pas le progrès : en une semaine, Ousmane Sonko, de «simple Premier ministre» sans pouvoir, passe vénérable président de l’Assemblée nationale avec les superpouvoirs de renverser un gouvernement en vingt-quatre heures, d’un claquement de doigts dans le nez, si d’aventure son successeur et ses sbires ont le mauvais goût de lui déplaire. 

On est gardien de la révolution ou on ne l’est pas ?

Mais, grand seigneur, l’âge de raison aidant, le tout frétillant patron de la Place Soweto ne cherchera pas la bagarre ; le Sénégal est bien plus grand que son immense personne et celle, toute petite, de Bassirou Diomaye Faye ; le même qu’il rebaptise publiquement «Serigne Ngoundou», ouvrant ainsi la voie à l’apothicaire reconverti député qui osera le surnommer, du haut de la tribune du Parlement, «Bébé de l’année» et permettant de la sorte au célèbre député apostat dont le caleçon défraîchi égayera les faits divers, de nier sa légitimité…

Le tête-à-tête d'Ousmane Sonko avec les deux journalistes de RFI et France 24 occupe cette semaine l’actualité ; il n’y a pas à dire, le tout nouvel occupant du Perchoir sait attirer les flashes et caméras sur son auguste personne…

On en oublie presque la péremptoire saillie du leader de l’opposition d’alors au sujet des médias français, qu’il bannit d’autorité : s’ils doivent assister à ses proverbiales conférences de presse où les questions ne sont pas autorisées, soit ils sortent, soit c’est lui qui part…

Le Pros est alors très contrarié - c’est un euphémisme ! - par le micro tendu à son accusatrice, Adji Raby Sarr, par, excusez du peu, Le Monde, Jeune Afrique et RFI… 

Le crime de lèse-majesté, que dis-je, le sacrilège !

Il ne faudra cependant pas longtemps avant que le fidèle client de Sweet Beauté ne revienne sur cette fatwa qui aurait suspendu le temps, arrêté la rotation de la terre autour de son auguste personne et, sans doute, porté un coup dur à l’économie des médias sur la planète

Là, tout nouveau président de l’Assemblée nationale, laquelle change de président comme un dandy précieux change de caleçon, il fait l’insigne honneur au quatrième pouvoir de recevoir la consœur de RFI, Léa-Lisa Westerhoff, et le confrère de France 24, Marc Perelman, pour livrer au monde entier suspendu à ses lèvres, ses édits. 

Ô stupeur !

Certes, ça s’attend à ce que le guide de la révolution Pastef, qui vient d’atterrir au perchoir, déclare une rupture systémique du fonctionnement de cette Assemblée, une révolution quant à son statut dans la République, son frugal train de vie, ses superpouvoirs face au p’tit appareil de l’Exécutif, l’interdiction dans l’Hémicycle de la langue française dont les accords, prépositions et conjonctions lui semblent hostiles…

Ou même, au pire, le bilan exhaustif de la mise en œuvre du «Projet» après ses deux années à la Primature, dans l’ordre hiérarchique : la traque aux fossoyeurs de l’économie et aux assassins d’Etat responsables de plus de quatre-vingts morts ; le nettoyage de la Magistrature, de la police, de la gendarmerie et de l’Armée ; la nouvelle orientation économique souverainiste, avec les pas décidés vers la sortie du Sénégal de la zone CFA, l’adhésion à l’AES, le bannissement de la France, la Banque mondiale et du Fmi…

Ben, vous n’y êtes pas du tout : «Le bilan parle pour moi-même», se rengorge-t-il…

Les accusations de détournements de deniers publics, assorties de détentions provisoires ? Ben, les uns après les autres, les inculpés pour délit de sale gueule retournent chez eux, sans que la Justice ne les condamne, plutôt auréolés de gloire. L’abrogation de la loi d’amnistie scélérate qui laisse des criminels vadrouiller sur les grands boulevards ? Ben, après une tentative, euh, d’interprétation qui vire au burlesque, plus rien. Le nettoyage de la Magistrature, des Forces de défense et sécurité ? Y’a bien le Général Kandé que l’on affecte en Inde ; le Général Moussa Fall que l’on envoie à la retraite ; et sans doute quelque magistrat catapulté en territoire sauvage…

Sans cet étudiant mort à l’université, son bilan est immaculé… 

C’est surtout en économie que le bilan de la biennale primatorale est le plus bavard. Au registre des emplois créés, une trentaine de ministres, cent-trente députés, quelques présidents de Conseil d’administration, directeurs de sociétés nationales ou de services, et, enfin, cent taximen auxquels des clés de voitures sont solennellement remis devant la presse nationale. Mention spéciale pour les chantiers suspects de Btp arrêtés, et surtout, l’inauguration par deux ministres de la révolution systémique, de la passerelle de Tenghory…

L’inénarrable Ousmane Sonko décroche quand même la timbale à l’occasion des législatives de novembre 2024, lorsqu’il révèle une dette cachée de près de sept milliards de vrais dollars américains… Les murs du Fmi en tremblent encore, les places financières en prennent un coup de froid, tandis que la note souveraine du Sénégal se grippe. 

La totale.

Qu’à cela ne tienne, il y a des eurobonds, et quelques banques ouest-africaines qui veulent bien dépanner. Mais si chichement… Sa solennelle génuflexion devant la sépulture de Mao, le Grand Timonier chinois, n’y fera rien. Le Premier ministre pousse son sens du sacrifice jusqu’à affréter un jet privé pour Dubaï avant de nous revenir avec des airs mystérieux alors que le président de l’Assemblée nationale récemment défenestré, au summum de sa loyauté, nous apprend de sa propre initiative que le voyage du Premier ministre nous ramènera du cash. 

Encore une dette cachée ?

Ah, justement, à ce propos, le président de l’Assemblée nationale éclaire notre lanterne : lorsque, chef de parti en campagne électorale, il exhibe la dette cachée de sept milliards de dollars du régime Macky, il n’a pas, dit-il, «tous les leviers ; il n’est que simple Premier ministre» qui n’a presque aucun pouvoir… 

J’imagine d’ici la consternation du président Bassirou Diomaye Faye en l’entendant…

Pour rappel, c’est à l’époque où son président d’ami proclame sa volonté d’avoir «un Premier ministre super fort», après avoir déclaré qu’il est «le meilleur de toute l’histoire du Sénégal» au point de se sentir obligé de donner le prénom de la mère de son premier collaborateur à sa fille… Sans parler des ministères de souveraineté qu’il lui refile de bonne grâce, qui nous vaudront, entre autres, les perles inoubliables de Yassine Fall en Russie. 

Tout ça pour ça ?

Question impie : comment Bassirou Diomaye Faye a-t-il pu l’aduler sans discontinuer deux décennies durant ?

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