(SenePlus) - Annoncé en grande pompe par le Premier ministre Ousmane Sonko comme une avancée historique pour la souveraineté énergétique du pays, le retrait de l'américain Kosmos Energy du méga-gisement gazier de Yakaar-Teranga confie désormais les rênes exclusives du projet à la société nationale Petrosen. Mais comme le révèle une analyse approfondie publiée par le journaliste Mehdi Ba dans Jeune Afrique, cette nationalisation de fait masque un immense défi financier et technique qui pourrait retarder l'exploitation d'une ressource vitale.
Le 23 avril 2026 au soir, Ousmane Sonko n'a pas boudé son plaisir sur les réseaux sociaux. Évoquant une « date historique pour notre pays », le chef du gouvernement a salué la signature, « sans aucune contrepartie financière pour le Sénégal », d'un accord de retrait conjoint de Kosmos et de Petrosen de la licence du bloc gazier en eaux profondes de Cayar. Ce gisement, fort de réserves estimées entre 20 000 et 25 000 milliards de pieds cubes, sera désormais exploité via une nouvelle licence octroyée « exclusivement à Petrosen ».
Si cette annonce résonne comme l'aboutissement d'une promesse électorale de réappropriation des ressources naturelles, l'enquête de Jeune Afrique vient sérieusement nuancer l'enthousiasme gouvernemental. En réalité, ce retrait était dans les tuyaux depuis plusieurs mois, actant surtout l'incapacité de l'entreprise texane à assumer seule le développement d'un tel projet après le départ fracassant de la major britannique BP en 2023.
Le nœud du problème reste inchangé depuis la présidence de Macky Sall : la rentabilité. BP s'était retiré car son modèle, basé sur l'exportation de gaz naturel liquéfié (GNL) très rémunérateur, se heurtait à la volonté de l'État sénégalais de prioriser le marché domestique pour alimenter les centrales électriques locales à des prix subventionnés, déconnectés des cours mondiaux.
Petrosen face à un défi colossal
Se retrouvant actionnaire majoritaire à 90%, Kosmos Energy a fait le même constat d'impasse. Comme l'a expliqué l'entreprise, faute d'avoir pu « trouver un partenaire approprié et convenir d’un concept de développement commercialement viable », elle a préféré jeter l'éponge et restituer le bloc à l'État.
Désormais seule maître à bord, la société nationale Petrosen doit affronter une montagne financière. Selon Jeune Afrique, le développement de ce champ situé en eaux profondes nécessite un investissement colossal estimé à environ 3 milliards de dollars. Une somme vertigineuse qui représente près de 30% du budget national du Sénégal.
Pourtant, la direction de Petrosen affiche sa sérénité. En mars dernier, son directeur général Alioune Guèye misait sur la mobilisation de l'épargne nationale, arguant dans les colonnes du journal Le Quotidien que les envois de la diaspora frôlant les 4 milliards de dollars annuels prouvaient qu'il n'y avait « aucune raison que ce montant-là ne puisse pas être financé par les Sénégalais ».
Sur le plan technique, M. Guèye mettait en avant l'expérience acquise par Petrosen en tant que partenaire sur les champs de Grand Tortue Ahmeyim (GTA) et de Sangomar, assurant que son entreprise pourrait sous-traiter aux compagnies de services spécialisées.
Mais l'horloge tourne. Si Petrosen espère une décision finale d'investissement (FID) d'ici décembre 2026 pour un premier gaz début 2029, JA rappelle cruellement la réalité de l'industrie pétrolière : des projets comparables, comme le champ transfrontalier GTA, exigent généralement cinq à sept ans de développement après la clôture du financement.
En assumant seul un tel fardeau sans partenaire stratégique, le gouvernement sénégalais prend le risque de s'isoler davantage, à l'heure où ses litiges avec d'autres opérateurs internationaux, comme l'australien Woodside Energy sur le champ de Sangomar, entament déjà la confiance des investisseurs, d'après Medhi Ba.