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Par Malick Ciss
Le foot-business, vainqueur du Mondial
Quand deux businessmen font cause commune au nom du football, la passion du sport-roi se retrouve sur le banc de touche et le profit au centre du jeu. Trump et Infantino ont en commun d’être des manitous dans leurs domaines respectifs...
 
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Quand deux businessmen font cause commune au nom du football, la passion du sport-roi se retrouve sur le banc de touche et le profit au centre du jeu. Donald Trump et Gianni Infantino, président de la Fédération internationale de football association (Fifa) ont en commun d’être des manitous dans leurs domaines respectifs, et c’est tout naturellement qu’ils se font des politesses depuis l’annonce du choix des États-Unis, du Mexique et du Canada d’organiser la Coupe du monde 2026. Dès le départ, Trump a fait de ce Mondial une affaire personnelle, imposant sa propre touche, et reprenant le ballon au rebond pour redorer son blason. Dans son esprit, c’est sa Coupe du monde à lui. Il a tellement phagocyté l’évènement qu’on en oublie même les deux autres pays co-organisateurs. Et Infantino n’a rien fait pour lui rappeler l’esprit de la compétition : transcender les frontières, rassembler les peuples autour des valeurs universelles du sport, l’unité et la fraternité, la passion du beau jeu dans le fair-play et la ferveur populaire. Au contraire, son silence complice, ses compliments ont permis au président américain de faire la promotion de sa propre image, mais surtout d’imposer son regard dichotomique sur le monde, aux antipodes du sport avec, d’une part, les pauvres (loosers) et, d’autre part, les riches (winners).

Sa très controversée politique migratoire n’en a cure de l’esprit du football, elle s’applique dans toute sa rigueur aux pauvres. Et cela consiste à ériger de nombreux obstacles pour leurs supporters, avec des processus draconiens d’obtention de visa et des conditions d’entrée très complexes. À cette fête, les pauvres ne sont pas les bienvenus. Et même s’ils réussissent à décrocher le visa, le prix à payer pour le séjour sur le territoire américain (hôtel, transport, billets) décourage plus d’un. La Coupe du monde 2026, pour ce qui est des matchs prévus aux États-Unis, est aussi le prolongement des tensions et fractures diplomatiques, une vitrine géopolitique imposant au reste du monde la puissance américaine. Le traitement réservé à la sélection iranienne est à mettre en lien avec la crise entre Téhéran et Washington. L’arbitre somalien Omar Abdulkadir Artan, un des meilleurs sifflets d’Afrique, sélectionné pour officier, a été refoulé à Miami pour des soupçons de liens avec… les terroristes. Mais, en réalité, son péché, c’est d’être citoyen de ces pays que Trump avait qualifié de « pays de m… ».

Quant à Gianni Infantino, il a réussi à transformer la Fifa en empire financier insatiable. Notre confrère de L’Equipe Simon Bolle déclare en parlant de l’organisation : « C’est même un peu un Ovni parce que c’est d’un côté une association à but non lucratif, de l’autre une énorme affaire qui générera 13 milliards de dollars de recettes entre 2023 et 2026 » dont au moins 9 milliards attendus du Mondial 2026. Au cœur du jeu, il y a les droits télé (revenus estimés à plus de 4 milliards de dollars, soit une augmentation de 30% par rapport à l’édition précédente « Qatar 2022 »), la billetterie et l’hospitalité (plus de 3 milliards, soit une hausse vertigineuse de 216%). Malheureusement, la redistribution de ces profits laisse à désirer et fait même grincer des dents dans le monde footballistique, la Fifa prévoyant une dotation record de 665 millions de dollars aux sélections en compétition et 50 millions de dollars au futur vainqueur.

La Fifa est la seule à se frotter les mains dans ce business et dans une moindre mesure les pays-hôtes. Selon une étude du groupe d’analyse macro-économique Allianz Research, l’impact économique devrait être très modeste dans ces pays, au vu de la taille de leurs économies (leurs Pib réunis s’élèvent à 35.000 milliards de dollars). Sur six semaines, la Coupe du monde devrait générer, selon l’étude, 9,1 milliards de dollars d’activité économique additionnelle sur la période de juin à juillet. L’impact sur le Pib est estimé à 6,1 milliards de dollars aux États-Unis, 1,7 milliard au Mexique et 1,3 milliard au Canada. Les vrais vainqueurs de cette grand-messe du football sont les détenteurs de droits, à côté de la Fifa, le grand gagnant. Pas de doute, selon Simon Bolle, « Infantino incarne plus que jamais le foot-business ».

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