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Le mythe de la faiblesse politique africaine enfin déconstruit
À rebours des clichés, une analyse relayée par The Economist montre que de nombreuses sociétés africaines ont consciemment privilégié l’horizontalité au pouvoir centralisé
 
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1003975
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(SenePlus) - L'idée selon laquelle l'Afrique précoloniale souffrait d'un manque d'organisation politique centralisée est remise en question par de nouvelles analyses académiques. Selon un article publié ce 9 avril par le prestigieux magazine britannique The Economist, l'absence de structures étatiques fortes sur le continent n'était pas une anomalie ou un échec, mais bien le résultat d'un choix sociétal délibéré.

Cette théorie audacieuse est défendue par James Robinson, politologue à l'Université de Chicago, dans une récente étude corédigée avec Soeren Henn de l'Université du Wisconsin-Madison. Pour illustrer cette différence fondamentale d'approche du pouvoir, M. Robinson file une métaphore ludique citée par The Economist : là où les Occidentaux jouent aux échecs – sacrifiant des pions pour sauver un roi tout-puissant –, les Africains privilégient le mancala, un jeu de société où « toutes les pièces sont semblables, et les joueurs essaient de se les approprier ». Selon le chercheur, cette conception horizontale montre que « si les États puissants étaient rares dans l'Afrique précoloniale, c'est parce que les Africains ne voulaient pas en construire ».

Les chiffres avancés par l'étude et relayés par The Economist donnent le vertige. Les chercheurs estiment qu'autour de 1880, le continent africain comptait environ « 45 000 entités politiques ». Parmi cette constellation, à peine 2% étaient considérées comme de véritables « États », regroupant environ 44% de la population totale. La grande majorité des Africains évoluait au sein de chefferies dépassant rarement quelques milliers d'individus, voire dans des communautés encore plus restreintes.

Contrairement à l'Europe, où le dogme veut que « la guerre a fait les États », les sociétés africaines ont développé des mécanismes pacifiques pour coexister. The Economist souligne à ce titre une trouvaille linguistique fascinante des auteurs : sur les 114 langues africaines analysées, 92 emploient exactement le même mot pour désigner un « invité » et un « étranger ».

Un héritage paradoxal pour l'Afrique contemporaine

Jusqu'à présent, la faiblesse de la centralisation étatique africaine était principalement expliquée par la très faible densité démographique du continent. Si un dirigeant devenait trop avide ou tyrannique, ses sujets n'avaient qu'à migrer plus loin pour échapper à son contrôle. Mais James Robinson, pourtant célèbre pour avoir affirmé que seules les institutions expliquaient les inégalités entre les nations, nuance aujourd'hui son propos. Il soutient désormais que « les différences culturelles comptent aussi », précise The Economist, bien que cette évolution théorique n'explique pas totalement pourquoi certains empires puissants ont tout de même vu le jour dans des régions spécifiques de l'Afrique.

Cette organisation décentralisée n'a pas été sans conséquences tragiques. MM. Henn et Robinson estiment que ce morcellement a rendu le continent particulièrement « vulnérable aux marchands d'esclaves et à la conquête coloniale ». Cette défiance historique vis-à-vis du pouvoir centralisé pourrait d'ailleurs expliquer, selon eux, les difficultés actuelles des États africains à lever l'impôt de manière efficace.

Toutefois, l'héritage de ces sociétés apolitiques n'est pas uniquement négatif. La politologue Martha Wilfahrt, de l'Université de Californie à Berkeley, observe que les régions autrefois dominées par des pouvoirs despotiques connaissent aujourd'hui davantage de conflits. À l'inverse, note The Economist, les territoires historiquement gérés par des « fédérations plus lâches s'en sortent mieux ».

Pour les auteurs de l'étude, ces traditions ont légué à l'Afrique des sociétés fondamentalement « sceptiques à l'égard de l'autorité, ouvertes à la différence et socialement mobiles ». Un terreau sociologique fertile qui, s'il est couplé à la construction de meilleures institutions contemporaines, pourrait bien constituer « la base de la prospérité future » du continent.

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