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Par Samboudian Kamara
Le nouveau colonialisme des données
Les outils comme Google AI Overviews résument des informations sourcées par des médias africains sans jamais rediriger le trafic vers eux. C’est un coup de grâce pour des rédactions qui peinent déjà à monétiser leur production en ligne.
 
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Quand vous lancez une recherche sur Google, le moteur de recherche vous propose en priorité un résumé synthétisé par Google AI Overviews avant que ne défilent ensuite les sites et supports ayant traité le sujet objet de votre requête.

Les outils comme Google AI Overviews résument des informations sourcées par des médias africains sans jamais rediriger le trafic vers eux. C’est un coup de grâce pour des rédactions qui peinent déjà à monétiser leur production en ligne.

Pendant que les géants de la Tech se livrent une guerre sans merci pour dominer le marché de l’intelligence artificielle, une injustice silencieuse se trame. Les chatbots les plus puissants du monde apprennent à répondre à nos questions en ingurgitant des milliards de contenus, dont figurent les productions des médias africains. Mais à l’heure des comptes, le continent est systématiquement exclu du partage des bénéfices.

Cela a été dit et redit… Aux États-Unis, des dizaines de journaux poursuivent OpenAI et Microsoft. À New York, des géants de l’édition ont attaqué Google en justice. Meta et Anthropic sont également sur le banc des accusés pour avoir utilisé sans autorisation des œuvres protégées.

La maison d’édition Anthropic a même dû conclure un accord historique de 861 milliards de francs Cfa (1,5 milliard de dollars) pour indemniser des auteurs.

En Europe, des accords de licence se négocient : Axel Springer, Le Monde, le Financial Times ont tous signé des contrats juteux avec les entreprises d’IA, pour des montants allant de 574 millions à 2,87 milliards de francs Cfa (1 à 5 millions de dollars) par an.

Pendant ce temps, en Afrique, le silence est assourdissant. Aucune maison de presse du continent, à l’exception peut-être de quelques timides tentatives en Afrique du Sud, n’a été publiquement mentionnée dans un accord de licence avec Google, OpenAI ou d’autres mastodontes de l’IA.

C’est une exclusion qui n’a rien d’anodin. Car si les contrats ne sont pas signés, les contenus, eux, sont bel et bien aspirés.

Cette situation désastreuse s’explique par un faisceau de vulnérabilités. Manque d’infrastructures techniques, systèmes de gestion de contenu obsolètes, absence de stratégies de monétisation… Mais le talon d’Achille reste le vide juridique.

Contrairement à l’Union européenne, qui dispose du Digital Markets Act, ou à l’Australie avec son News Media Bargaining Code, la plupart des pays africains ne possèdent pas de lois sur le droit d’auteur ou les droits voisins assez solides pour contraindre les Gafam (Google, Apple, Facebook devenu Meta, Amazon et Microsoft) à négocier.

Heureusement, la prise de conscience est en marche. L’Institut Panos Afrique de l’Ouest, en collaboration avec l’Unesco, mène un plaidoyer pour une réforme législative.

Son coordonnateur médias pour l’Afrique de l’Ouest, le Dr Birame Faye, propose d’examiner les cadres existants et d’adopter de nouvelles dispositions pour protéger la création de contenus. Il appelle même à un combat à l’échelle sous-régionale, auprès de l’Uemoa et de la Cedeao, pour faire face à la puissance des Gafam. Il estime que la voie du règlement communautaire est la plus pertinente vu que la transposition de règles juridiques au niveau des États prend du temps.

Le Nigéria vient de donner un signal fort en ordonnant une enquête contre Meta, X et des entreprises d’IA pour « grattage » illicite de contenus. Il s’inspire du précédent sud-africain, où Google a accepté de verser environ 22,96 milliards de francs Cfa (40 millions de dollars) par an pour soutenir la presse locale.

La question qui se pose est aussi celle de la souveraineté culturelle. Comme le résume un rapport de l’Observatoire culturel sud-africain : « Nous sommes vraiment au bord d’un nouveau colonialisme des données ».

Une source citée dans le même rapport met en garde : « Si nous ne prenons pas position, nous allons simplement être au bout d’un nouveau colonialisme qui extrait à nouveau toute la valeur de l’Afrique et de sa culture, et nous devons y mettre un terme rapidement ».

L’enjeu dépasse de loin le simple cadre financier. Il s’agit de savoir qui racontera l’histoire du continent, à travers quels prismes et pour quel profit. Les modèles d’IA entraînés sans données africaines diversifiées risquent de perpétuer des biais et d’invisibiliser les réalités locales.

Le marché des licences pour l’IA est projeté à 38 745 milliards de francs Cfa (67,5 milliards de dollars) d’ici à 2030. L’Afrique ne peut pas se permettre d’en être absente. Ce n’est pas seulement une question d’argent, c’est une question de survie pour son journalisme et son identité culturelle.

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