(SenePlus) - Un an après sa signature, le bilan du Pacte National de Stabilité Sociale révèle des progrès significatifs dans les réformes du Code du travail et de la protection sociale, mais les grèves persistent dans l'éducation et la santé. Le gouvernement reconnaît que "l'apaisement total du climat social n'est pas encore au rendez-vous".
Le ministère de la Fonction publique, du Travail et de la Réforme du Service public a publié le 29 avril 2026 le bilan de la première année du Pacte National de Stabilité Sociale pour une Croissance Inclusive et Durable (PNSS-CID), signé le 1er mai 2025 sous l'égide du Premier ministre Ousmane Sonko. Ce document de 28 pages dresse un tableau contrasté : des réformes structurelles engagées, mais une trêve sociale qui peine à s'installer.
L'une des avancées les plus significatives concerne la refonte du cadre législatif du travail. Selon le document officiel, "le gouvernement a procédé, lors de la réunion du Conseil des ministres du 15 avril 2026, à l'adoption des projets de Code du Travail et de Code de la Sécurité sociale". L'élaboration de ces textes a vu "la participation des partenaires sociaux au sein d'un comité de pilotage", souligne le bilan.
Pour la fonction publique, le projet de loi portant Statut général des fonctionnaires est en cours d'élaboration, de même que le projet de loi relatif au Code d'éthique et de déontologie des agents publics, qui a été finalisé.
16 milliards de FCFA pour l'indemnité de logement
Sur le plan salarial, le gouvernement revendique "une avancée majeure avec la généralisation de l'indemnité représentative de logement à l'ensemble des agents de la Fonction publique depuis le mois de janvier 2026, soit un impact financier de plus de 16 milliards FCFA".
Le document détaille également la revalorisation des salaires dans des secteurs jusque-là dépourvus de conventions collectives : "Il a été procédé à la revalorisation des salaires des domestiques et gens de maison ainsi que ceux des travailleurs du secteur agricole." Dans le secteur hôtelier, "une avancée sociale majeure a été enregistrée avec la suppression des équivalences à la durée légale du travail".
Le bilan met en avant deux mesures phares pour l'économie informelle : l'opérationnalisation du Régime simplifié pour les petits contribuables (RSPC), qui "connaît un déploiement progressif", et l'institution de la Mutuelle sociale nationale des Artisans du Sénégal (MSNAS), qualifiée de "levier stratégique" offrant "une couverture dédiée à une frange essentielle du tissu économique national".
Une convention a également été signée entre le ministère du Travail et l'Agence sénégalaise de la Couverture sanitaire universelle, portant "spécifiquement sur la prise en charge de la branche santé".
Le secteur de l'éducation bénéficie d'un "effort de recrutement exceptionnel, avec le recrutement de 2000 enseignants en 2025, complété par une autorisation de 2527 postes supplémentaires en 2026". Dans l'enseignement supérieur, 500 enseignants-chercheurs ont été recrutés.
Pour la santé, "le renforcement du secteur se traduit par la programmation du recrutement de 2500 agents au titre de l'année 2026".
La trève sociale reste un objectif non atteint
Malgré ces avancées, le document reconnaît sans détour que "l'apaisement du climat social demeure partiel". Le bilan liste une série de grèves qui ont émaillé l'année :
Dans l'éducation, "les Syndicats d'enseignants les plus représentatifs regroupés autour du G7 ont mis en œuvre six (6) plans d'action avec des mots d'ordre de grève" entre novembre 2025 et mars 2026. Toutefois, "un accord a été signé le 16 avril 2026, entre le gouvernement et le G7" permettant de "stabiliser le climat social dans ce secteur".
Dans la santé, l'ASAS And Gueusseum a "décrété plusieurs plans d'actions, dont le neuvième lancé en début avril, comprenant des grèves perlées de 72 heures tous les quinze jours". La Fédération des Syndicats de la Santé (F2S) a de son côté décrété "au moins trois mots d'ordre de grève" entre décembre 2025 et avril 2026.
Le secteur primaire n'a pas été épargné, avec "un plan d'action de grève dans la période du 3 au 31 décembre 2025 sur tous les jours ouvrables sans répit".
Le document conclut sur des recommandations, notamment la nécessité de "renforcer les capacités des partenaires sociaux et des managers publics en matière de dialogue social" et de "généraliser l'installation des comités de dialogue social au niveau des ministères, des structures publiques et parapubliques, ainsi que dans les branches professionnelles".
Le gouvernement réaffirme son engagement : "La réussite de ce pacte triennal repose désormais sur la capacité des partenaires sociaux à respecter la trêve sociale convenue de trois (3) ans, ainsi que de la diligence du Gouvernement à parachever les réformes structurelles engagées."
Signé le 1er mai 2025 par 24 centrales syndicales, 4 organisations patronales et le gouvernement, le PNSS-CID vise à "substituer durablement la culture du partenariat à celle de la confrontation, afin de bâtir une économie compétitive fondée sur le travail décent et l'équité sociale". Un an plus tard, le chemin reste long pour atteindre pleinement cet objectif.