(SenePlus) - C'est un Ousmane Sonko visiblement déterminé qui a pris la parole lundi 29 juin 2026 à l'Assemblée nationale, après l'adoption de la réforme constitutionnelle. Dans un long discours prononcé en sa qualité de président de l'institution, le leader de Pastef a retracé la genèse du texte, dénoncé les tentatives de le vider de sa substance et adressé un message sans ambiguïté au président de la République Bassirou Diomaye Faye : promulguez, sans détour et sans référendum.
Dix ans de combat, pas un texte tombé du ciel
Sonko l'a dit avec force : la réforme adoptée ne surgit pas d'une improvisation politique. « Ces engagements ont traversé tout notre parcours politique, depuis notre serment de 2014, aux législatives de 2017, à la présidentielle de 2019 dont j'étais le candidat, jusqu'à l'élection présidentielle et législative de 2024 », a-t-il rappelé devant les députés.
Le président de l'Assemblée a ensuite décrit, étape par étape, la chaîne de travail qui a produit le texte. Un premier comité de juristes a planché des mois sur les propositions issues du dialogue politique. Puis le président Faye lui a remis personnellement, sur clé USB, l'ensemble des textes rédigés, en lui demandant de constituer une nouvelle équipe pour les affiner. « J'ai mis en place cette équipe qui a travaillé pendant quatre à cinq mois. Les réunions se tenaient au Petit Palais, même durant le mois de Ramadan. C'est moi qui fournissais le repas à chaque midi », a-t-il lancé, visiblement agacé par les accusations de précipitation.
Faye dans le viseur : la sélection des articles qui arrangent
C'est sur ce point que le discours a pris une tournure particulièrement acérée. Après réception du texte finalisé par le comité technique, le chef de l'État aurait procédé à un tri personnel des dispositions. « S'il y a tripatouillage, ça vient du président de la République. Il a pris le texte, il a commencé à voir ce qui l'arrange et ce qui ne l'arrange pas », a déclaré Sonko, sous les applaudissements de l'hémicycle.
Les deux dispositions dans le viseur sont sans équivoque : l'obligation de déclaration de patrimoine à la sortie de charge, et l'interdiction pour le président de la République d'exercer la présidence d'un parti politique. Sur ces deux points, Sonko a sorti l'argument de la cohérence historique, vidéos à l'appui. « Lui-même a dit, quand nous étions dans l'opposition, que le président de la République ne doit pas être président de parti. Qu'est-ce qui a changé ? Qu'est-ce qui est arrivé à notre petit frère et président de la République ? »
Sonko a également rappelé que Faye avait, de sa propre initiative, démissionné de son poste de secrétaire général de Pastef à son accession au pouvoir, sans en avertir personne. « Il m'a dit : je vais être au-dessus de la mêlée. Deux ans plus tard, il ne veut plus être au-dessus de la mêlée. Quel est le problème ? »
L'Assemblée s'est substituée à un exécutif défaillant
Face à ce qu'il décrit comme une tentative de confiscation du texte, Sonko a salué l'initiative des députés d'avoir porté eux-mêmes la proposition de révision, dans le respect strict des résultats du dialogue politique et des travaux du comité technique. « Le pouvoir constituant s'est exprimé aujourd'hui, et il s'est fortement exprimé », a-t-il affirmé, rappelant que la Constitution n'appartient pas au président de la République mais au peuple et à ses représentants.
Sur le plan juridique, il a invoqué la jurisprudence constante du Conseil constitutionnel — établie en 2006 et confirmée en 2024 — selon laquelle un vote à la majorité qualifiée des trois cinquièmes de l'Assemblée nationale vaut simultanément adoption et approbation d'une révision constitutionnelle par voie parlementaire. La majorité requise ayant été atteinte, le texte est, selon lui, définitivement adopté et approuvé.
Promulgation exigée, référendum rejeté
Dans ces conditions, Sonko a annoncé qu'il saisirait personnellement le président de la République pour lui transmettre la proposition adoptée. « Je demanderai au président de la République de promulguer cette loi, simplement et purement », a-t-il déclaré, écartant toute invocation de l'article 103 ou tout recours à un référendum qu'il juge non seulement inutile mais politiquement inopportun. « Pourquoi convoquer le peuple ? Pour lui demander quoi : est-ce que le président doit déclarer son patrimoine à la sortie ? »
Il a également balayé l'argument des charges nouvelles qu'induirait la réforme. « Aucune charge nouvelle n'a été créée. Au contraire, cette réforme entraînera une baisse substantielle des coûts de l'exercice de la démocratie au Sénégal. »
Un message aux Sénégalais : rien ne bougera
Sonko a conclu son intervention en s'adressant directement à l'opinion publique, dans un ton à la fois solennel et rassurant. Fustigeant ce qu'il a qualifié de « tempêtes dans des verres d'eau » et de tentatives de récupération de l'opposition, il a garanti la stabilité du pays. « Rien ne bougera. Nous sommes gardiens et garants. Ayant la popularité qu'il faut, ayant la jeunesse avec nous, nous portons garant pour la stabilité de ce pays », a-t-il martelé sous les acclamations de l'hémicycle.
Les voies de recours constitutionnelles restent ouvertes — un dixième des députés ou le président de la République peuvent saisir le Conseil constitutionnel — mais Sonko a rappelé que cette instance ne contrôle, dans ce cadre, que la procédure et les clauses d'éternité, non le fond.
La séance a été levée en fin de journée. L'Assemblée nationale reprend ses travaux ce mardi 30 juin 2026 à 10h pour le débat d'orientation budgétaire et la clôture de la session ordinaire unique 2025-2026.