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Par Mouhamed Abdallah Ly
Dernières semences, premières pluies
La fin de la pluie ne représente pas en soi la finitude. En trempant, en imbibant les racines, celle-ci aura fertilisé et préparé les récoltes de demain
 
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1006102
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Les premières pluies sont tombées sur Dakar. La grande Case à Impluvium que se trouve être le Musée des Civilisations noires y prend tout son sens métaphorique. L’hivernage s’installe au moment même où le MCN a fini d’ensemencer un vaste champ éditorial grâce à la germination achevée de Civilisations africaines. Création continue de l’humanité et de Continuer Fanon, les deux premières plantules verdoyantes de sa toute nouvelle maison d’édition, Déberlinisation Lab. L’averse éditoriale qu’est la parution du numéro 6 de La Case Mag, qui, rappelons-le, survient après celle du numéro 4 dédié à l’humanisme radical de Frantz Fanon puis du numéro 5 consacré aux résistances des musiques noires, marque l’entrée résolue du musée dans l’ère de la production de contenus.

D’autres publications en gestation viendront renforcer cette dynamique. Parmi elles, les parutions, attendues en 2026, des catalogues de deux expositions phares : L’Afrique maintenant, sous la direction de Babacar Faye, et L’Art d’être, Femmes noires, sous la codirection de Lydie Diakhaté et Hélène Quashie. Ces sorties verront la participation de sommités telles que Françoise Vergès, Amzat Boukari-Yabara, Ibrahima Wane, Nelson Maldonado-Torres et Aziz Salmone Fall, pour ne citer que celles-là. La publication des actes du colloque « L’espérance africaine de Fanon » se prépare pour l’année prochaine. 2027 verra également la parution d’un ouvrage collectif dédié à Lamine Senghor, nourri des contributions d’Olivier Sagna, de Madièye Mbodj et de David Murphy. Un roman du cinéaste Moussa Touré est aussi dans la boucle.

Voilà pourquoi, en ouvrant les pages de ce sixième numéro, l’on ne peut manquer de mesurer à la fois le chemin éditorial parcouru, mais surtout la dynamique en cours qui consiste à faire du musée un laboratoire vivant de la pensée et de la création africaines et afrodescendantes, un chœur battant aussi bien de nos mémoires collectives que de nos projections vers l’avenir. Ce tournant objectif s’opère alors que les murs du MCN résonnent encore des accords vibrants de la programmation dédiée aux musiques noires et de l’énergie monumentale de l’exposition « Ousmane Sow, Intemporel ».

Avec le retour des congés du personnel, qui sonnera la reprise des activités d’animation en berne le temps de l’hivernage, les eaux se retireront. Ce qui en aura été récolté dans la Case à Impluvium irriguera une exceptionnelle fin de saison culturelle, marquée par les Jeux olympiques de la jeunesse, la 16e Biennale de l’Art africain contemporain et la commémoration du soixante-dixième anniversaire du Congrès des artistes et écrivains noirs. 

Ma mission comme Directeur général s’achève donc alors qu’arrivent ces trois évènements majeurs et que, dès janvier 2027, sera accrochée l’exposition internationale sur l’esclavage, « In Slavery’s Wake », en collaboration avec le Smithonian, Brown University et URICA. C’est que la fin de la pluie ne représente pas en soi la finitude. En trempant, en imbibant les racines, celle-ci aura fertilisé et préparé les récoltes de demain. Diriger cette institution phare du panafricanisme, en portant la dynamique des 5D (Décolonisation, Démocratisation, Dynamisation, Digitalisation, Diversification des ressources), a été un insigne honneur ! 

Je tiens à remercier chaleureusement les autorités qui m’ont fait confiance, au premier chef duquel le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, et son Premier ministre d’alors, Ousmane Sonko, les équipes du MCN pour leur dévouement et professionnalisme, le Conseil d’administration et le Comité scientifique d’orientation pour leur lumière, mais aussi l’Association des amis du MCN pour son accompagnement fécondant. Ma gratitude va à tous les contributeurs de nos publications, à nos lecteurs et, en particulier, aux nombreux visiteurs qui ont fait vibrer les lieux au fil des deux hivernages écoulés.

Illustration : Gustave Fall, « Mouhamed Abdallah Ly au MCN » (2026), Photographie.

Ce texte est l’Éditorial du numéro 6 de La Case Mag, magazine trimestriel du Musée des Civilisations noires (MCN). Paru le 28 juillet 2026, le numéro est à retrouver en intégralité en édition numérique sur le site internet du MCN.

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