(SenePlus) - Le marché sénégalais de la volaille entre dans une nouvelle phase de concurrence accrue, marquée par une montée en puissance de nouveaux acteurs, une course à l’investissement et une stratégie d’intégration sur l’ensemble de la chaîne de valeur. C’est ce que révèle un article publié par Estelle Maussion dans Jeune Afrique, publié lé 11 juin 2026.
Longtemps dominé par le groupe familial Sedima, fondé par Babacar Ngom, le secteur avicole sénégalais connaît aujourd’hui une profonde restructuration. Grâce à l’interdiction des importations de viande de volaille décidée en 2005, la filière s’est fortement développée, atteignant un chiffre d’affaires estimé à 450 milliards de FCFA en 2023, selon le ministère sénégalais de l’Élevage et des Productions animales.
Mais la domination historique de Sedima est désormais contestée. Sur le segment du poulet de chair, le groupe Gade Gui, fondé notamment par l’actuel ministre de l’Agriculture Mabouba Diagne avant son entrée au gouvernement, revendique désormais la place de leader. D’autres opérateurs, tels que Apran, Zalar Sénégal, La Ripaille, Retba aviculture ou encore Lany, renforcent également leurs positions sur un marché tiré par une consommation en hausse, estimée entre 8 % et 10 % de croissance annuelle.
La concurrence s’étend à l’ensemble de la filière, notamment dans la production de poussins, d’œufs, d’aliments pour animaux et les infrastructures d’abattage. Sedima conserve une position forte, mais fait face à une multiplication de challengers qui investissent massivement pour gagner des parts de marché. Dans ce contexte, les entreprises cherchent non seulement à augmenter leurs capacités de production, mais aussi à intégrer davantage de segments de la chaîne afin de réduire leur dépendance et mieux maîtriser leurs coûts.
L’article de Jeune Afrique souligne que cette dynamique est particulièrement visible chez des groupes comme Gade Gui, qui développe désormais une activité dans les œufs, ou Apran, qui envisage d’investir dans la production d’aliments pour bétail. Le géant agroalimentaire Olam, déjà actif dans la meunerie, se positionne lui aussi stratégiquement sur plusieurs maillons de la filière, notamment après le rachat d’Avisen en 2024.
Pour les acteurs du secteur, l’enjeu central reste la maîtrise des coûts de production, notamment ceux liés à l’alimentation animale, qui représentent entre 60 % et 70 % du coût de revient du poulet. Une pression renforcée par la hausse mondiale des matières premières et un pouvoir d’achat sous tension.
Au-delà de la rivalité commerciale, la filière fait face à plusieurs défis structurels, pouvons-nous lire dans l'article d'Estelle Maussion. Le Sénégal reste encore largement dépendant des importations d’œufs à couver, indispensables à la production locale. En parallèle, les professionnels dénoncent une hausse des importations illégales de poulets, estimées à 20 millions d’unités par an, un phénomène qualifié par l’Interprofession avicole du Sénégal (Ipas) d’« agression économique et sanitaire sans précédent ».