(SenePlus) - Le Parisien révèle lundi les détails du mode opératoire du Français Pierre R., principal mis en cause : création "d'écoles du sexe", inoculation volontaire du VIH aux victimes pour les piéger, ciblage des "talibés". Un projet échafaudé entre 2016 et 2024 avec des complices sénégalais rémunérés.
Au lendemain de l'annonce par la police sénégalaise de l'arrestation de 14 personnes dans une affaire de pédocriminalité franco-sénégalaise, Le Parisien publie ce lundi 9 février 2026 les détails du mode opératoire mis au point par le cerveau présumé, Pierre R., un restaurateur de Beauvais (Oise).
Dans son enquête signée Christel Brigaudeau, le quotidien révèle un projet criminel d'une cruauté exceptionnelle, échafaudé sur près d'une décennie.
Le volet le plus effroyable concerne l'utilisation du virus du sida comme instrument de domination. "Pierre R. demandait à ses contacts d'inoculer volontairement le virus du sida aux garçons mineurs pris dans ses filets, afin que ces derniers ne disposent plus de 'porte de sortie'", révèle la journaliste du Parisien.
Cette stratégie criminelle reposait sur un calcul cynique. "La transmission volontaire d'une maladie chronique, et mortelle en l'absence de traitements, semblait à ses yeux une garantie supplémentaire de soumission, dans un pays où l'homosexualité est déjà un tabou, et réprimée par la loi", écrit Christel Brigaudeau.
Pour mettre à exécution son plan, le Français est allé jusqu'à suggérer à l'un de ses complices, M.S., de solliciter les sans-abri qui dorment dans le parc de la très touristique villa Majorelle à Marrakech, "et de leur demander de contaminer ses proies", rapporte Le Parisien.
Dès 2016, les conversations de Pierre R. révèlent un fantasme qu'il voulait concrétiser : "créer dans des appartements discrets des 'écoles du sexe', pour constituer un vivier de victimes pour l'exploitation sexuelle d'enfants, tous des garçons, et les plus jeunes possibles".
Ce projet sinistre se serait partiellement concrétisé avec au moins trois interlocuteurs différents. Avec M.S.N., autre intermédiaire sénégalais, le projet "d'écoles du sexe" est clairement énoncé en 2017 et 2018. "Pierre R. le charge de louer une chambre et de trouver des enfants âgés de 3 à 15 ans, et lui envoie par mandat environ 450 euros", détaille la journaliste.
Le donneur d'ordres recevait en retour "les preuves filmées d'abus sexuels multiples sur un adolescent âgé d'une quinzaine d'années". Mais insuffisant pour lui, "il met fin à cette collaboration, déçu de ne pas recevoir les vidéos demandées et promises montrant des sévices sur des victimes plus jeunes", révèle Le Parisien.
Le ciblage des "talibés"
Le mode opératoire reposait sur la constitution d'un réseau de recruteurs au Sénégal. Selon les informations du quotidien francilien, le restaurateur est suspecté d'avoir constitué, "parmi des connaissances proches du milieu de la prostitution homosexuelle au Sénégal, un réseau de 'formateurs', chargés d'attirer à eux de très jeunes garçons en grande fragilité sociale, pour les former au sexe et en faire, selon ses termes interceptés dans le cadre des investigations, 'de bons passifs' pour les clients".
Entre 2016 et 2024, Pierre R. a "maintenu sous perfusion financière plusieurs relations et envoyé au fil des mois plus de 50 000 euros à différents contacts au Sénégal", indique Le Parisien. Il a également effectué six séjours dans le pays, seul ou avec des connaissances, notamment dans la ville balnéaire de Saly, au sud de Dakar.
Les montants versés variaient selon les missions. M.S., prostitué au Sénégal puis au Maroc, aurait reçu "quelque 2 000 euros de la part du Français, en échange de la promesse de recruter quatre enfants, d'abord à Dakar puis à Marrakech, et de leur inoculer le VIH", selon le journal.
"Selon nos informations, le réseau semble avoir visé une frange particulièrement vulnérable de la population sénégalaise : les 'talibés'", écrit Christel Brigaudeau.
Ce terme désigne au Sénégal les enfants confiés par leurs parents à des écoles coraniques afin d'assurer leur éducation religieuse et sociale. "Ces dernières années, une dérive de cette mission éducative a été à de multiples reprises dénoncée par des organisations humanitaires, les jeunes talibés se retrouvant très nombreux sur les trottoirs de Dakar, forcés de mendier, souvent violentés par des 'maîtres' tout puissants. Et proies potentielles de tous les trafics", explique la journaliste.
Sur les réseaux où il échangeait avec des interlocuteurs sénégalais, mais aussi marocains, dans le but d'organiser des "parties de sexe" à son profit ou celui de potentiels "clients", "Pierre R. se faisait volontiers appeler 'papa', 'patron' ou, selon l'un de ses pseudos, 'Peter Babtou', soit Peter le blanc", révèle Le Parisien.
Ces appellations illustrent la dimension de domination et de rapport colonial dans la mécanique du réseau, où un Français exploitait sa position économique pour organiser l'exploitation sexuelle d'enfants vulnérables au Sénégal.
L'enquête menée par l'office des mineurs, l'office central contre la traite des êtres humains (OCRTEH) et la police de l'Oise doit désormais déterminer jusqu'à quel point ces sombres plans se sont concrétisés et combien de victimes ont subi ces crimes.