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Le projet postlibéral de Palantir
Dans un manifeste décrypté par la revue Le Grand Continent, le patron Alex Karp du groupe américain dévoile une vision glaçante de l'avenir où l'État se fondrait dans l'infrastructure numérique privée pour forger un nouvel ordre techno-militaire
 
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1004288
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(SenePlus) - Le 18 avril 2026, via son compte officiel sur le réseau social X, le géant du numérique Palantir a jeté un pavé dans la mare idéologique américaine. Son PDG, Alex Karp, y a publié un manifeste en vingt-deux points, sorte de condensé de son récent ouvrage « La République technologique ». Loin d'une simple profession de foi entrepreneuriale, ce texte dessine les contours d'une vision géopolitique et sociale radicale.

Dans une analyse publiée le 20 avril 2026 par Le Grand Continent, les auteurs Arnaud Miranda et Gilles Gressani décryptent ce manifeste qu'ils qualifient de « plan pour forger un Occident techno-fasciste ». Selon eux, si Karp emprunte le vocabulaire républicain de la démocratie, il dissimule en réalité un « registre implicite » visant à transformer l'État en une « filiale de sa propre infrastructure digitale ».

L'analyse de la revue souligne le glissement idéologique majeur opéré par Palantir. L'entreprise, née en 2003 grâce aux fonds de la CIA, revendique désormais la « défense de la nation » non plus comme un contrat, mais comme une « dette morale » que la Silicon Valley devrait honorer. Une rhétorique habile qui permet à Palantir de muer son modèle économique, largement dépendant de la commande publique, en « obligation positive ».

Mais l'ambition de Karp va bien au-delà des simples contrats gouvernementaux. Le manifeste prône ouvertement la remilitarisation d'anciennes puissances vaincues. Karp y affirme sans détour : « La neutralisation d'après-guerre de l'Allemagne et du Japon doit être défaite ». Selon Le Grand Continent, cette posture géopolitique offensive trouve un écho très pragmatique pour Palantir, qui a récemment ouvert des bureaux à Francfort et Tokyo.

Sur le plan de l'innovation, le PDG fustige la « tyrannie des applications » grand public, incarnée par l'iPhone, qui contraindrait notre « sens du possible ». Pour Karp, la véritable révolution technologique se joue sur le terrain de la puissance brute. « Les limites du soft power [...] sont aujourd'hui manifestes », écrit-il, ajoutant que « le hard power de ce siècle reposera sur les logiciels ». Une conviction qui trouve son application directe dans le slogan interne de Palantir, rapporté par la revue : « your software is the weapons system » (votre logiciel est le système d'armes).

L'analyse de Miranda et Gressani met également en exergue l'ironie mordante de certaines thèses de Karp. Lorsqu'il déplore que « l'exposition impitoyable des vies privées des personnages publics chasse trop de talents du service gouvernemental », Le Grand Continent rappelle que c'est précisément l'entreprise de Karp qui « construit [...] l'infrastructure qui rend possible "l'exposition impitoyable" de n'importe quelle vie, via l'agrégation de données inter-agences qu'elle revend aux États ».

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