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Le rêve Pastef face au mur de la réalité
"Macky Sall a été l'agent principal de la montée du parti" en voulant écraser l'opposition, analyse le journaliste et essayiste. Mais le "statut de martyr" conquis dans la répression ne suffit plus face aux défis économiques du pouvoir
 
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1004217
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(SenePlus) - Deux ans après l'arrivée au pouvoir du duo Bassirou Diomaye Faye-Ousmane Sonko, le journaliste Elgas (El Hadj Souleymane Gassama) évoque le bilan de l'expérience Pastef dans un entretien diffusé le 17 avril 2026 sur la chaîne YouTube de Pierre Haski. Entre inquiétudes économiques et désillusion politique, l'auteur de "Les bons ressentiments" (Riveneuve, 2023) appelle à dépasser le romantisme qui a entouré cette alternance démocratique.

"La situation économique du pays est très préoccupante. Et là, j'utilise un euphémisme", confie Elgas à l'ancien directeur de la rédaction de Libération. Le journaliste à RFI et directeur de collection pointe surtout "le premier signe à la fois d'essoufflement et peut-être même de conflits" au sein du pouvoir. La "promesse d'une forme d'unité, de complicité, de ce duo à la tête de l'État, est en train de se confronter" aux premières difficultés de l'exercice du pouvoir.

Pour l'essayiste, "l'idée d'une révolution démocratique au Sénégal a été peut-être survendue". Il rappelle que l'alternance de 2024 fut avant tout "une transition sur une fin de règne d'essoufflement avec une bascule répressive parce que le pays était rentré dans un climat très insurrectionnel". Macky Sall, dont le bilan matériel reste selon lui "défendable", s'était "borné" et "fermé", devenant paradoxalement "l'agent principal de la montée du parti d'opposition Pastef" par sa volonté de "les baillonner, de les écraser".

Cette répression a créé un "statut de martyr" dont a profité Ousmane Sonko, "l'homme fort du régime qui se trouvait à être aujourd'hui, assez curieusement, le numéro deux dans l'architecture" du pouvoir actuel. Elgas reconnaît n'avoir "jamais été un fan absolu de l'ADN politique de Pastef, de ses développements, de sa manière d'agréger des choses qui appartiennent parfois au populisme, au désir de vengeance, au ressentiment".

Un discours "dégagiste et ressentimental"

L'analyse d'Elgas se fait plus tranchante lorsqu'il examine le discours de campagne de Pastef. Sonko et Diomaye Faye ont "surfé assez clairement sur un discours dégagiste, ressentimental, souverainiste, qui s'est attaqué à l'Occident, particulièrement à la France, avec tous les marqueurs, conservateurs les plus forts", affirme-t-il.

Ce discours a trouvé "l'assentiment de beaucoup de populations sénégalaises", reconnaît le journaliste, tout en soulignant que "pour des progressistes, pour les adeptes d'une société ouverte, d'un débat intellectuel éclairé, oui, c'était un temps qui était un temps assez curieux à vivre". Mais l'impératif démocratique s'impose : "S'il y a 54% des Sénégalais qui adhèrent à cette idée, il faut accepter le jeu."

Elgas pointe également "le romantisme qu'on a eu a priori sur cette dynamique" et critique "beaucoup de regards, parfois extérieurs, sur le continent africain, où on a tendance à sacraliser les opposants, à leur attribuer toutes les vertus et à ne pas forcément faire le ménage à l'intérieur de ce qu'ils proposent". Cette complaisance intellectuelle a empêché, selon lui, un examen critique du projet politique de Pastef avant son accession au pouvoir.

Le parti peut certes s'appuyer sur "une classe universitaire, une gauche sénégalaise maoïste qui essaie de renaître" et un "patchwork total qui a trouvé dans ce parti le véhicule, justement, d'un rêve nouveau". Mais ce "rêve" se heurte désormais à la dure réalité de la gestion économique et politique du pays.

L'histoire démocratique sénégalaise en jeu

Elgas replace cette séquence politique dans l'histoire démocratique du Sénégal, rappelant "l'ouverture dans les années 70" avec le multipartisme. "Une démocratie qui a été jusqu'à présent une démocratie électorale, mais c'est mieux que rien, qui tarde à infuser dans les autres segments de la société", nuance-t-il.

Le pays a connu des "épisodes, que ce soit en 63, en 68, en 93, en 2011, jusqu'en 2024, où il y a eu près de 60 morts". "On a toujours eu des transitions qui ont créé aussi du chaos et des tragédies au niveau des victimes", rappelle l'essayiste. Cette violence récurrente montre que la démocratie sénégalaise, aussi avancée soit-elle comparativement au reste du continent, reste fragile.

"L'histoire démocratique du Sénégal est en train de se jouer", affirme Elgas, qui appelle à "se satisfaire de ce bel élan démocratique qui peut être une inspiration pour le continent" tout en refusant de "verser dans un romantisme". Le Sénégal peut être "une inspiration pour le continent", mais à condition de ne pas se laisser aveugler par les discours.

Face à cette situation, le journaliste appelle à un sursaut intellectuel : "Je pense qu'il est important que les intellectuels redeviennent des vigies, des sentinelles, pour peut-être être à la fois en contrepoids ou en soutien, si les orientations évoluent." Cette vigilance critique est d'autant plus nécessaire que le pouvoir semble se refermer : "Il faut essayer d'aider des gens qui veulent le débat et qui ne sont pas dans une logique sectaire. Il me semble que c'est là un enjeu majeur du pouvoir actuel."

Son verdict tombe, sans appel mais non définitif : "Ce qui se passe au Sénégal aujourd'hui n'inspire pas confiance." Elgas refuse toutefois "une disqualification définitive" et regarde l'évolution du pays "avec énormément d'assiduité". Le "patriotisme commande d'essayer de les aider", conclut-il, mais cette aide ne peut se faire sans exigence critique et débat ouvert.

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