(SenePlus) - Dans un article publié ce jeudi 30 avril pour Le Monde, Coumba Kane décrit un climat de répression accrue au Sénégal depuis l’entrée en vigueur, fin mars, de la loi durcissant les peines pour « actes contre nature », et met en lumière l’embarras grandissant d’une partie du barreau face aux dossiers visant des personnes accusées d’homosexualité.
Depuis la promulgation du texte, Le Monde rapporte qu’« au moins une centaine de personnes » ont été arrêtées à travers le pays en quelques semaines pour « actes contre nature ». Le quotidien précise que Dakar apparaît comme l’épicentre de cette vague répressive, avec au moins 80 placements en détention recensés par des médias locaux dans le sillage de plusieurs affaires très médiatisées.
Le durcissement légal voté le 11 mars a relevé les peines encourues à une fourchette de cinq à dix ans de prison, contre un à cinq ans auparavant, et a également introduit des sanctions contre la « promotion » de l’homosexualité. Le Monde rappelle que cette réforme s’inscrit dans un contexte déjà marqué, en amont, par des arrestations et par une hostilité croissante envers les personnes LGBT dans le pays.
Selon Coumba Kane, plusieurs avocats choisissent désormais de se tenir à distance des personnes inculpées, par crainte de représailles sur leur entourage ou d’une stigmatisation sociale devenue particulièrement forte.
Le journal cite ainsi un membre du barreau de Dakar qui résume le climat ambiant en ces termes : « Aujourd’hui, c’est soit vous êtes pour les homos, soit vous êtes contre les homos. Même les avocats sont suspectés ». Un autre avocat, spécialisé dans les dossiers de violences basées sur le genre, confie au quotidien qu’il redoute d’« être agressé » ou de voir sa maison « incendiée », ce qui nourrit chez nombre de ses confrères un profond sentiment d’impuissance.
Défense fragilisée
Cette réserve du barreau pèse directement sur les droits de la défense. Le Monde rapporte qu’une première condamnation a été prononcée le 10 avril par le tribunal de Pikine-Guédiawaye contre un ouvrier de 24 ans, condamné à six ans de prison pour « acte contre nature », et que, selon plusieurs sources, il a été jugé sans avocat.
L’inquiétude est d’autant plus vive que, selon les personnes citées par le journal, plusieurs dossiers reposeraient sur des éléments fragiles, mêlant dénonciations, fouilles de téléphones et allégations parfois peu étayées. Dans ce contexte, Drissa Traoré, secrétaire général de la Fédération internationale pour les droits humains, avertit dans Le Monde que les prévenus, surtout les plus pauvres, risquent de ne pas pouvoir « se défendre seuls » face à des peines aussi lourdes.
L’article insiste aussi sur la portée extensive de la nouvelle incrimination visant « l’apologie » de l’homosexualité. D’après Le Monde, cette disposition punit de trois à sept ans d’emprisonnement toute expression publique susceptible d’être interprétée comme une promotion des « actes contre nature », ce qui alimente de fortes interrogations chez les avocats, les défenseurs des droits humains et certains voyageurs.
Le journal relève que cette notion, jugée trop vague par plusieurs praticiens du droit, pourrait élargir le champ des poursuites bien au-delà des seules personnes directement accusées d’homosexualité. Cité par Le Monde, l’avocat parisien Youri Krassoulia estime ainsi que cette imprécision risque de conduire à des procédures « de moins en moins juridiques et de plus en plus politiques ».
Au-delà des tribunaux, l’enquête décrit un climat social lourd, alimenté par des précédents violents et par une suspicion diffuse dans l’espace public. Le Monde rapporte qu’El Hadj Amadou Sall, ancien garde des sceaux et avocat, parle d’une véritable « chasse à l’homme » et observe que la suspicion touche désormais tous les milieux sociaux, « du charretier au notable en passant par le religieux ».