L’Association Sénégalaise des Producteurs de Semences Paysannes (ASPSP) et ses partenaires ont organisé en début de semaine à Ndiemane, dans la commune de Malicounda (département de Mbour), une foire locale dédiée aux semences paysannes.
Cet événement, qui a réuni producteurs, femmes rurales, maires et organisations de la société civile, témoigne d’un engagement pour la préservation des variétés locales et la souveraineté alimentaire. Le programme, mis en œuvre dans toutes les zones d’intervention, met l’accent sur la valorisation des semences paysannes, le maraîchage et le renforcement des productions locales. Au-delà de l’exposition et de l’échange de semences, la foire a servi d’espace de dialogue et de transmission des savoirs traditionnels.
« IL N’Y A PAS DE SOUVERAINETE ALIMENTAIRE SANS SOUVERAINETE SEMENCIERE »
Amadou Kanouté, directeur exécutif de CICODEV Afrique (Institut panafricain pour la citoyenneté, les consommateurs et le développement), a rappelé avec force le lien indissociable entre semences et alimentation. « Nous travaillons pour la souveraineté alimentaire. Il est important de participer à cette foire, sur invitation d’Ali Ndiaye, coordonnateur de l’ASPSP, pour dire qu’il n’y a point de souveraineté alimentaire sans souveraineté semencière. » Il a aussi insisté sur le rôle primordial des femmes, gardiennes des semences, et sur la nécessité de multiplier ces espaces de rencontres entre gestionnaires du foncier (maires), producteurs de semences et consommateurs. Amadou Kanouté a également évoqué le modèle traditionnel des paysans, qui divisaient leur production en trois parts entre la consommation familiale, la vente sur les marchés et la conservation pour les semences. Face aux menaces actuelles notamment les réglementations qui limitent l’échange et la vente des semences paysannes non certifiées, il a dénoncé l’imposition d’un modèle unique de semences « homogènes », contraire à la diversité naturelle observée sur les étals de la foire.
LES FEMMES RURALES, GARDIENNES DES SAVOIRS
Mariama Sonko, femme productrice et présidente du mouvement panafricain « Nous sommes la solution » (présent dans 12 pays d’Afrique de l’Ouest), a chaleureusement salué l’initiative. Pour elle, la question des semences est avant tout une affaire de femmes : « Si aujourd’hui nous sommes là à parler de ces semences, c’est grâce au travail inlassable de ces femmes rurales dans la production de l’agriculture vivrière et d’autoconsommation. Tous les savoirs et savoir-faire autour des semences sont entre leurs mains. » Elle a souligné le rôle de ces foires comme lieux de transmission intergénérationnelle : « Ces événements permettent aux jeunes générations de découvrir ce qu’est une semence et pourquoi il faut la préserver. La semence, c’est la vie. Tout agriculteur qui perd ses semences devient pauvre et perd sa reconnaissance au sein de sa communauté. » Mariama Sonko a cependant regretté que l’éducation moderne, souvent inspirée de modèles occidentaux, néglige les valeurs traditionnelles. Elle a appelé à une meilleure valorisation des caractéristiques des semences locales, au-delà des seuls critères de rendement recherchés par la recherche conventionnelle, et a salué le travail de l’ASPSP et du Comité Ouest-Africain des Semences Paysannes (COASP/COASPE).
L’AFSA PLAIDE POUR DES POLITIQUES « PAR ET POUR LES AFRICAINS »
Famara Diédhiou, coordonnateur pour l’Afrique de l’Ouest de l’Alliance pour la Souveraineté Alimentaire en Afrique (AFSA), a quant à lui situé la foire dans une perspective plus large. L’AFSA promeut l’agroécologie comme pilier de la souveraineté alimentaire, en intégrant les semences, le climat, les consommateurs et la question foncière. Pour lui, cette foire dépasse la simple dimension commerciale : elle est un espace de solidarité, d’échange de savoir-faire et de résistance face à des politiques souvent élaborées loin des réalités rurales. « Plus de 70% des semences utilisées en Afrique proviennent encore des systèmes semenciers paysans. Malgré le manque de soutien institutionnel, ces foires permettent de préserver et de diffuser cette richesse. » Il a insisté sur la nécessité de déconstruire les discours qui dévalorisent les semences paysannes et de renforcer les échanges à l’échelle nationale (presque toutes les régions du Sénégal représentées) et régionale (avec des pays comme le Mali).
UN APPEL A L’UNION DES FORCES
À travers les interventions, un message commun émerge : la souveraineté semencière est le socle de la souveraineté alimentaire. Face aux menaces qui pèsent sur les variétés locales – manque d’homogénéité, absence de certification, restrictions réglementaires –, les organisations appellent à unir savoirs, savoir-faire et forces pour défendre un modèle agricole écologique, inclusif et ancré dans les réalités africaines. Ces foires locales, modestes en apparence, constituent des actes concrets de résistance et de construction d’un avenir où les paysans restent maîtres de leurs semences et de leur alimentation.