(SenePlus) - Face à la multiplication des raids du Jnim sur les axes routiers, l'Union des transporteurs routiers du Sénégal somme les chauffeurs de ne plus se rendre au Mali. Onze camions sénégalais ont été incendiés depuis l'attaque de Kati fin avril. L'approvisionnement du pays voisin en denrées de base est menacé à quelques jours de la Tabaski.
L'Union des routiers du Sénégal ordonne l'arrêt immédiat des trajets vers le Mali. Dans une déclaration recueillie par Frédéric Garat de RFI, le secrétaire général Gora Khouma lance un appel sans équivoque aux chauffeurs encore au Sénégal : qu'ils restent sur le sol national jusqu'à amélioration de la situation sécuritaire. Ceux déjà en route doivent rebrousser chemin ou s'immobiliser immédiatement.
La décision intervient après une série d'attaques menées par le Jnim contre les convois commerciaux circulant entre Dakar et Bamako. Depuis la fin du mois d'avril et l'offensive contre la localité de Kati, les terroristes intensifient leurs raids sur les transports de marchandises. Le bilan s'alourdit de semaine en semaine : onze camions sénégalais ont été détruits par le feu, selon le décompte établi par l'organisation professionnelle.
"S'ils peuvent retourner, qu'ils le fassent. S'ils ne peuvent pas retourner, qu'ils s'arrêtent", martèle Gora Khouma au micro de RFI. Le responsable syndical souligne l'impossibilité de gérer une menace aussi imprévisible et récurrente. Les routiers sénégalais, simples travailleurs du secteur privé qui ne s'immiscent pas dans les affaires politiques maliennes, se retrouvent pris au piège d'un conflit armé qui dépasse leur contrôle.
Tabaski menacée
Le timing de cette suspension est particulièrement problématique. À quelques jours de la grande fête musulmane, le Mali dépend traditionnellement du port de Dakar pour son approvisionnement en denrées essentielles : sucre, farine, riz et huile. Ces produits transitent habituellement par les convois routiers sénégalais qui assurent le ravitaillement du marché malien.
Gora Khouma exprime le dilemme des transporteurs confrontés à un choix impossible. D'un côté, ce commerce transfrontalier représente leur source de revenus principale. De l'autre, poursuivre ces trajets revient à jouer avec leur vie. "Nous avons vraiment intérêt de faire ce transport parce que c'est notre gagne-pain", reconnaît le secrétaire général interrogé par RFI, avant d'ajouter que la répétition des attaques rend ce risque intenable.
La proximité géographique et les liens familiaux entre les deux pays rendent la situation d'autant plus douloureuse pour les routiers sénégalais. Mais la survie prime sur la solidarité régionale, affirme le responsable syndical. Tant que les raids terroristes se poursuivront, l'Union maintient sa consigne d'éviter la route de Bamako, quelles qu'en soient les conséquences économiques pour le Mali voisin.