(SenePlus) - Une enquête de France 24 signée Sarah Sakho et Simon Martin révèle l'ampleur d'un trafic qui brise chaque année des centaines de carrières au Sénégal. Le reportage s'ouvre sur une scène à Yeumble, en grande banlieue de Dakar, où un cortège de maillots défile pour rendre hommage à Cheikh Touré, jeune footballeur de 20 ans mort dans des conditions troubles au Ghana.
Attiré par des promesses de recrutement dans de grands clubs étrangers, le jeune homme s'est fait extorquer plusieurs centaines d'euros par de faux agents avant d'être tué à 3 000 km de chez lui. "Quand je lui ai envoyé de l'argent, il me parlait de retard et d'hôtel à payer", témoigne Babacar, l'un des derniers à lui avoir parlé, selon France 24. "Le rêve de Cheikh, c'était de devenir professionnel, être parmi les plus grands footballeurs, subvenir aux besoins de son père, de la famille", raconte sa mère dans le reportage. Un drame qui a secoué tout le pays et révélé au grand public "un des fléaux du monde du football sénégalais".
Malgré la rareté des décès, des centaines de jeunes sont manipulés chaque année par ces réseaux organisés. France 24 a contacté l'un de ces faux agents en se faisant passer pour le frère d'un joueur. Résultat: une demande de 3 000 euros (2 millions de francs CFA) pour un départ vers le Kosovo avec des "garanties" informelles. "Le voyage est impératif, c'est pour donner beaucoup plus de crédibilité à leurs actions", explique un enquêteur de la DNLT (division nationale de lutte contre le trafic de migrants) interrogé par les journalistes.
Les trafiquants privilégient des destinations sans visa obligatoire avec le Sénégal – Serbie, Moyen-Orient, Turquie – et confectionnent parfois de faux documents. Un jeune footballeur coincé au Qatar depuis plusieurs mois accumule ainsi 1 500 euros d'amendes (45 euros par jour de dépassement de visa), après que sa famille ait déjà versé 1 000 euros aux faux agents, révèle le reportage. "J'ai passé deux ou trois semaines à ne presque rien manger avant qu'un ami m'aide", confie-t-il par téléphone à son frère.
Cette traite se nourrit du rayonnement international du football sénégalais. Lors de l'Africa Challenge Cup, événement de détection de l'académie Diambar, plus de 200 recruteurs internationaux se sont déplacés cette année. "On vient chercher des profils différents de ce qu'on peut trouver en France", confie un agent européen interrogé par Sarah Sakho et Simon Martin. Deuxième pays d'Afrique au classement FIFA, le Sénégal souffre pourtant d'un championnat local faible où un joueur de Ligue 1 ne touche que 200 à 500 euros par mois.
Cette situation pousse les jeunes à croire dur comme fer à la moindre opportunité. "Je préfère partir au haut niveau à l'étranger. Pourquoi pas Monaco, Tottenham", confie un jeune joueur dans le reportage. Résultat: plus de 6 000 jeunes quittent chaque année l'Afrique de l'Ouest, attirés aux quatre coins de la planète par de faux agents, selon les estimations rapportées par France 24.